9 mai 2021

La Cistude d’Europe, notre tortue aquatique

La Cistude d’Europe (Emys orbicularis (Linnaeus, 1758)) est une Tortue aquatique de la famille des Emydidés. Elle est considérée comme quasi-menacée à niveau mondial. Elle peut mesurer jusqu’à 20 cm et peser jusqu’à 800 g.

Les taxons présents localement en Tunisie et nord-est de l’Algérie, ainsi que dans le sud de la Turquie ne sont pas encore décrits. Emys orbicularis trinacris Fritz & al., 2005 de Sicile, toute petite, est regardé comme une bonne espèce sous Emys trinacris.

On la trouve en Afrique du Nord, Péninsule Ibérique et de la France à l’Asie occidentale, atteignant les mers d’Aral et Caspienne avec des tendances méridionales. Elle remonterait jusqu’en Lituanie néanmoins [?]. Baléares, Corse, sardaigne. On connaît des exemplaires fossiles régulièrement répartis au nord de l’aire actuelle de l’espèce : Angleterre, Belgique, Pays Bas, Allemagne, Danemark, Sud de la Suède, nord des Pays Baltes. L’espèce est présente à peu près dans les deux-tiers sud de la France, mais avec des noyaux denses de populations morcelés : façade Atlantique et arrière pays depuis les Pyrénées Atlantiques à la Charente Maritime, Brenne et régions voisines, Camargue et littoral méditerranéen, Var à la Côte d’Azur, Isle Crémieu et secteurs voisins, Corse. Exceptionnellement ailleurs. Réintroduite en Alsace, Languedoc, au Lac du Bourget, secteur de Genève. C’est une Tortue d’eau douce ou de milieux saumâtres stagnants ou faiblement courants jusqu’à 500-600 m d’altitude. Elle passe l’essentiel de son temps dans l’eau ou sur des solariums. La ponte a lieu en terrain sec, parfois à plusieurs centaines de mètres de l’eau. Cette Tortue est essentiellement diurne. Maturité sexuelle dès 8 ans chez les ♂ et dès 10 ans chez les ♀, mais parfois seulement 18 ans pour ce sexe. Pontes de 3 à 13 œufs réparties dans différents trous, réalisées entre mai et juillet. Naissances en automne. Hiberne entre octobre et mars sous la vase en bordure d’étangs notamment. Elle peut estiver sous climats sec ou méditerranéen. Seul un jeune sur cent semble atteindre l’âge adulte. Longévité de 40 à 60 ans (plus de 100 ans en captivité).

Latitude 45

En Aquitaine la Cistude est citée anciennement par Lataste (1879) qui la dit abondante dans les marais et les paturâges entrecoupés de fossés du littoral, au nord de la Gironde et par Lapeyrère (1907) dans les étangs et marais de la région forestière des Landes, en rive gauche de l’Adour. Elle est vers Mont de Marsan (Granger 1894). Citée de la région sans précisions (Barbier 1905, Guérin 1924, Rollinat 1934, Fretey 1975, Parent 1979), étudiée en Dordogne (Naulleau 1991). Elle n’est systématiquement étudiée que depuis les années 2000. L’essentiel des zones d’altitude inférieure à 300 m est concerné par la présence de l’espèce en Aquitaine. On la trouve sur les milieux les plus divers, essentiellement des étangs, mais aussi des fossés, lagunes ou ruisseaux, etc. D’importantes populations sont indiquées localement : nord du Médoc, Bassin d’Arcachon, étangs de la Double en Dordogne, massif landais en Lot et Garonne, dans les Landes. Il s’agit de la région de France ayant les plus belles populations de Cistude d’Europe (Priol & al. 2008).

La Cistude est extrêmement rare dans le Limousin, région située globalement trop en altitude. On la connaît sur quelques étangs au nord de la Haute Vienne qui ont été étudiés à la fin des années 2000.

En Auvergne elle est essentiellement présente sur le Nord du département de l’Allier, en déclin.

