5 mars 2021

La Cistude d’Europe, notre tortue aquatique

La Cistude d’Europe (Emys orbicularis (Linnaeus, 1758)) est une Tortue aquatique de la famille des EmydidĂ©s. Elle est considĂ©rĂ©e comme quasi-menacĂ©e Ă  niveau mondial. Elle peut mesurer jusqu’Ă  20 cm et peser jusqu’Ă  800 g.

Les taxons prĂ©sents localement en Tunisie et nord-est de l’AlgĂ©rie, ainsi que dans le sud de la Turquie ne sont pas encore dĂ©crits. Emys orbicularis trinacris Fritz & al., 2005 de Sicile, toute petite, est regardĂ© comme une bonne espèce sous Emys trinacris.

On la trouve en Afrique du Nord, PĂ©ninsule IbĂ©rique et de la France Ă  l’Asie occidentale, atteignant les mers d’Aral et Caspienne avec des tendances mĂ©ridionales. Elle remonterait jusqu’en Lituanie nĂ©anmoins [?]. BalĂ©ares, Corse, sardaigne. On connaĂ®t des exemplaires fossiles rĂ©gulièrement rĂ©partis au nord de l’aire actuelle de l’espèce : Angleterre, Belgique, Pays Bas, Allemagne, Danemark, Sud de la Suède, nord des Pays Baltes. L’espèce est prĂ©sente Ă  peu près dans les deux-tiers sud de la France, mais avec des noyaux denses de populations morcelĂ©s : façade Atlantique et arrière pays depuis les PyrĂ©nĂ©es Atlantiques Ă  la Charente Maritime, Brenne et rĂ©gions voisines, Camargue et littoral mĂ©diterranĂ©en, Var Ă  la CĂ´te d’Azur, Isle CrĂ©mieu et secteurs voisins, Corse. Exceptionnellement ailleurs. RĂ©introduite en Alsace, Languedoc, au Lac du Bourget, secteur de Genève. C’est une Tortue d’eau douce ou de milieux saumâtres stagnants ou faiblement courants jusqu’Ă  500-600 m d’altitude. Elle passe l’essentiel de son temps dans l’eau ou sur des solariums. La ponte a lieu en terrain sec, parfois Ă  plusieurs centaines de mètres de l’eau. Cette Tortue est essentiellement diurne. MaturitĂ© sexuelle dès 8 ans chez les ♂ et dès 10 ans chez les ♀, mais parfois seulement 18 ans pour ce sexe. Pontes de 3 Ă  13 Ĺ“ufs rĂ©parties dans diffĂ©rents trous, rĂ©alisĂ©es entre mai et juillet. Naissances en automne. Hiberne entre octobre et mars sous la vase en bordure d’Ă©tangs notamment. Elle peut estiver sous climats sec ou mĂ©diterranĂ©en. Seul un jeune sur cent semble atteindre l’âge adulte. LongĂ©vitĂ© de 40 Ă  60 ans (plus de 100 ans en captivitĂ©).

Latitude 45

En Aquitaine la Cistude est citĂ©e anciennement par Lataste (1879) qui la dit abondante dans les marais et les paturâges entrecoupĂ©s de fossĂ©s du littoral, au nord de la Gironde et par Lapeyrère (1907) dans les Ă©tangs et marais de la rĂ©gion forestière des Landes, en rive gauche de l’Adour. Elle est vers Mont de Marsan (Granger 1894). CitĂ©e de la rĂ©gion sans prĂ©cisions (Barbier 1905, GuĂ©rin 1924, Rollinat 1934, Fretey 1975, Parent 1979), Ă©tudiĂ©e en Dordogne (Naulleau 1991). Elle n’est systĂ©matiquement Ă©tudiĂ©e que depuis les annĂ©es 2000. L’essentiel des zones d’altitude infĂ©rieure Ă  300 m est concernĂ© par la prĂ©sence de l’espèce en Aquitaine. On la trouve sur les milieux les plus divers, essentiellement des Ă©tangs, mais aussi des fossĂ©s, lagunes ou ruisseaux, etc. D’importantes populations sont indiquĂ©es localement : nord du MĂ©doc, Bassin d’Arcachon, Ă©tangs de la Double en Dordogne, massif landais en Lot et Garonne, dans les Landes. Il s’agit de la rĂ©gion de France ayant les plus belles populations de Cistude d’Europe (Priol & al. 2008).

La Cistude est extrêmement rare dans le Limousin, région située globalement trop en altitude. On la connaît sur quelques étangs au nord de la Haute Vienne qui ont été étudiés à la fin des années 2000.

En Auvergne elle est essentiellement prĂ©sente sur le Nord du dĂ©partement de l’Allier, en dĂ©clin.

