14 avril 2021

Les routes du Jade, de la Soie et les voies du Pavot

Image de présentation – Partie décorée de la robe en soie d’un dignitaire chinois (fin du XIXe siècle) – ©© by – Jean-Pierre Dalbera – Flickr

Des échanges « commerciaux » qui s’apparentaient à du troc, de proche en proche ont permis certainement des mouvements de marchandise depuis l’Orient à l’Occident depuis des temps immémoriaux. Peut-être ont-ils commencé dès le néolithique. Des routes avec des convois organisés de marchandise, des étapes régulières caractérisent ces mouvements dès 5000 BC sont les prémisses des routes de la Soie, avec la route de Jade. Ce seront des caravanes entières qui parcourront de proches en proches ou de bout en bout ces routes asiatiques.

La route de Jade est née depuis la Chine. Dès le début du Néolithique chinois, vers 5000 BC, on trouve en Chine du Jade taillé, une pierre précieuses aux propriétés magiques. En chinois cette pierre s’écrit 玉 . On y voit le pilier de la Terre, l’Empereur ou 王, avec une goutte posée à son côté. Les fondements se trouvent dans la mythologie chinoise. Nuwa est la déesse créatrice de l’humanité. Elle a façonné les premiers hommes avec de la glaise et leur donna le pouvoir de procréer. Pangu, homme primordial cosmique, était entre ciel et terre, grandissant sans cesse, il mit 18000 ans à en créer la distance entre les deux parties ciel et terre. Pangu devenu très grand fut dispersé à sa mort et format des éléments tel que le vent par son souffle, le tonnerre pas sa voix, la lune et le soleil par ses yeux, la végétation pas sa pilosité, les rivières par son sang… sa moelle format les pierres précieuses et le Jade. Le Jade est donc apparue parmi les hommes nouvellement créé par Nuwa, lors de la mort de Pangu.

Cette représentation de Nuwa avec son frère Fuxi (Muséum d’Histoire Chinoise, couleur sur soie de dimension métrique sous le Soleil et au-dessus de la Lune parmi les étoiles

Le Jade (Néphrite et Jadéïte) est régulièrement et en quelque sorte, toujours traditionnellement travaillé en Chine dont les objets dans cette pierre précieuse est une grande spécialité.

La route du Jade, va des ressources en Birmanie, vers la Chine. Elle devient essentielle lorsque les gisements chinois s’épuiseront. Elle est associé à la circulation de l’Opium au même titre que la route de la Soie.

Papaver somniferum
Planche ancienne
La recherche et la systématisation de contacts commerciaux entre l’Orient et l’Occident ne débutent en fait que vers le IIe siècle av. JC par des voies maritimes maîtrisées par les Chinois pour la route principale de la Soie (caravanes), la route du Jade est une ouverture vers l’Inde . Ce sont des voies de diffusion du Jade, de la Soie et du Pavot notamment.
La naissance de ces voies d’échanges sont synchrones avec la naissance du premier véritable empire chinois avec la dynastie Han, alors le bassin du Tarim en Asie central est sous influence et régulièrement sous protection chinoise : la jonction est alors faite entre le Monde dessiné par Alexandre le Grand et le monde Chinois, la Bactriane en tampon entre ces deux mondes anciens est le relais naturel entre l’Occident et l’Orient. La route de la Soie millénaire va se conforter
.
Désormais Occident et Orient n’en sont plus à soupçonner leur existence respective : les deux Mondes se connaissent. Des peuples asiatiques tentent des expansions en Occident tels les Huns, mais bien d’autres… alors qu’a contrario c’est le monde musulman et les Turcs qui font des essais en Asie centrale
Source – Carte produite sur le site geopium ©
Pièce de Jade sculptée de l’époque de la dynastie Han (Antiquité)
Chameau de Bactriane

