3 mars 2021

Le retour du Vautour moine dans les Alpes

Cette planche de Naumann (XIXe siècle) montre le Vautour moine (Aegypius monachus (Linnaeus, 1766)) comme un oiseau de teinte noire. C’est le Black Vulture des anglais ou el Buitre negro des espagnols, noms vraisemblablement repris des auteurs anciens qui le nommaient le Vautour noir. Ces derniers l’appelaient aussi le Vautour arrian ou le Grand Vautour. Il appartient Ă  la famille des AccipitridĂ©s.

Aristote (-350) distingue un Vautour brun du Vautour cendrĂ©. Ce dernier est notre Vautour fauve (Gyps fulvus). Il inclus les deux sous le nom de Gyps. Pline (50) distingue bien le Vautour noir ou Grand Vautour et dit qu’il est le plus fort des vautours, prĂ©cisant que personne n’a atteint leurs nids qui sont faits sur des rochers excessivement Ă©levĂ©s. Belon (1555) en partant du Vautour brun d’Aristote, en distingue une variante qui est le Vautour noir. Le vĂ©ritable Vautour brun est chez cet auteur le Percnoptère (Neophron percnopterus) qui nomme aussi Vautour blanchastre. NĂ©anmoins tour Ă  tour il semble confondre des caractères pris chez le Percnoptère ou le Vautour moine. MĂ©nĂ©gaux (1932) signale parmi ses synonymes pour le Vautour moine, le Vautour noir. Il a Ă©tĂ© Ă  la suite de Belon (op.cit.) plus ou moins maladroitement confondu avec le Percnoptère comme nous l’avons vu plus haut.

Il s’agit du plus grand Rapace diurne d’Europe avec une envergure de 2,5 Ă  3,0 m et un poids de 7 Ă  10 kg. Son nom scientifique fait rĂ©fĂ©rence Ă  sa livrĂ©e sombre et son crâne tonsurĂ© qui Ă©voque un moine. Le genre Aegypius dont il est le seul reprĂ©sentant signifie vautour (gyps) pieux (pius).

Il s’agissait au XIXe siècle d’un visiteur dans les PyrĂ©nĂ©es françaises et il se montrait accidentellement en Provence (Crespon 1844), Languedoc, Savoie (Bailly 1853-54) ou en DauphinĂ© (Lavauden 1910). Crespon (op.cit.) dit qu’ils arrivent dans les montagnes bordant la Crau courant mai et que cette espèce est assez rare. Des auteurs l’ont dit nicheur dans les PyrĂ©nĂ©es ou dans les Alpes mĂ©ridionales au dĂ©but du XXe siècle. De fait la dernière mention ancienne dans la DrĂ´me date de 1840. Des oiseaux erratiques venus d’Espagne formaient des groupes d’une centaine qui furent observĂ©s en 1855 et 1856 près d’Agen (Degland & Gerbe 1867). Jusqu’en 1900, il y eu de la mĂŞme manière quelques observations dans le sud du Massif Central, notamment dans les CĂ©vennes.

Le première mention moderne isĂ©roise concerne un oiseau vu Ă  Chichilianne le 14 septembre 2002 par M.Fonters. Il n’y a pas de mention ancienne dans ce dĂ©partement Ă  notre connaissance. La première nouvelle mention alpine est Ă  peine antĂ©rieure et concerne 2 individus vus Ă  Chamaloc (DrĂ´me) le 4 juin 2002 ainsi que du 5 au 7 juin Ă  RĂ©muzat (DrĂ´me). Au cours de la mĂŞme saison des oiseaux de toute Ă©vidence en provenance des sites de rĂ©introduction du Massif Central sont aussi indiquĂ©s comme nous l’avons vu, en Isère, ainsi qu’en Haute-Savoie et dans le Valais suisse probablement portĂ©s par des vols de Vautours fauves erratiques. L’espèce devient ensuite rĂ©gulière suite Ă  sa rĂ©introduction au milieu des annĂ©es 2000 dans la DrĂ´me. La première aire moderne a Ă©tĂ© construite dans ce dĂ©partement en 2007.