En RhĂ´ne-Alpes l’espèce est classĂ©e En Danger (EN 2015) et Ă©tait initialement considĂ©rĂ©e comme plus menacĂ©e encore (CR 2008). Des mentions d’anciens exemplaires subfossiles sont indiquĂ©s dans la rĂ©gion (Boudier 1961). Ainsi une Tortue grecque signalĂ©e dans la Cluse de Grenoble (Boquet 1969) est-elle finalement proposĂ©e comme une Cistude par Cheylan [1981]. Ancienne connue de Lyon, presqu’île de Perrache (Rondelet 1558), L’espèce est citĂ©e dans le Bassin du RhĂ´ne (Fournet 1853), Haute-Savoie (Thabuis 1879, Le Roux 1909), en Isère (Lataste 1880), en Savoie (DenariĂ© 1903).
Il ne semble plus y avoir de vĂ©ritables populations dans l’Ain qui Ă©tait autrefois occupĂ©e en pĂ©riphĂ©rie de la Dombes et dans la Basse VallĂ©e de l’Ain. L’espèce est occasionnellement indiquĂ©e dans la Basse VallĂ©e de l’Ain, peut-ĂŞtre rĂ©gulièrement sur Nievroz, en Dombes, sur le Haut RhĂ´ne et dans le Pays de Gex. En Ardèche, l’espèce reste rĂ©gulière sur la rivière Ardèche au niveau de la Boucle du Chauzon notamment oĂą se trouve une petite population très isolĂ©e gĂ©nĂ©tiquement. Des mentions Ă©parses sont faites ailleurs sur la rivière, ainsi qu’au niveau du fleuve RhĂ´ne. Elle Ă©tait dans la DrĂ´me au NĂ©olithique moyen (5500-4000 BP) (St Paul Trois Châteaux, Châteauneuf du RhĂ´ne, Francillon). Si une petite population existant dans les annĂ©es 1980 vers Rochefort en Valdaine, sa persistance est incertaine. Quelques très rares indications rĂ©centes (VallĂ©es du RhĂ´ne et de l’Isère). L’espèce est prĂ©sente en Isère au dĂ©bit du NĂ©olithique. On a des tĂ©moignages de sa consommation par l’Homme au Moyen Ă‚ge Ă  St Romain de Jalionas. Elle est prĂ©cisĂ©e abondante dans le Bas DauphinĂ© vers Bourgoin Jallieu, Morestel ou les Avenières au XIXe siècle (Guillot 1841, Charvet 1846, Lortet 1887). Depuis les annĂ©es 1990 l’espèce est l’objet d’Ă©tudes rĂ©gulières menĂ©es par Lo Parvi et Nature et Vie Sociale. La prĂ©sence de l’espèce est bien connue dans l’Isle CrĂ©mieu et ses environs. La limite mĂ©ridionale de la population est encore Ă  l’Ă©tude. Disparue rĂ©cemment du secteur du Grand Lemps. Absente du dĂ©partement de la Loire.
IndiquĂ©e anciennement dans le dĂ©partement du RhĂ´ne sur Lyon par Rondelet (1558), l’espèce Ă©tait rĂ©pandue jusque dans la ville, sur Perrache (Fournet 1853), DĂ©cines et sur les bords du RhĂ´ne (Lortet 1887). Mentions actuellement occasionnelles, Ă  suivre pour le Parc de Miribel Jonage. Si elle est connue en Savoie aux temps prĂ©historiques et au Moyen Ă‚ge, l’espèce disparaĂ®t entre le XIXe et le XXe siècle. Lortet (1887) signale l’espèce dans la plaine de Culoz entre le RhĂ´ne et le Lac du Bourget, DenariĂ© (1902) la connaĂ®t au Marais de Chautagne et du Bourget. Le dernier tĂ©moignage date des annĂ©es 1990 pour le Lac du Bourget. L’espèce est rĂ©introduite dès 2000 au sud et 2009 au nord, sur le lac savoyard. En Haute-Savoie l’espèce n’a jamais Ă©tĂ© très abondante. Seyssel sur le RhĂ´ne (Thabuis 1872), secteur d’Annecy au XIXe et dĂ©but du XXe siècle, DenariĂ© (1902) donne l’espèce frĂ©quemment signalĂ©e vers Seyssel et il Ă©voque deux autres stations sud le Lac d’Annecy et alentours. Connue Ă  proximitĂ© dans le Canton de Genève au XIXe siècle. Elle a disparu du dĂ©partement et a Ă©tĂ© indiquĂ©e pour la dernière fois en 1975 du Marais de GĂ©ru, vers Seyssel.

