14 avril 2021

Un Murin espagnol en France

Le Murin d’Escalera (Myotis escalerai Cabrera, 1904) est un Vespertilionidé qui é été décrit en 1904 (planche originale de la description en entête), mais n’a été clairement accepté comme bonne espèce qu’en 2006 [1]. Il a longtemps été considéré comme une sous-espèce du Murin de Natterer. L’espèce a rapidement été protégée en France, puisqu’elle a été inscrite en 2007. Elle est Vulnérable au niveau mondial (UICN). Elle a été découverte dans les Pyrénées Orientale et réputée présente dans les Pyrénées Atlantique (à confirmer).

Péninsule ibérique et Baléares, localement en France. Semble aussi présente au Maroc [?].
Cette espèce n’est clairement connue que des Pyrénées Orientales en France.

  • Cabrera D.A. 1904 – Ensayo monográfico sobre los quirópteros de España. – Memorias de la Sociedad Española de Historia Natural, 2(5) :249–286.
  • Evin A. & al. 2009 – A new species for the French bat list: Myotis escalerai (Chiroptera: Vespertilionidae). – Mammalia, 142-144. – ONLINE

[1] – ©© bysa (Vincent Rufray – Atlas des Chiroptères du Midi méditerranéen – Depuis déjà les années 1990, la population de Murin de Natterer, située dans la région du Conflent dans les Pyrénées Orientales, était considérée comme originale par les chiroptérologues locaux (Abdulhak S., Courmont L., Lecoq V., Letscher R., Meunier C., Médard P., Rufray V., obs. pers., GCLR, ENE, groupe Myotis). En effet, le suivi traditionnel des gîtes hypogés en période de mise bas fournissaient régulièrement des données d’essaims importants variant de 30 à 500 individus. Ce fait surprenant, par rapport aux habitudes peu grégaires de l’espèce dans les zones biogéographiques continentales et atlantique de l’Europe, n’avait pas éveillé de soupçons sur le statut particulier de ce Murin jusqu’à la publication d’un récent article (Ibanez & al., 2006).
Cet auteur qui a étudié via des techniques génétiques la diversité cryptique des chauves-souris espagnoles distinguent très clairement trois lignées chez les Murins de Natterer. Parmi ces 3 lignées, il apparaît qu’une lignée est représentée par des Murins type Natterer possédant une écologie particulière puisque strictement troglophile et formant des essaims importants. Il propose de nommer ce taxon Myotis escalerai, déjà décrit dans les environs de Valencia en 1904.
La relation entre cette description et les observations réalisées dans les Pyrénées-Orientales apparaît alors évidente, d’autant que le département est frontalier avec l’Espagne. Biogéographiquement, cette hypothèse est également soutenue par la présence dans le département d’espèces à répartition ibérique comme le Cochevis de Thékla (Galerida cristata) ou encore la Couleuvre à collier ibérique (Natrix natrix astreptophora) pour ne citer que ces deux exemples.
C’est en 2008, lors de prospections réalisées par l’association MYOTIS, que Marie-Odile Durand, Hervé Puis et Vincent Lecocq découvrent une dizaine de cadavres frais de Murin de Natterer dans une grotte du Conflent. Fort de nos hypothèses, ces cadavres sont envoyés à Allowen Ewin au Muséum National d’Histoire Naturelle pour analyses génétiques (Evin A et al, MNHN, 2008). Celles-ci confirmeront sans aucune ambiguïté l’appartenance de ces murins au taxon Myotis escalerai. Une 34ème espèce de Chiroptère est ainsi identifiée pour la France, dont sa répartition est actuellement circonscrite au département des Pyrénées-Orientales. Elle serait estimée à environ 1000 individus, répartie en 5 gîtes potentiellement identifiés. Aux vues d’observations antérieures deux autres gîtes seraient susceptibles d’en accueillir pareillement. Les observations historiques et actuelles semblent indiquer que le Murin d’Escalera se retrouvent souvent dans les gîtes connus pour abriter le Rhinolophe euryale et le Murin de Capaccini en période estivale ainsi que pour la mise bas.
Aujourd’hui, aucune donnée ne permet de dire si l’espèce est présente dans d’autres départements du Languedoc-Roussillon. Malgré la présence de Murin de Natterer dans les grottes de l’Aude, l’Hérault ou le Gard, aucun essaim important n’a été remarqué à ce jour.