En Rhône-Alpes l’espèce est classée En Danger (EN 2015) et était initialement considérée comme plus menacée encore (CR 2008). Des mentions d’anciens exemplaires subfossiles sont indiqués dans la région (Boudier 1961). Ainsi une Tortue grecque signalée dans la Cluse de Grenoble (Boquet 1969) est-elle finalement proposée comme une Cistude par Cheylan [1981]. Ancienne connue de Lyon, presqu’île de Perrache (Rondelet 1558), L’espèce est citée dans le Bassin du Rhône (Fournet 1853), Haute-Savoie (Thabuis 1879, Le Roux 1909), en Isère (Lataste 1880), en Savoie (Denarié 1903).
Il ne semble plus y avoir de véritables populations dans l’Ain qui était autrefois occupée en périphérie de la Dombes et dans la Basse Vallée de l’Ain. L’espèce est occasionnellement indiquée dans la Basse Vallée de l’Ain, peut-être régulièrement sur Nievroz, en Dombes, sur le Haut Rhône et dans le Pays de Gex. En Ardèche, l’espèce reste régulière sur la rivière Ardèche au niveau de la Boucle du Chauzon notamment où se trouve une petite population très isolée génétiquement. Des mentions éparses sont faites ailleurs sur la rivière, ainsi qu’au niveau du fleuve Rhône. Elle était dans la Drôme au Néolithique moyen (5500-4000 BP) (St Paul Trois Châteaux, Châteauneuf du Rhône, Francillon). Si une petite population existant dans les années 1980 vers Rochefort en Valdaine, sa persistance est incertaine. Quelques très rares indications récentes (Vallées du Rhône et de l’Isère). L’espèce est présente en Isère au débit du Néolithique. On a des témoignages de sa consommation par l’Homme au Moyen Âge à St Romain de Jalionas. Elle est précisée abondante dans le Bas Dauphiné vers Bourgoin Jallieu, Morestel ou les Avenières au XIXe siècle (Guillot 1841, Charvet 1846, Lortet 1887). Depuis les années 1990 l’espèce est l’objet d’études régulières menées par Lo Parvi et Nature et Vie Sociale. La présence de l’espèce est bien connue dans l’Isle Crémieu et ses environs. La limite méridionale de la population est encore à l’étude. Disparue récemment du secteur du Grand Lemps. Absente du département de la Loire.
Indiquée anciennement dans le département du Rhône sur Lyon par Rondelet (1558), l’espèce était répandue jusque dans la ville, sur Perrache (Fournet 1853), Décines et sur les bords du Rhône (Lortet 1887). Mentions actuellement occasionnelles, à suivre pour le Parc de Miribel Jonage. Si elle est connue en Savoie aux temps préhistoriques et au Moyen Âge, l’espèce disparaît entre le XIXe et le XXe siècle. Lortet (1887) signale l’espèce dans la plaine de Culoz entre le Rhône et le Lac du Bourget, Denarié (1902) la connaît au Marais de Chautagne et du Bourget. Le dernier témoignage date des années 1990 pour le Lac du Bourget. L’espèce est réintroduite dès 2000 au sud et 2009 au nord, sur le lac savoyard. En Haute-Savoie l’espèce n’a jamais été très abondante. Seyssel sur le Rhône (Thabuis 1872), secteur d’Annecy au XIXe et début du XXe siècle, Denarié (1902) donne l’espèce fréquemment signalée vers Seyssel et il évoque deux autres stations sud le Lac d’Annecy et alentours. Connue à proximité dans le Canton de Genève au XIXe siècle. Elle a disparu du département et a été indiquée pour la dernière fois en 1975 du Marais de Géru, vers Seyssel.

