Éléments de nomenclature zoologique

Pour une stabilité des noms scientifiques des Animaux

Dans les faits la Taxonomie est en rapport avec la définition d’un taxon, alors que le nom du taxon lui-même relève de la nomenclature. Les règles de nomenclature diffèrent notamment entre la botanique et la zoologie, même si elles montrent des similitudes. La nomenclature zoologique est régie par Code International de Nomenclature Zoologique géré par la Commission Internationale de Nomenclature Zoologique [site Internet] qui en est à sa quatrième édition dans sa version de 1999 (Ride & al. 1999) et est rédigé en anglais et en français. Il est par ailleurs disponible en ligne (ICZN). Les éditions successives ont été publiées en 1958 ou 1961 (selon les sources), 1964, 1985 et 1999, mais ont été précédées d’une première version publiée en 1905 et révisée régulièrement jusqu’en 1930. C’est l’édition de 1999 qui est actuellement en vigueur (op. cit.). Elle a été amendée en 2012 en rapport avec les publications électroniques. Ce sont désormais plus de 1,5 millions d’espèces animales qui sont décrites et certains experts envisagent qu’il y en aurait entre 8 et 10 millions.

La Commission qui a désormais largement plus de 100 ans d’existence (Melville 1995) est actuellement composée de 26 scientifiques bénévoles, originaires de 20 pays et experts de différents groupes d’animaux. Ils gèrent les priorités de noms, leur unicité et tiennent compte de l’usage dominant de manière à maintenir la stabilité de la nomenclature et d’éviter toute confusion au sujet de taxonymes. La Commission force des décisions que tous les biologistes sont obligés de suivre, sachant que dans plusieurs cas elles peuvent avoir un impact juridique ou financier important. Un bulletin spécifique est édité par cette organisation : The Bulletin of zoological nomenclature disponible pour les années 1943 à 2007 en ligne sur the Biodiversity Heritage Library. Ce sont en moyenne 15.000 nouvelles espèces et 2.000 nouveaux genres qui sont publiés chaque année, ceci n’étant pas sans risques d’erreurs et les contrôles seront rapidement insuffisants pour les éviter.

N.K.Lang en 1704

Au tout début du XVIIIe siècle J.P.de Tournefort (1656-1708), un botaniste est le premier à préférer un système binominal composé du genre et de l’espèce (épithète spécifique), aux, certes courtes, phrases qui jusqu’alors désignait un taxon donné. Cette notion se trouve publiée dans son Institutiones rei herbariæ publié en 1700. Ce système retient l’intérêt de divers naturalistes à l’époque et K.N.Lang (1640-1741) est le premier à l’utiliser dans le domaine de la zoologie dans son Methodus nova et facilis Testacea Marina pleraque in suas debitas et distinctas Classes, genera et species distribuendi publié en 1722 (Lang 1722). Son ouvrage concerne des Coquillages (Mollusques) et il y établit des clés de type dichotomiques.

C.Linnaeus en 1737 en costume lapon peu après la première édition du Systema Naturae

La première version du Systema Naturae publiée en 1735 par C.Linnæus (1707-1778) consiste en quelques tableaux de classification et les taxons y sont souvent désignés par trois noms : le genre et deux noms pour l’espèce. Il publie en 1751 une liste de 43 préceptes pour la nomenclature botanique (Linnæus 1751) qui seront étendus à la zoologie. Le nom binominal (binom : genre + espèce ou épithète spécifique) est finalisé dans son Species plantarum publié en 1753 et son Systema Naturae en 1758. Ce dernier ouvrage en est à sa dixième édition. A noter que l’ouvrage de C.A.Clerck sur les Araignées, bien que publié en 1757 a été reconnu comme valide, en particulier où cet auteur respecte le système binominal préparé par Linnæus.

Planche I de l’ouvrage sur les Araignées de Suède publié par Clerck (1757)

Malgré l’établissement de quelques premières règles, si le système binominal linnéen rencontre un rapide succès et permet un développement exceptionnel de la connaissance des espèces qui sont décrites en très grand nombre, il y a de nombreuses difficultés qui s’accumulent, notamment en terme de respect de l’antériorité des appellations (une notion forte pourtant implicite et donnant du sens au projet général de nomenclature des espèces). On rencontre en l’occurrence de nombreux renommages souvent abusifs, ce qui introduit dans un premier temps une multitude de synonymes. Linnæus lui-même ainsi que Fabricius sont même précurseurs pour corriger ces défauts, mais divers auteurs n’appliquent pas clairement une bonne démarche. Ainsi l’objectif de bien nommer les espèces en est fortement altéré. J.C.Fabricius (1745-1808) propose en 1778 des règles dans son Philosophia entomologica (Fabricius 1778), l’Association britannique pour l’avancement des sciences donne un Code constitué d’une série de recommandations en 1843 (Strickland 1843) [1], d’autres Codes ou consignes sont élaborés…

A.Milne-Edwards en 1883

C’est la Société zoologique de France, qui va prendre un rôle essentiel, en créant en 1881 une commission chargée d’examiner des propositions de règles de nomenclature qui sont adoptées lors du Congrès international de géologie de 1878, sous la direction de A.Milne-Edwards (1835-1900). En conséquence le Ier Congrès international de zoologie tenu à Paris en 1889 lors du centenaire de la Révolution française, porte sur le sujet autour de quelques dizaines de scientifiques. Ainsi en 1895 est fondée la Commission Internationale de Nomenclature Zoologique lors du IIIème Congrès international de zoologie qui se déroule à Leyde [2]. Cette commission fixe la date de 1758 comme fondatrice de la nomenclature zoologique (cf. Linnaeus 1758) et ne tolère qu’une seule exception, celle de l’ouvrage de Clerck (1757) sur les Araignées de Suède ainsi que quelques autres très particulières proposées par la communauté zoologique et validées par la Commission (Chansigaud 2022).

