13 juin 2021

Le Loup est de retour en Poitou-Charentes

Le Poitou Ă©tait le dernier fief du Loup (Canis lupus lupus) en France avant son retour par les Alpes (Canis lupus italicus). Une sous-espèce a pour l’heure dĂ©finitivement disparue, alors que le Loup romain colonise notre pays. Pour l’instant seuls de très rares individus erratiques ont Ă©tĂ© signalĂ©s en Poitou-Charentes.

Il était annoncé et nous l’attendions… La région était le dernier territoire où le Loup était présent en France (années 1930) avant son retour par les Alpes (dès 1992). Mais ce n’est pas le même Loup qui arrive, c’est le Loup romain (Canis lupus italicus) qui est concerné par la recolonisation du pays. Les meutes les plus proches sont encore bien loin, notamment dans les Alpes… au-delà il s’agit d’individus en phase d’exploration.

Charente-Maritime le 20 novembre 2019

Le 20 novembre 2019, près de vignes dans le sud-ouest de la Charente-Maritime Ă  St Thomas de Conac un Loup a Ă©tĂ© authentifiĂ© sur photographie. Il est par contre indiquĂ© Canis lupus lupus par l’Office National de la Chasse. Nous devrions avoir Canis lupus italicus, Ă  moins que son origine soit encore plus lointaine (centre de l’Europe) ou qu’il s’agisse d’un individu Ă©chappĂ©. Un communiquĂ© de la PrĂ©fecture paru jeudi soir reprends bien cette sous-espèce. En absence de prĂ©lèvement d’ADN (poils, excrĂ©ments)), il semble dĂ©licat de se prononcer sur la sous-espèce et sur l’origine de cet animal pour l’instant. On est pour l’instant sur l’hypothèse d’un mâle isolĂ© en prospection.

shared – © DR – Source : Sud-Ouest
Photographie du 20 novembre 2019 prise Ă  St Thomas de Conac (Charente-Maritime)

Noter qu’en Charente, plusieurs signalements de Loup ont été effectués ces dernières années, mais aucun n’a pu être attesté officiellement. Seuls les cas de la Dordogne ou des Pyrénées-Atlantique concerne la Nouvelle-Aquitaine pour l’instant et il ne s’agit que d’apparitions occasionnelles.

L’automne correspond à une étape importante du cycle biologique de l’espèce appelée dispersion. A cette saison, les jeunes nés au printemps prennent pleinement leur place au sein du groupe contraignant d’autres individus à quitter la meute pour chercher un nouveau territoire où s’établir. Ces individus en phase de colonisation peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant de se fixer, et ceci en quelques jours (distances de dispersion pouvant atteindre 800 km depuis le lieu de naissance).

Le système de colonisation par « bonds » est caractéristique du loup. Le nouveau territoire d’installation peut être séparé de la meute d’origine de plusieurs dizaines voire centaines de kilomètres, laissant des espaces interstitiels qui peuvent être colonisés par la suite. Ceci explique notamment certaines observations isolées, loin des zones de présence permanente connues, comme dans la Somme. Ces individus en phase de dispersion peuvent séjourner plusieurs mois dans un secteur avant de le quitter ou s’y installer durablement.

Charente le 20 janvier 2020

Lundi 20 janvier 2020 un grand canidé pris en photo dans une parcelle de lavour et sur la route à Gurat à la frange du département de la Charente a été authentifié comme étant celle d’un Loup. Il s’agit de la première mention de l’espèce dans le département depuis plus d’un siècle. En Nouvelle-Aquitaine la présence du Loup a été avérée en Dordogne en 2015, dans les Pyrénées -Atlantique en 2018 et 2019 et en Charente-Maritime (voir ci-dessus) en 2019. Notons qu’en automne et début d’hiver la meute pouvant grandir suite à la naissance de jeunes, peut conduire des adultes à la quitter et à chercher de nouveaux territoires. De tels individus peuvent parcourir plusieurs certaines de kilomètres en quelques jours, la distance de dispersion pouvant atteindre les 800 km.

Sources

  • CommuniquĂ© de presse du 22 novembre 2017 – Un loup identifiĂ© dans la Somme. – PrĂ©fecture de la Somme.
  • CommuniquĂ© de presse du 21 novembre 2019 – Sans titre. – PrĂ©fecture de Charente-Maritime.
  • CommuniquĂ© de presse du 21 janvier 2020 – Un loup identifiĂ© en Charente – PrĂ©fecture de la Charente, Office français de la biodiversitĂ©.

