30 novembre 2020

Le Traquet pâtre n’est pas le Traquet africain

Le Traquet pâtre, que les ornithologues les plus jeunes nomment encore le Tarier pâtre (Saxicola rubicola (Linnaeus, 1758)), n’est finalement par Saxicola torquata, nom qui correspond au Traquet africain (ou Tarier africain). Ce dernier niche en Afrique subsaharienne alors que le véritable Traquet pâtre est européen.

Nous avons appliqué ce splitage dès les années 2000 alors que la communauté ornithologique et notamment les sites Faune ne l’ont adopté qu’au début des années 2010. Il convient de signaler des espèces très voisines issues d’un splitage similaire comme Saxicola maura qui se trouve depuis la Russie européenne au Japon et Saxicola stehnegeri qui est connu en Sibérie centrale jusqu’au Japon, la Chine et la Corée. Ces deux derniers taxons, nouvellement distingués, sont présents de manière accidentelle en Europe occidentale et tout particulièrement maura. Notons que des auteurs anciens comme Olphe-Galliard (1891), ornithologue lyonnais, utilisait déjà Saxicola rubicola pour désigner notre Traquet pâtre. Il en est de même pour Paris (1921) qui classait ce taxon sous Pratincola rubicola. On distingue deux sous-espèces chez le Traquet pâtre : le type (S.r.rubicola) présente depuis l’Afrique du Nord à l’Europe centrale et méridionale, atteignant vers l’est le nord de la Turquie, le Caucase et l’Ukraine et S.r.hibernans qui est observé depuis le nord du Portugal, le nord-ouest de l’Espagne, l’ouest de la France jusqu’en Grande-Bretagne, l’Irlande et selon la façade maritime jusqu’aux Pays-Bas. En conséquence nous trouvons en France les deux sous-espèces de Traquet pâtre.

Il s’agit d’une espèce en forte diminution en Europe (Yeatman 1971), confirmée en déclin (Tucker & Heath 1994), ce, de manière critique [2014]. On note des tendances fluctuantes à l’échelle décennale. Yeatman (op.cit.) précise que l’espèce ne se voit plus que les les côtes en Angleterre, qu’elle est en diminution sensible en Allemagne occidentale selon les années 1960. Elle est pour le même auteur, en diminution dans les dunes de Hollande, à Jersey, en Provence et dans l’ouest de la France, ne se voyant plus guère près d’Arles, ni en Camargue.

Evolution en France entre
les années 1980 et les années 2000

Le Traquet pâtre est largement distribué en France (96% du territoire) et il hiverne essentiellement dans l’ouest et le sud-ouest du pays. Ailleurs l’hivernage paraît en augmentation. Nos oiseaux migrateurs (c’est plutôt un migrateur dans une large part de la France), hivernent depuis le Midi au Maghreb. Si des éléments d’augmentation sont enregistrés en France dans les années 1990, un déclin successif ramène l’espèce au statut initial dès les années 2000. Ceci conforte la notion de fluctuations inter-décennales indiquée plus haut.

C’est un oiseau de plaine et de l’étage collinéen. Elle a néanmoins récemment colonisé des altitudes plus élevées (records vers 1350 m en Rhône-Alpes) et elle cohabite alors avec des populations de Traquet tarier (Saxicola rubetra) avec lesquelles une certaine concurrence pourrait opérer. On trouve le Traquet pâtre dans les landes, les friches, les garrigues, les jeunes stades forestiers, le bocage, les secteurs de haies ou de bosquets et parfois dans les parcs ou en bordure des voies ferrées : ses habitats sont donc variés. Il fréquente tant les milieux les plus secs que les zones humides comme quelques marécages.

Nous notions (Deliry 1997) que dans la région Rhône-Alpes, il s’agit d’un oiseau essentiellement migrateur, plutôt commun dans ses habitats optimaux. On l’observe ainsi le plus généralement de fin février à novembre sur l’ensemble des départements de la région. Un net déclin (> 30%) nous amenait à revoir le statut régional au niveau Vulnérable en 2015. Lebreton (1977) connaissait quelques cas d’hivernants, ne réussissant pas à boucler des hivernages complets. En fait les oiseaux stationnant en période internuptiale quittent leurs sites en février, peut-être pour des secteurs plus septentrionaux. Dès lors, le phénomène d’hivernage est en augmentation sensible et plus significatif dans le sud rhônalpin. Historiquement, le Traquet pâtre a amélioré sa répartition au niveau de la région entre les années 1960 et 1990 en particulier dans les massifs d’altitude moyenne du secteur préalpin, mais a ensuite partiellement reculé jusqu’aux années 2000. Une progression séculaire a vraisemblablement opéré car Olphe-Galliard (1891) donnait cette espèce comme plus rare que le Traquet tarier dans les environs de Lyon, à moins que ce ne soit ce dernier qui se soit effondré. Nous avons déjà noté le risque de compétition entre ces deux espèces de traquets.

Historique de la répartition en Rhône-Alpes & Dauphiné : années 1960-70 (à droite), années 1980-90 (au centre) et années 2000 (à gauche)
Les densités sont de moins en moins importante depuis le rouge au jaune. Disparition (provisoire) en gris

Références

  • Olphe-Galliard L. 1891 – Catalogue des Oiseaux des environs de Lyon. – Lyon, impr. Pitrat, Ainé.
  • Paris P. 1921 – Faune de France. 2. Oiseaux. – Paris, Libr. de la Fac. des Sciences.
  • Tucker G.M. & Heath M.F. 1994 – Birds in Europe : Their conservation status. – Birdlife-International conservation serie n°3, Birdlife international cambridge : 600 pp.
  • Urquhart E. 2002 – Stonechats. A guide to the Genus Saxicola. – Helm Edition, London : 320 pp.