30 novembre 2020

Une aire d’hivernage très morcelée, cas de l’Oie cendrée

Alors que l’Oie cendré (Anser anser (Linnaeus, 1758)) niche en quelques endroits relativement entendus en Europe, ses sites d’hivernages paraissent dispersés en divers points du sud du continent ainsi que du nord-ouest de l’Afrique. C’est une espèce Paléarctique.

©© bysa – E.Ar Born – Wikimedia commons

L’Oie cendré est un grand palmipède (L 89 cm ; Env. 147-180 cm) à l’origine de l’Oie domestique. Sa domestication remonte à plusieurs milliers d’année. Pline (50) l’appelait déjà Anser et Gesner (1586) distinguait les individus sauvages (Anser ferus) des individus domestiques (Anser domesticus). Sa répartition plutôt septentrionale tend à devenir plus cosmopolite ; introduite en Amérique du Nord, Argentine, Afrique du Sud, Australie et en Nouvelle Zélande. La population européenne, sauvage, est doublée d’une importante population férale forte de près de 300.000 individus. On distingue le type (A.a.anser) qui a une répartition occidentale (depuis l’Islande, le Nord et le Centre de l’Europe à l’Afrique du Nord et l’Est de l’Iran) d’A.a.rubirostris, orientale (depuis la Roumanie, la Turquie et la Russie jusqu’en Chine. Hiverne essentiellement en Asie Mineure et dans l’Est de la Chine). Les Oies domestiques sont présentées sous Anser anser f. domesticus.

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Bien représentée lors de l’époque Atlantique (7450-6000 BP). Pline (50) connaissait ses fonctions migratrices et domestiques. L’espèce s’est éteinte en France après le Moyen Age, elle ne reniche que depuis les années 1970. Elle n’hivernait plus dans le pays jusqu’aux années 1960. De 1967 à 1976 l’effectif hivernant national n’est que d’une soixantaine d’individu, il est passé entre 1500 et 4000 oiseaux depuis les années 1980 et leur augmentation se poursuit. Une quarantaine de couple dans le pays dans les années 1990.

Les passages on lieu de fin janvier à mi mars et de fin septembre à fin novembre. On enregistre des afflux hivernaux par grands froids en France. Les migrations prénuptiales sont de plus en plus précoces avec arrivées précoces sur les sites de nidification septentrionaux de la population nord-ouest européenne, postnuptiales de plus en plus tardives. Les oiseaux néerlandais tendent à se sédentariser alors que les Pays-Bas accueillent près de 50% de la population nord-ouest européenne.

On distingue d’ouest en est plusieurs « flyways » : le première s’étend de l’Islande (population islandaise en déclin, écossaise en augmentation) aux Iles britanniques, le deuxième de l’ouest de la Scandinavie à l’Espagne (population nord-ouest européenne), le troisième de la Finlande à la Tunisie en passant par la Corse et l’Europe centrale), le quatrième est centré sur le Bassin de la Mer Noire, enfin le dernier va ponctuellement de la Sibérie au Bassin de la Caspienne et le Nord de l’Iran. La population nord-ouest européenne est en augmentation notamment en France et en Espagne avec une stabilisation depuis la fin des années 2000. Depuis l’Espagne la voie de migration principale passe par le littoral atlantique, coupant la péninsule bretonne jusqu’en Normandie, les Pays Bas, le Danemark et l’ouest de la Norvège. Certains individus coupent aussi le Golfe de Gascogne, survolant alors l’Océan Atlantique. On comptait entre 59.000 et 75.000 couples en Europe en 1997.

Les Oie cendrées sauvages observées en France (VU 2008) appartiennent à la sous-espèce type. Elle concerne principalement la voie de migration ou « flyway » nord-ouest européenne. La population concernée est forte de 610000 individus (2009) et tend à augmenter depuis les années 1990. Ce sont 648000 individus qui ont été comptés en janvier 2012. Les oiseaux repris en France (baguage) proviennent principalement du Danemark et de la Norvège, ainsi que de manière moins significative d’Allemagne et marginale de Pologne, République Tchèque et Finlande. Ceux observés (contrôle visuel) de Suède, Norvège et secondairement des Pays-Bas. Les effectifs hivernants sont de l’ordre de 15000-20000 individus à la mi janvier (2014), alors qu’environ 100000 oiseaux traversent le pays (1980). Les effectifs tendent à augmenter notamment en Camargue, mais se stabilisent depuis les années 2010. Les oies hivernantes sont concentrés principalement à l’estuaire de la Loire, les marais de l’Ouest, les Landes, la Camargue et la Champagne.

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En Rhône-Alpes l’espèce est rare en période internuptiale, mais en augmentation depuis les années 1990, avec depuis les années 2000 quelques venues lors de fuites hivernales par grands froids. Une population férale se développe en Dombes et correspond à la sous-espèce orientale rubirostris. Plus récemment, en 2008, une petite population formée de 27 individus a été introduite à l’Ecopole du Forez (Loire). Les premiers cas de reproduction en Dombes remontent à 1990 avec tout d’abord un à deux couples nicheurs au sein d’un groupe plus important (40-80 oiseaux). Depuis les années 2000 l’effectif nicheur est monté à 4 couples. Les passages sont limités et les groupes passant les 20 individus sont rare, en effet nous semble en dehors des voies principales de passage situées dans l’ouest de la France. Néanmoins l’augmentation des populations camarguaises conduisent à une augmentation des observations aux passages. En hivernage on a compté jusqu’à 120 oiseaux en Dombes. L’origine des oiseaux internuptiaux concernent l’Allemagne et la Suède (très peu de reprises de bague). La migration prénuptiale s’étend de la fin janvier à la mi mars (12 avril 2000, 4 mai 1992, 26 mai 1997), avec un maximum vers la mi février. La migration postnuptiale commence (5 septembre 1992) fin septembre et se poursuit jusqu’à fin novembre au moins avec deux modes l’un entre la mi octobre et fin octobre et le second plus prononcé vers la mi novembre et fin novembre. Elle ne s’est dessinée que très récemment. Record numérique de 292 ind. le 12 novembre 2010 à Birieux (Ain – H.Pottiau). L’Oie cendrée est au début du XXe s., rare en Dauphiné et de passage plus ou moins régulier (Lavauden 1910), cependant plus rare que les autres Oies dans la région lyonnaise selon Olphe-Galliard (1855), présente parfois en Savoie lors des hivers rigoureux ou à l’approche du printemps (Bailly 1853-54).

La femelle pond vers le mois d’avril 4-9 œufs dont l’incubation dure de 4 à 5 semaines. Les oisillons sont nidifuges et restent en famille jusqu’à la reprise des quartiers d’hiver. Elle est longive et vit une vingtaine d’années ; jusqu’à 31 ans en captivité. Espèce naturellement sociable, elle se déplace et se nourrit en grands groupes. Les couples sont monogames, formés pour toute la vie. L’hybridation est connue avec de nombreux anatidés comme le Cygne tuberculé, l’Oie cygnoïde, la Bernache du Canada, etc. C’est une espèce essentiellement végétarienne, brouteuse.