29 novembre 2020

Le Saproxylum, un habitat important des espaces forestiers

Nous proposons le nom de Saproxylum [2020] à la notion de Bois mort ou Dead Wood en anglais, qui correspond de fait à un (sous) habitat propre à la composante décomposition des milieux forestiers ou des arbres en général. Le mot se décompose selon deux racines issues du grec ancien sapro / σαπρός et xylum / ξύλον qui signifient putride ou pourri et bois. Celles-ci font référence à la décomposition du Bois mort réalisée par toute une série d’espèces, pour partie spécialisées dans cette action.

Volis, formé de chandelles d’arbres morts sur pied
Des Myxomycètes se développent sur un bout de bois moussu

Le Saproxylum se caractérise par du bois qui ne présente plus ou presque de cellules vivantes. Il est issu de n’importe quel morceau de bois, suspendu à son géniteur ou tombé au sol. Les arbres morts en masse peuvent rester sur pied, ce sont les volis ou tomber au sol dans le cas des chablis. Par ailleurs toute partie morte d’un arbre vif, généralement scénescent ou malade compose aussi le saproxylum. Le bois tombé dans l’eau aura des conditions de décomposition particulière, voire a contrario de conservation. Il est susceptible de former des embâcles dont l’importance écologique est importante, outre leur impact sur la dynamique des cours d’eau. On trouve encore des communautés spécifiques au niveau des laisses de mer associées aux saproxylums. On constatera que récemment de tels habitats sont largement pollués par l’accumulation de déchets solides ou chimiques et notamment de plastiques ou objets métalliques peu dégradables. Enfin le bois mort rejeté par les fleuves dans la mer sont sources de refuges ou sortes d’oasis, importants pour la diversité de la faune ou de la flore marine. Notons que si les saproxylums se décomposent pas ou peu, ils peuvent être à l’origine du charbon, source d’énergie fossile. Le saproxylum est dans divers cas, un habitat stable, dont l’évolution pourra être lente et se maintenir pour les plus grosses pièces de bois pendant plusieurs siècles. Il s’agit d’un état de transformation plus ou moins dynamique. Près du quart de la Biodiversité forestière, en climat tempéré, habite des saproxylums. L’exploitation forestière qui soustrait à l’environnement les saproxylums, la suppression des embâcles… ne sont pas sans conséquence sur le maintien de la Biodiversité. Nous constatons à ce niveau de la présentation que les saproxylums présentent eux-même une diversité significative, avec des fonctionnements écologiques variés, mais qui tendent tous, à plus ou moins long terme, vers le recyclage de la matière organique des arbres morts par des mécanismes de décomposition. Un simple tas de bois forme un saproxylum propre à permettre le refuge de certains animaux et se décomposant accueillir toute une faune et une flore intéressante. On dit que « Rien n’est plus vivant que le bois mort« .

Situation en France selon Vallauri & Poncet (2002)
©© bysa – F.Lamiot – Wikimedia commons
  • Retenons que dans une forêt (sub)primaire en climat tempéré on trouve jusqu’à 1/3 de masse de bois mort qui forment des saproxylums abritant 1/4 environ de la Biodiversité forestière. Ailleurs en Europe les forêts nettoyées de leurs saproxylums ont des masses jusqu’à 10 fois inférieures avec des conséquences évidentes sur la Biodiversité et son déclin.
  • Les grosses pièces de bois mort forment un habitat ne gelant pas au cœur. De tels saproxylums abriteront alors des espèces particulières et des réseaux alimentaires originaux qui se maintiendront pendant plusieurs siècles avant d’évoluer.
  • Le bois mort forme des perchoirs privilégiés par certains Oiseaux territoriaux ou chassant à l’affut. Il abrite en outre les cavités de Pics permettant leur nidification, occupées a posteriori par certains Rapaces nocturnes.
  • Les fragments d’écorce, les fissures qu’elles forment sont autant de cavité et de refuges pour des animaux venant y dormir ou hiverner.
  • Le bois perclus de mycelium est accompagné de tout un complexe d’espèce favorisé par de tels saproxylums, ou se nourrissant de Champignons.
  • Les arbres creux sont l’habitat naturel permettant l’installation d’essaims d’Abeilles. De manière indirecte ils ont un rôle dans le système de pollinisation.
  • Les saproxylums immergés sont des habitats importants pour un grand nombre de larves d’Insectes, dont des Odonates.
  • Certains saproxylums évolués, dans des milieux pauvres en nutriments peuvent servir de support aux racines de nouveaux arbres. Ce sont aussi des points de germination de semis, des lieux de développement de Mousses ou de Myxomycètes.
  • Des scientifiques anglais ont estimé que les saproxylums étaient des habitats vitaux pour 1700 espèces d’Invertébrés, soit 6% de toute la faune connue en Grande-Bretagne. On y trouve de nombreuses espèces menacées du fait de la disparition de tels écosystèmes.
  • Du point de vue social, de nombreux anciens arbres morts sont vénérés ou sacrés. Sa récolte est prohibée dans les forêts sacrées du Bénin sans l’accord expresse du sacrificateur qui peut intercéder auprès des esprits.
  • Bois mort plein de vie ! > PDF LINK
Ce bois vermoulu est percé par des cavités réalisés par des larves, en général des Coléoptères
Ce bois vermoulu est parcouru de forages réalisés par des larves
Imago de Rosalie, ses larves se développent dans le bois mort
Laisse de mer en Alaska – ©© bysa – Anonyme – Wikimedia commons
Laisse de mer formée d’un bric à brac de bois mort qui sont autant d’abris à divers animaux
Ce site inondé a ennoyé une forêt désormais morte
Ces carpophores de Champignons sont la continuation visible de tout un réseau de mycélium se développant dans le bois pourri
Le temps est arrêté pour ce saproxylum très sec en plein Désert de la Mort

Quelques références

  • Brustel H. 2001 Coléoptères saproxyliques et valeur biologique des forêts françaises. – Perspectives pour la conservation du patrimoine naturel., Institut National Polytechnique de Toulouse, Toulouse.
  • Elton C.S. 1966 Dying and deadwood. The patterns of animal communities. – John Wiley, New York.
  • Maser C. & al. 1988From the forest to the sea : a story of fallen trees. – Portland.
  • Persuy A. 2009 Des vieux arbres pour renforcer la biodiversité. – Bois & Forêts, CRPF Poitou-Charentes.
  • Stokland J.N., Siitonen J. & Jonsson B.G. 2012 Biodiversity in Dead Wood. – Cambridge Universitt Press.
  • Vallauri D. & Poncet L. 2002 Etat de la protection des forêts en France : indicateurs 2002. – Rapport WWF, Paris : 100 pp.
Bois pourri, Champignons et mousses se partagent l’espace dans ce saproxylum

Iconographie générale issue de Pixabay

Cyrille Deliry le 7 juillet 2020, complété le 19 octobre 2020