Les derniers Loups de Poitou-Charentes & Vendée

Les derniers Loups de Poitou-Charentes & VendĂ©e auraient disparu dans les annĂ©es 1930. L’espèce de retour en France devrait ĂŞtre bientĂ´t, sinon un jour dans la rĂ©gion, si on lui laisse quelques chances…
Charlemagne ne s’est pas contentĂ© d’inventer l’Ă©cole ! Il a, en 813, pris une disposition pour lutter contre les Loups. Il crĂ©a les premiers officiers de Louveterie alors nommĂ©s Luparii. Il fut imitĂ© par plusieurs de ses successeurs ; les premiers louvetiers, gens du peuple dont la vocation Ă©tait l’Ă©radication du Loup, apparaissent en 1318. François Ier dĂ©finit en 1520 les fonctions de grand louvetier et sous Louis XIV le dauphin en personne devint responsable de la louveterie.
En patois local on trouve comme en français le Loup. On crillait Â«Â cajho ! » pour les chasser. Quant au loup-garou, il porte le joli nom de galipote (et diverses variantes), la femelle Ă©tant la jhenope.
Les derniers Loups gris types (ou Loup de LinnĂ©, Canis lupus lupus) connus en France, l’on Ă©tĂ© entre 1935 et 1940 (1954 ?) en Poitou-Charentes. C’est actuellement la souche italienne (ou Loup romain, Canis lupus italicus) qui est en cours d’installation dans le pays La prĂ©sence du Loup en Poitou-Charentes & VendĂ©e doit remonter Ă  la nuit des temps : il est signalĂ© dès le PalĂ©olithique (antĂ©-Holocène) sur l’essentiel des dĂ©partements non littoraux. Sur ces derniers il n’est indiquĂ© que plus tard, en gĂ©nĂ©ral dès l’âge de Bronze ou du Fer (pas avant 4000 BP donc). Dumerchat (2010) souligne le paradoxe de la faiblesse du nombre de preuves de relations entre le Loup et l’Homme au cours de la PrĂ©histoire, la pĂ©riode de l’AntiquitĂ© et mĂŞme du Moyen Ă‚ge.
Les rĂ©cits sont nombreux et de nouveaux commentaires inĂ©dits sur la rĂ©gion sont encore rapportĂ©s, descendants d’hommes qui ont vu l’homme qui ont vu le Loup comme Dupuigrenet Desroussilles (2019). Nous en prĂ©sentons quelques uns choisi ici, avec tout ce que celĂ  peut comporter d’incertitudes car nous avons une imagination bien fertile, nous les humains et dĂ©formons volontiers la rĂ©alitĂ© tout particulièrement lorsqu’il s’agit du Loup.
Dumerchat (2010) dit que l’entrĂ©e d’un Loup dans une ville, ou dans un camp, est un prodige attestĂ© 23 fois du Ve siècle avant JC au IIIe siècle de notre ère, par des chroniqueurs et historiens latins. Ainsi ne viendra-t-on pas s’Ă©tonner du fait relatĂ© par GrĂ©goire de Tours pour un animal entrĂ© dans les murs de Poitiers dans les annĂ©es 580 oĂą on ferma les porte, la traqua et le tua. Cette histoire aux fondements vraisemblablement rĂ©els est associĂ© Ă  un volet de superstitions et de prĂ©sages dramatiques.
Durant la guerre de Cent Ans (XIV-XVe siècle) les Loups pĂ©nĂ©trèrent dans les rues de St Jean-d’AngĂ©ly dĂ©vorant les cadavres qu’on n’avait alors plus la force d’enterrer. Le 23 octobre 1572 un vieil individu entre sans nulle gĂŞne dans une boucherie Ă  La Rochelle et fut malmenĂ© par les chiens et le gens ; tĂ©moignage de vue de Loups en ville Ă  l’Ă©poque. On a pu dans le secteur de Poitiers dĂ©truire 180 Loups et 358 louveteaux en 1770. Dans la GĂ©nĂ©ralitĂ© de Poitiers (essentiel de la Vienne, des Deux-Sèvres, de la VendĂ©e et le nord de la Charente) ce sont pas moins de 5247 Loups qui furent abattus entre 1770 et 1784 (PrĂ©vost 2014). Les Loups apprĂ©cient tout particulièrement les landes nombreuses dans la rĂ©gion, nommĂ©es les « brandes du Poitou ». A la fin du XVIIIe siècle, le Loup est en Deux-Sèvres plus abondant dans les arrondissements de Bressuire et de Parthenay. Notons que les battues Ă©taient souvent organisĂ©es administrativement et qu’on trouve trace de documents attestant le contexte de celles-ci (exemple de 1814 pour Vernoux-en-Gâtine, Deux-Sèvres). En 1842 le Loup Ă©tait assez rĂ©pandu en Charente-Maritime, notamment dans les forĂŞts de Benon, ChizĂ©, les bois de Saintes et de l’HoumĂ©. Il n’est dĂ©jĂ  plus qu’en petite quantitĂ© et localisĂ© au milieu du XIXe siècle sur l’essentiel de la Charente, mais de belles populations subsistent Ă  proximitĂ© de la Vienne et de la Haute-Vienne et perdureront jusqu’au « bout ». En 1863 le