Illustrations d’Alexis Nouailhat sur la Cistude dans la région Rhône-Alpes

Sous-espèces

  • Emys orbicularis orbicularis (Linnaeus, 1758) – Essentiel des populations françaises, sauf Corse, Midi et Isle Crémieu, arrière pays de la Dalmatie, Roumanie, Hongrie ; mais aussi depuis la Pologne à la Lituanie, l’Ukraine et la Russie ainsi que sur l’essentiel de la Turquie.
  • Emys orbicularis eiselti Fritz & al., 1998 – Moyen Orient (localement).
  • Emys orbicularis galloitalica Fritz, 1995 – Midi, Isle Crémieu, sud de la France, Catalogne. Sardaigne (capolongoi), Corse (lanzai).
  • Emys orbicularis hellenica (Valencienne in Bibron & Bory, 1832) – Depuis la Dalmatie au Péloponnèse. Mais aussi dans le Sud de la France.
  • Emys orbicularis ingauna Jesu & al., 2004 – Ligurie.
  • Emys orbicularis occidentalis Fritz, 1993 – Afrique du Nord (localement), Péninsule Ibérique.
  • Emys orbicularis persica von Eichwald, 1831 – Caucase et Sud de la Caspienne.

Les taxons présents localement en Tunisie et nord-est de l’Algérie, ainsi que dans le sud de la Turquie ne sont pas encore décrits. Emys orbicularis trinacris Fritz & al., 2005 de Sicile, toute petite, est regardé comme une bonne espèce sous Emys trinacris.

Références

  • Boudier F. 1961-1962 – Le Bassin du Rhône au Quaternaire. Géologie et Préhistoire. – Paris, CNRS, 2 vol. : 364+297 pp.
  • Boquet A. 1969 – L’Isère préhistorique et protohistorique. – Gallia Préhist., 12 (1) : 121-258 & 12 (2) : 273-400.
  • Denarié M. 1903 – Sur quelques animaux de la Savoie, disparus ou en voie de disparition. – Bull.Soc. Hist. Nat. Savoie, (2), VIII (1902) : 17-44.
  • Fournet A. 1853 – Recherches sur la distribution et les modifications des caractères de quelques animaux aquatiques du bassin du Rhône. – Ann. Soc. Agric. Lyon, (2), 5.
  • Frapna Ain 1999 – Etude sur la présence de la tortue cistude (Emys orbicularis) en Dombes (Ain). – Etude.
  • Frapna Ain 2000 – La cistude d’Europe en basse vallée de l’Ain : prospections et mesures en faveur de l’amélioration de la capacité d’accueil. – Etude.
  • Frapna Ain 2000 – La Cistude d’Europe en Dombes (Ain). Recherche de présence et propositions de gestion. – Etude.
  • Frapna Ain 2001 – Présent et avenir de la cistude d’Europe dans la basse vallée de l’Ain. – Etude.
  • Lataste F. 1880 – Découverte d’une Cistude en Isère. – Bull. dép. Nord, 11 (1879, Anonyme) : 55.
  • Le Roux 1909 – Note sur une tortue boueuse Cistudo europaea Schmidt trouvée entre les murs de la prison d’Annecy. Soc. florimontaine d’Annecy, séance du 6.X.1909. – Revue savoisienne, 50 (4) : 268.
  • Priol P., Coic C. & Servan J. 2008 – Répartition de la cistude d’Europe (Emys orbicularis) en Aquitaine. – Bull. Soc. Herp. Fr, 127 : 23-34. – PDF LINK
  • Rondelet G. 1558L’histoire entière des Poissons. – Lyon, Bonhomme, 2 tomes en 1 vol. : 620 pp.
  • Thabuis J. 1879 – Etude d’une cistude (Tortue d’eau douce) des Bois des Glaisins (séance du 30.XI.1879). – Revue Savoisienne, 20 (11) : 130.
  • Thienpont S. 2011 – Plan national d’actions en faveur de la Cistude d’Europe Emys Orbicularis. 2011-2015. – Min. Environnement : 126 pp. – PDF LINK
  • Thienpont S. 2012 – Plan d’actions 2012-2015 en faveur de la Cistude d’Europe en Rhône-Alpes. – Conservatoire du Patrimoine Naturel de Savoie. – PDF LINK

Photo d’introduction – ©© byncsa – Jean-Christophe de Massary – INPN