©© bysa – MatÄ›j BaĹĄha – Wikimedia commons

C’est un oiseau nicheur rare dans le PalĂ©arctique Ouest selon selon une aire restreinte dans la PĂ©ninsule ibĂ©rique, les Balkans, localement aux BalĂ©ares, plus rĂ©pandu en Anatolie et le Caucase, sud de la CrimĂ©e. Sa rĂ©introduction est en cours en France, dans le Sud du Massif Central et dans les Alpes ; on comptait 16 couples installĂ©s en 2008. Il a disparu de l’Afrique du Nord, de TchĂ©coslovaquie, Roumanie, Moldavie, Sardaigne et Chypre. Ainsi l’espèce a vu son aire de rĂ©partition se rĂ©duire en Europe, avec disparition de plusieurs pays dans le centre du continent et le Sud-Est. La quasi totalitĂ© des quelques 900-1000 couples europĂ©ens [1994] et dĂ©sormais quelques 1500 couples [2007], se trouve en Espagne. Il ne reste plus que 20 couples en Grèce, et, la population introduite en France concernait en 2017, 35 couples prĂ©sents Ă  raison de 27 dans les Grands Causses et de 8 dans les Baronnies. En Asie, le Vautour moine a une rĂ©partition plus Ă©tendue partant de la Turquie et du Caucase Ă  la Mongolie. Elle paraĂ®t assez menacĂ©e en raison d’un dĂ©clin rĂ©cent inquiĂ©tant. C’est sur ce continent, une espèces partiellement migratrice qui descend hiverner dans l’Himalaya oĂą elle ne niche guère que dans la partie occidentale, le sud du Pakistan et le nord-est de l’Inde. Sa situation en Chine orientale et en CorĂ©e est mal connue et ne semble concerner que des oiseaux internuptiaux, mais oĂą l’espèce a nichĂ© anciennement. Enfin, une population isolĂ©e se trouve au Soudan. Son statut mondial rend compte d’une espèce quasi menacĂ©e (NT). Il s’agit d’un oiseau sĂ©dentaire prĂ©sentant pour les jeunes un erratisme prononcĂ© qui les mène parfois loin de leur site de naissance.

Le Vautour moine niche en colonies lâches sur les arbres, notamment les ChĂŞnes verts dans des rĂ©gions montagneuses situĂ©es entre 300 et 1400 m d’altitude. Il occupe aussi des Pins ou des GenĂ©vriers… Le diamètre du nid peut atteindre les 2 m. Sa maturitĂ© sexuelle est atteinte Ă  4-5 ans, mais c’est dès l’âge de 2 ans que certains couples se forment, voire construise un nid qui sera alors non productif. Les couples ne se reproduisent pas tous les ans. Les parades commencent dès janvier et la ponte a lieu entre fĂ©vrier et mars. Elle est couvĂ©es alternativement par les individus des deux sexes pendant un peu moins de 2 mois. Le poussin est nourri au nid pendant près de 3 mois et ne s’envole que vers aoĂ»t ou septembre. Les adultes continueront Ă  le nourrir encore pendant quelques semaines. Cet oiseau est charognard. Il se nourrit de cadavres de grands Mammifères en gĂ©nĂ©ral, mais aussi de ceux de Lapins ou de Lièvres. Parmi les menaces qui pèsent sur ces Oiseaux, il convient de signaler le saturnisme aviaire liĂ© Ă  l’ingestion de plombs de chasse lors de la consommation des cadavres.

©© bysa – J.Laignel – INPN
  • Bailly J.B. 1853-54 â€“ Ornithologie de Savoie. â€“ Paris, ChambĂ©ry, 5 volumes.
  • Crespon J. 1844 â€“ Faune mĂ©ridionale. â€“ NĂ®mes, Montpellier, 2 volumes.
  • Lavauden L. 1910 â€“ Catalogue des oiseaux du DauphinĂ©. – Bull. Soc. Et. Biol., 2 : 173-223.