duc de Beaufort vient spĂ©cialement d’Angleterre avec son Ă©quipage pour chasser le Loup en Poitou [1]. Il est encore abondant jusqu’après 1870 dans les brandes de la Vienne, mais sur ce dĂ©partement le dĂ©clin sera rapide. Par ailleurs, dans les annĂ©es 1880 il est dit qu’il devient assez rare dans les forĂŞts de la Charente-Maritime. A la fin du XIXe siècle il ne subsiste plus en Deux-Sèvre que dans les cantons de Lezay et SauzĂ©. Dans ce dernier dĂ©partement les mentions deviennent très ponctuelles au dĂ©but du XXe siècle et la dernière date de 1927 (cas prĂ©cisĂ© ci-dessous). Ce ne sont pas moins de 121 Loups dĂ©truits dans la Vienne entre 1900 et 1929, essentiellement avant la première guère mondiale date après laquelle les mentions deviennent très localisĂ©es sur ce dĂ©partement. De mĂŞme 256 Loups furent tuĂ©s entre 1900 et 1929 dans un de ses derniers beau bastion situĂ© en marge du dĂ©partement de la Charente. Pour la pĂ©riode de 1917 Ă  1937, PrĂ©vost (2014) a recueilli 42 donnĂ©es de Loups pour la rĂ©gion dont 34 authentifiĂ©es par la capture d’un animal. Si les derniers Loups du Poitou sont signalĂ©s au delĂ  de 1930, un des derniers individus tuĂ©s, l’est le 6 dĂ©cembre 1927 sur Aigonnay (Deux-Sèvres) par Felix Morin. On trouve encore avec PrĂ©vost (2014) le cas d’un indvidu tuĂ© en 1932 sur Vinax en Charente-Maritime rapportĂ© par Jeanne Brunet, le dernier Loup tuĂ© dans la Vienne signalĂ© en 1932 Ă  Pleumartin rapportĂ© Ă  Daniel Bernard ou un animal abattu en septembre 1933 sur la commune de Les Pins en Charente ainsi qu’un dernier en 1937 Ă  St Angeau, toujours en Charente, dernier cas authentifiĂ© en France. Plusieurs mentions concernent ensuite principalement les Deux-Sèvres, voire la Vienne. Mais il doit subister dans les autres dĂ©partements du Poitou puisqu’en 1935 ce sont quelques individus qui auraient Ă©tĂ© aperçus en ForĂŞt de Braconne (Charente), information parue dans le journal local, l’Observateur de Ruffec, le 3 mars. Il s’agit d’une des dernières mentions « officielles » du Loup de LinnĂ© en France, nĂ©anmoins Salvat pense en 1937 qu’il reste quelques individus subsisteraient dans les bois impĂ©nĂ©trables et les brandes du sud du Poitou et du pays Charentais de Montmorillon Ă  Confolens, de Civais Ă  Ruffec et Ă  l’est d’AngoulĂŞme. Il en resterait de mĂŞme encore en Dordogne entre Nontron et RibĂ©rac. On rapporte mĂŞme pour la Charente un contact dans le nord dĂ©partement en 1947. Outre le fait que ces indications tardives sont plĂ©thoriques, on n’en connaĂ®t pas, ni les fondements, ni les sources exactes. Elles seront donc Ă  considĂ©rer avec doute raisonnable. Nous signalerons en dernier chef un Loup rapportĂ© Ă  SauzĂ©-Vaussais (Deux-Sèvres) en 1954, sans qu’il soit possible d’en apporter ni preuve, ni clairs fondements.
Ce ne sont pas moins de 150 toponymes faisant rĂ©fĂ©rence au Loup qui sont identifiĂ©s dans la Vienne et 60 dans les Deux-Sèvres (PrĂ©vost 2014).
Des signes de prĂ©sence possible seulement… Quelques premiers indices sont dĂ©jĂ  disponibles pour la Vienne et pour la Charente, mais pour l’instant aucune preuve d’un animal qu’on pense, selon certaines sources, dĂ©jĂ  prĂ©sent jusqu’en Bretagne. Il est bien signalĂ© dans le Limousin et cĂ´tĂ© Aquitaine ou VendĂ©e on en est au mĂŞme point qu’en Poitou-Charentes (indices sans preuves).
De retour en Poitou-Charentes dès fin 2019… mentions ponctuelles d’erratisme pour l’instant
La rĂ©gion Ă©tait le dernier territoire oĂą le Loup Ă©tait prĂ©sent en France (annĂ©es 1930) avant son retour par les Alpes (dès novembre 1992). Mais ce n’est pas le mĂŞme Loup qui arrive, c’est le Loup romain (Canis lupus italicus) qui est concernĂ© par la recolonisation du pays. Les meutes les plus proches sont encore bien loin, notamment dans les Alpes… au-delĂ  il s’agit d’individus en phase d’exploration. Si plusieurs indications incertaines sont proposĂ©es ces dernières annĂ©es, ce n’est que le 20 novembre 2019 qu’une première mention authentifiĂ©es est donnĂ©es. Il s’agit d’un Loup vu et photographiĂ© Ă  St Thomas de Conac (Charente-Maritime) qui a Ă©tĂ© signalĂ©e. Le 20 janvier 2020 l’animal est confirmĂ© en Charente.

