5 décembre 2020

Le retour du Vautour moine dans les Alpes

Cette planche de Naumann (XIXe siècle) montre le Vautour moine (Aegypius monachus (Linnaeus, 1766)) comme un oiseau de teinte noire. C’est le Black Vulture des anglais ou el Buitre negro des espagnols, noms vraisemblablement repris des auteurs anciens qui le nommaient le Vautour noir. Ces derniers l’appelaient aussi le Vautour arrian ou le Grand Vautour. Il appartient à la famille des Accipitridés.

Aristote (-350) distingue un Vautour brun du Vautour cendré. Ce dernier est notre Vautour fauve (Gyps fulvus). Il inclus les deux sous le nom de Gyps. Pline (50) distingue bien le Vautour noir ou Grand Vautour et dit qu’il est le plus fort des vautours, précisant que personne n’a atteint leurs nids qui sont faits sur des rochers excessivement élevés. Belon (1555) en partant du Vautour brun d’Aristote, en distingue une variante qui est le Vautour noir. Le véritable Vautour brun est chez cet auteur le Percnoptère (Neophron percnopterus) qui nomme aussi Vautour blanchastre. Néanmoins tour à tour il semble confondre des caractères pris chez le Percnoptère ou le Vautour moine. Ménégaux (1932) signale parmi ses synonymes pour le Vautour moine, le Vautour noir. Il a été à la suite de Belon (op.cit.) plus ou moins maladroitement confondu avec le Percnoptère comme nous l’avons vu plus haut.

Il s’agit du plus grand Rapace diurne d’Europe avec une envergure de 2,5 à 3,0 m et un poids de 7 à 10 kg. Son nom scientifique fait référence à sa livrée sombre et son crâne tonsuré qui évoque un moine. Le genre Aegypius dont il est le seul représentant signifie vautour (gyps) pieux (pius).

Il s’agissait au XIXe siècle d’un visiteur dans les Pyrénées françaises et il se montrait accidentellement en Provence (Crespon 1844), Languedoc, Savoie (Bailly 1853-54) ou en Dauphiné (Lavauden 1910). Crespon (op.cit.) dit qu’ils arrivent dans les montagnes bordant la Crau courant mai et que cette espèce est assez rare. Des auteurs l’ont dit nicheur dans les Pyrénées ou dans les Alpes méridionales au début du XXe siècle. De fait la dernière mention ancienne dans la Drôme date de 1840. Des oiseaux erratiques venus d’Espagne formaient des groupes d’une centaine qui furent observés en 1855 et 1856 près d’Agen (Degland & Gerbe 1867). Jusqu’en 1900, il y eu de la même manière quelques observations dans le sud du Massif Central, notamment dans les Cévennes.

Le première mention moderne iséroise concerne un oiseau vu à Chichilianne le 14 septembre 2002 par M.Fonters. Il n’y a pas de mention ancienne dans ce département à notre connaissance. La première nouvelle mention alpine est à peine antérieure et concerne 2 individus vus à Chamaloc (Drôme) le 4 juin 2002 ainsi que du 5 au 7 juin à Rémuzat (Drôme). Au cours de la même saison des oiseaux de toute évidence en provenance des sites de réintroduction du Massif Central sont aussi indiqués comme nous l’avons vu, en Isère, ainsi qu’en Haute-Savoie et dans le Valais suisse probablement portés par des vols de Vautours fauves erratiques. L’espèce devient ensuite régulière suite à sa réintroduction au milieu des années 2000 dans la Drôme. La première aire moderne a été construite dans ce département en 2007.

©© bysa – Matěj Baťha – Wikimedia commons

C’est un oiseau nicheur rare dans le Paléarctique Ouest selon selon une aire restreinte dans la Péninsule ibérique, les Balkans, localement aux Baléares, plus répandu en Anatolie et le Caucase, sud de la Crimée. Sa réintroduction est en cours en France, dans le Sud du Massif Central et dans les Alpes ; on comptait 16 couples installés en 2008. Il a disparu de l’Afrique du Nord, de Tchécoslovaquie, Roumanie, Moldavie, Sardaigne et Chypre. Ainsi l’espèce a vu son aire de répartition se réduire en Europe, avec disparition de plusieurs pays dans le centre du continent et le Sud-Est. La quasi totalité des quelques 900-1000 couples européens [1994] et désormais quelques 1500 couples [2007], se trouve en Espagne. Il ne reste plus que 20 couples en Grèce, et, la population introduite en France concernait en 2017, 35 couples présents à raison de 27 dans les Grands Causses et de 8 dans les Baronnies. En Asie, le Vautour moine a une répartition plus étendue partant de la Turquie et du Caucase à la Mongolie. Elle paraît assez menacée en raison d’un déclin récent inquiétant. C’est sur ce continent, une espèces partiellement migratrice qui descend hiverner dans l’Himalaya où elle ne niche guère que dans la partie occidentale, le sud du Pakistan et le nord-est de l’Inde. Sa situation en Chine orientale et en Corée est mal connue et ne semble concerner que des oiseaux internuptiaux, mais où l’espèce a niché anciennement. Enfin, une population isolée se trouve au Soudan. Son statut mondial rend compte d’une espèce quasi menacée (NT). Il s’agit d’un oiseau sédentaire présentant pour les jeunes un erratisme prononcé qui les mène parfois loin de leur site de naissance.

Le Vautour moine niche en colonies lâches sur les arbres, notamment les Chênes verts dans des régions montagneuses situées entre 300 et 1400 m d’altitude. Il occupe aussi des Pins ou des Genévriers… Le diamètre du nid peut atteindre les 2 m. Sa maturité sexuelle est atteinte à 4-5 ans, mais c’est dès l’âge de 2 ans que certains couples se forment, voire construise un nid qui sera alors non productif. Les couples ne se reproduisent pas tous les ans. Les parades commencent dès janvier et la ponte a lieu entre février et mars. Elle est couvées alternativement par les individus des deux sexes pendant un peu moins de 2 mois. Le poussin est nourri au nid pendant près de 3 mois et ne s’envole que vers août ou septembre. Les adultes continueront à le nourrir encore pendant quelques semaines. Cet oiseau est charognard. Il se nourrit de cadavres de grands Mammifères en général, mais aussi de ceux de Lapins ou de Lièvres. Parmi les menaces qui pèsent sur ces Oiseaux, il convient de signaler le saturnisme aviaire lié à l’ingestion de plombs de chasse lors de la consommation des cadavres.

©© bysa – J.Laignel – INPN
  • Bailly J.B. 1853-54 – Ornithologie de Savoie. – Paris, Chambéry, 5 volumes.
  • Crespon J. 1844 – Faune méridionale. – Nîmes, Montpellier, 2 volumes.
  • Lavauden L. 1910 – Catalogue des oiseaux du Dauphiné. – Bull. Soc. Et. Biol., 2 : 173-223.