Des caravanes de Chameaux se déplacent sur des milliers de kilomètres dans les steppes et déserts de l’Asie dans un contexte difficile, tandis que des vaisseaux naviguent dangereusement dans la Mer de Chine, l’Océan Indien, la Mer d’Arabie et la Mer Rouge, chargés de trésors marchands dans les deux sens. C’est outre la voie de la diffusion de marchandises Orientales tel le Jade, la Soie, l’Opium ou des Epices… en retour l’Ivoire, la plumasserie, de l’or, du sel, du Corail ou des Eponges de Méditerranée, des animaux captifs d’Afrique… viennent de l’Occident. Ces routes deviennent régulières dès la dynastie Han dès le début du IIe siècle BP. Elles seront exploitées au cours de l’Antiquité et le Moyen Âge puis seront progressivement négligées dès le XVIe siècle, après le voyage de Vasco de Gama en 1498, la route maritime des Indes est ouverte. Par ailleurs la dynastie Ming referme la Chine sur elle-même et à l’époque le commerce est interrompu avec ce pays. Dès lors les voies maritimes parcourues par des vaisseaux européens viendront contourner l’Afrique à destination de l’Asie orientale. S’y ajoutent des comptoirs commerciaux coloniaux comme à Bombay, Madras, Canton ou Nagasaki par exemple. Dans ce contexte se développe malheureusement la traite des esclaves, élément d’un commerce triangulaire dans l’Atlantique entre les ports d’Europe, l’Afrique et les Amériques. Les voies maritimes européennes sont probablement préférés car les vaisseaux sont désormais adaptés à naviguer sur de grandes distances et les anciennes voies terrestres sont difficiles. De plus la politique européenne, forte des grandes découvertes du Monde, est en dynamique d’expansion.

Kubilaï Khan
Marco Polo après son retour à Venise

La route principale de la Soie relie Chnah’an (actuelle Xi’an) en Chine et Antioche dans le Sud-Est de la Turquie. Depuis le port d’Antioche se greffent les voies maritimes méditerranéennes ou quelques voies terrestres habituelles qui atteignent l’Europe occidentale et notamment Venise. Des variantes terrestres ou maritimes s’ajoutent : on parle alors des routes de la Soie (terme inventé par von Richthofen, géographe allemand en 1877). Grecs et Romains font référence au peuple chinois dès le IVe siècle BC qui habite le pays des Seres. Nous l’avons vu, leur ouverture ne débute guère avant le IIe siècle BC. C’est aussi une voie d’échanges de cultures et d’expansion par exemple du bouddhisme puis de l’islam en Asie. La Soie est très prisée par les Romains et avec un tel excès que le Sénat interdit le port de la Soie en l’an 16 afin de contourner cette difficulté qui conduisait à ruiner les plus riches dans un excès de luxe.

La Caravane de Marco Polo (né en 1254 et mort en 1324)
Marco Polo attend son père, Niccolo et Matteo, son oncle, qui partis en Chine, ont rencontré Kubilaï Khan, petit fils de Gengis Khan et fondateur de la dynastie mongole de Yuan. De retour à Venise, Niccolo et Matteo ont une mission : remettre une lettre au pape de la part du Khan et réunir cent savants chrétiens pour l’instruire sur le christianisme. A leur retour le Pape n’est plus et il faut attendre son successeur plusieurs années! En 1271 , Marco Pollo accompagne père et oncle, âgé de 17 ans en direction de la Chine. La famille arrive auprès du grand Khan en 1275, soit quatre ans après le départ. Marco Polo intègre le service diplomatique du nouvel Empereur sino-mongol. Dans ce cadre il voyage jusqu’aux confins de la Chine, en Corée, Thaïlande ou Birmanie. Les Polo n’ont pas l’autorisation du grand Khan de rentrer chez eux et doivent attendre 1292 avant d’en avoir le droit. Ils accompagnent la princesse Koekoecin jusqu’en Perse, et ils poursuivent leur route pour arriver à Venise vers la fin de l’année 1295. Marco Polo, pris par l’ennemis est en prison à Gènes où il dicte en 1298 à son compagnon de cellule le récit de son voyage fantastique en Chine et en Orient (Il Millione).
Voyages de la famille Polo (1271-1295) – Séjour prolongé en Chine

En 2013, le président chinois Xi Jinping lance le programme des «nouvelles routes de la soie» («Belt and Road Initiative»). Son objectif est de créer un réseau mondial d’infrastructures stratégiques au service de l’économie chinoise.