Références et notes

  • Dumerchat F. 2010 – Histoire des loups en Poitou-Charentes-VendĂ©e et plus particulièrement dans les Deux-Sèvres. Un Ă©tat de la question. – Bull. de liaison des Soc. historiques des Deux-Sèvres, 4.
  • Dumerchat F. & Ribouillault C. 2013 – Histoire et mĂ©moire du Loup. Charentes-Poitou – VendĂ©e. – Cpe, Passeurs de MĂ©moire.
  • Dumerchat F. & Ribouillault C. 2018 – Le Loup en Poitou. – Ed. La Geste.
  • PrĂ©vost O. 2014 – Les derniers loups du Poitou-Charentes ? – Le Picton, 224.
  • Reynaud M. 1985 – Loups du Poitou. – Les Amis du pays de Lussac-les-Châteaux.

[1] – A Persac le vicomte Emile de la Besge (1812-1905) est un des louvetiers les plus cĂ©lèbre du Poitou. Il eut notamment l’honneur de recevoir le duc de Beaufort en 1863, venu spĂ©cialement d’Angleterre, pour chasser le Loup en forĂŞt de Verrières avec les chiens de sa meute, qui au demeurant furent de mĂ©diocres courseurs Ă  la diffĂ©rence des « bâtards du Poitou ». Cet Ă©vĂ©nement fit dĂ©placer des Louvetiers de divers endroits venant mĂŞme depuis Paris ou la Nièvre.
A la fin du XIXe siècle en Poitou, un seul chasseur pouvait dans sa vie encore tuer jusqu’Ă  62 Loups Ă  lui-seul. Certains disent qu’aux XVIII et XIXe siècles, le dernier moyen trouvĂ© par les nobles des campagnes pour prouver au paysans qu’ils avaient encore un rĂ´le protecteur Ă©tait de mener la chasse au Loup. Au cours de l’annĂ©es 1905, c’est a priori, le dernier Ă©quipage qui est rĂ©uni pour chasser le Loup en Poitou : il sonna 63 hallalis sur cet animal au cours de l’annĂ©e. La meute comprenait alors un Chien hybride (ou demi-Loups) prompt Ă  mieux repĂ©rer les traces de l’animal. Notons que plusieurs races de Chiens furent forgĂ©s en Poitou pour la chasse au Loup. Celles-ci ont disparu. On notera les Anglo-Poitevins, le Gascon-Saitongeois, le Griffon VendĂ©en, le Haut-Poitou, le Bâtard de Persac, le Saintonge, le VendĂ©e. Fougeyrollas (1969) dĂ©taille par ailleurs la biographie de nombreux Louvetiers de la rĂ©gion.