On notera quelques essais d’application de la Nomenclature zoologique par l’exemple, se basant sur des ensembles taxonomiques particuliers comme chez les Holothuries (Samyn & al. 2010), ou les Odonates (Deliry 2022).


  • Chansigaud V. 2022 – Zoologie (Histoire de la). – Encyclopædia Universalis, 2 novembre 2022. – PRIVATE ONLINE
  • Clerck C. 1757 Svenska Spindlar. Aranei svecici. – Stockholmiae, L.Savii. – ONLINE
  • Fabricius J.C. 1778 Philosophia entomologica. – Hamburgi et Kilonii, C.E.Bohnii. – ONLINE
  • Deliry C. 2022 – Les auteurs, comment les désigner et comment les citer dans le cadre de la Nomenclature zoologique. Cas appliqués aux Odonates. – Nomina Odonata, 3 novembre 2022, en ligne sur the World odonata Web. – ONLINE
  • Ride W.D. & al. 1999 International Code of Zoological Nomenclature. – ICZN, The International Trust for Zoological Nomenclature, London, 1999. – ONLINE
  • Lang K.N. 1722Methodus nova et facilis Testacea Marina. – Lucernae, H.R.Wyƒƒing. – ONLINE
  • Linnæus C. 1751 Philosopha botanica. – Stockholmiae, G.Kiesewetter. – ONLINE
  • Melville R.M. 1995 Towards Stability in the Names of Animals – a History of the International Commission on Zoological Nomenclature 1895-1995. – The International Trust for Zoological Nomenclature : XI + 92 pp.
  • Samyn Y. & al. 2010 – Les principes de la nomenclature zoologique : exemple des holothuries. – La Brêche-de-mer, 30 : 33-39. – ONLINE
  • Strickland H.E. (rap.) 1843 – Report of a Committee appointed « to consider of the rules by which the Nomenclature of Zoology may be established on a uniform and permanent basis. In Report of the twelfth meeting of the British association for the Advancement of Science, Manchester, june 1842. – London, J.Murray, 1843 : 105- – ONLINE
  • Tournefort J.P. 1700 Institutiones rei herbariæ. – Parisiis, Etypographia regia. – ONLINE t.It.II t.III

[1] – Sous l’impulsion de H.E.Strickland (1811-1853), un Comité d’expert se réuni avec C.Darwin (1809-1882), J.S.Henlow (1795-1861), L.Jenyns (1800-1893), W.Ogilby (1808-1873), J.Phillips (1800-1874), J.Richardson (1787-1865), H.E.Strickland (rapporteur), J.O.Westwood (1805-1893) auxquels s’ajoutent par cooptation W.J.Broderip (1789-1859), R.Owen (1804-1892), W.E.Shuckard (1803-1868), G.E.Waterhouse (1810-1888) et W.Yarrell (1784-1856). H.E.Strickland prépare un projet de Code en consultant près de 200 scientifiques ou sociétés savantes dans le Monde. Ce Code paraît en 1843 dans les Proceedings de la British Association for Advancement of Science. Le rapport Strickland (1843) confirme la loi de priorité et l’unicité des binoms, l’ancienneté maximale des taxonymes arrêtée à Linnæus (12éme édition !) et projette que les noms de familles se terminent en –idae et les sous-familles en –inae, que l’initiale de l’épithète spécifique soit en minuscule, l’étymologie des noms soit précisée.

[2] – Ce sont cinq zoologistes qui sont nommés par le Congrès de Leyde le 18 septembre 1895 pour composer une Commission Internationale de Nomenclature Zoologique : R.Blanchard, J.V.Carus, F.A.Jentink, P.L.Sclater et C.W.Stiles pour faire un rapport adéquate lors du IVème Congrès de zoologie prévu à Cambridge en 1898. La Commission qui perdure est portée à 15 membres lors du Vème Congrès zoologique de Berlin en 1901.


Lexique en quelques mots

  • Diagnose : description scientifique d’une espèce ou tout autre taxon.
  • Type : spécimen ayant permis de faire la description d’une espèce, mais aussi espèce servant à la désignation d’une genre ou d’un sous-genre.
  • Allotype : exemplaire de sexe opposé à celui du type tel qu’il a été décrit. Si le type est un mâle par exemple, l’allotype sera une femelle.
  • Holotype : il s’agit du Type, à savoir le spécimen unique qui a été désigné par le descripteur d’une espèce comme le type porte-nom.
  • Monotypie : désigne un genre ou un sous-genre qui n’est représenté que par une seule espèce.
  • Nomen nudum (pl. nomina nuda) : taxonyme qui n’est pas accompagné d’une description.
  • Nomen novum : nouveau nom donné à un taxon initialement mal nommé.
  • Aberration : forme s’éloignant de l’espèce type. Elle peut être transmise génétiquement.
  • Apomorphie : caractère éloigné de l’état initial. La synapomorphie correspond au partage d’un apomorphie par plusieurs espèces.
  • Plesiomorphie : caractère proche de l’état initial.
  • Homoplasie : convergence morphologique conduisant à une ressemblance entre espèces.
  • CINZ : Code International de Nomenclature Zoologique ou ICZN (en anglais).
  • Classe > (Super-ordre) > Ordre > (Infra-ordre) > Super-famille > Famille > Sous-famille > (Tribu) > (Super-genre) > Genre > Sous-genre> Espèce > Sous-espèce.