Illustrations d’Alexis Nouailhat sur la Cistude dans la rĂ©gion RhĂ´ne-Alpes

Sous-espèces

  • Emys orbicularis orbicularis (Linnaeus, 1758) – Essentiel des populations françaises, sauf Corse, Midi et Isle CrĂ©mieu, arrière pays de la Dalmatie, Roumanie, Hongrie ; mais aussi depuis la Pologne Ă  la Lituanie, l’Ukraine et la Russie ainsi que sur l’essentiel de la Turquie.
  • Emys orbicularis eiselti Fritz & al., 1998 – Moyen Orient (localement).
  • Emys orbicularis galloitalica Fritz, 1995 – Midi, Isle CrĂ©mieu, sud de la France, Catalogne. Sardaigne (capolongoi), Corse (lanzai).
  • Emys orbicularis hellenica (Valencienne in Bibron & Bory, 1832) – Depuis la Dalmatie au PĂ©loponnèse. Mais aussi dans le Sud de la France.
  • Emys orbicularis ingauna Jesu & al., 2004 – Ligurie.
  • Emys orbicularis occidentalis Fritz, 1993 – Afrique du Nord (localement), PĂ©ninsule IbĂ©rique.
  • Emys orbicularis persica von Eichwald, 1831 – Caucase et Sud de la Caspienne.

Les taxons prĂ©sents localement en Tunisie et nord-est de l’AlgĂ©rie, ainsi que dans le sud de la Turquie ne sont pas encore dĂ©crits. Emys orbicularis trinacris Fritz & al., 2005 de Sicile, toute petite, est regardĂ© comme une bonne espèce sous Emys trinacris.

Références

  • Boudier F. 1961-1962 – Le Bassin du RhĂ´ne au Quaternaire. GĂ©ologie et PrĂ©histoire. – Paris, CNRS, 2 vol. : 364+297 pp.
  • Boquet A. 1969 – L’Isère prĂ©historique et protohistorique. – Gallia PrĂ©hist., 12 (1) : 121-258 & 12 (2) : 273-400.
  • DenariĂ© M. 1903 – Sur quelques animaux de la Savoie, disparus ou en voie de disparition. – Bull.Soc. Hist. Nat. Savoie, (2), VIII (1902) : 17-44.
  • Fournet A. 1853 â€“ Recherches sur la distribution et les modifications des caractères de quelques animaux aquatiques du bassin du RhĂ´ne. – Ann. Soc. Agric. Lyon, (2), 5.
  • Frapna Ain 1999 â€“ Etude sur la prĂ©sence de la tortue cistude (Emys orbicularis) en Dombes (Ain). – Etude.
  • Frapna Ain 2000 â€“ La cistude d’Europe en basse vallĂ©e de l’Ain : prospections et mesures en faveur de l’amĂ©lioration de la capacitĂ© d’accueil. – Etude.
  • Frapna Ain 2000 â€“ La Cistude d’Europe en Dombes (Ain). Recherche de prĂ©sence et propositions de gestion. – Etude.
  • Frapna Ain 2001 â€“ PrĂ©sent et avenir de la cistude d’Europe dans la basse vallĂ©e de l’Ain. – Etude.
  • Lataste F. 1880 â€“ DĂ©couverte d’une Cistude en Isère. – Bull. dĂ©p. Nord, 11 (1879, Anonyme) : 55.
  • Le Roux 1909 â€“ Note sur une tortue boueuse Cistudo europaea Schmidt trouvĂ©e entre les murs de la prison d’Annecy. Soc. florimontaine d’Annecy, sĂ©ance du 6.X.1909. – Revue savoisienne, 50 (4) : 268.
  • Priol P., Coic C. & Servan J. 2008 – RĂ©partition de la cistude d’Europe (Emys orbicularis) en Aquitaine. – Bull. Soc. Herp. Fr, 127 : 23-34. – PDF LINK
  • Rondelet G. 1558 – L’histoire entière des Poissons. – Lyon, Bonhomme, 2 tomes en 1 vol. : 620 pp.
  • Thabuis J. 1879 â€“ Etude d’une cistude (Tortue d’eau douce) des Bois des Glaisins (sĂ©ance du 30.XI.1879). – Revue Savoisienne, 20 (11) : 130.
  • Thienpont S. 2011 – Plan national d’actions en faveur de la Cistude d’Europe Emys Orbicularis. 2011-2015. – Min. Environnement : 126 pp. – PDF LINK
  • Thienpont S. 2012 – Plan d’actions 2012-2015 en faveur de la Cistude d’Europe en RhĂ´ne-Alpes. – Conservatoire du Patrimoine Naturel de Savoie. – PDF LINK

Photo d’introduction – ©© byncsa – Jean-Christophe de Massary – INPN