2 mars 2021

Le Traquet pâtre n’est pas le Traquet africain

Le Traquet pâtre, que les ornithologues les plus jeunes nomment encore le Tarier pâtre (Saxicola rubicola (Linnaeus, 1758)), n’est finalement par Saxicola torquata, nom qui correspond au Traquet africain (ou Tarier africain). Ce dernier niche en Afrique subsaharienne alors que le vĂ©ritable Traquet pâtre est europĂ©en.

Nous avons appliquĂ© ce splitage dès les annĂ©es 2000 alors que la communautĂ© ornithologique et notamment les sites Faune ne l’ont adoptĂ© qu’au dĂ©but des annĂ©es 2010. Il convient de signaler des espèces très voisines issues d’un splitage similaire comme Saxicola maura qui se trouve depuis la Russie europĂ©enne au Japon et Saxicola stehnegeri qui est connu en SibĂ©rie centrale jusqu’au Japon, la Chine et la CorĂ©e. Ces deux derniers taxons, nouvellement distinguĂ©s, sont prĂ©sents de manière accidentelle en Europe occidentale et tout particulièrement maura. Notons que des auteurs anciens comme Olphe-Galliard (1891), ornithologue lyonnais, utilisait dĂ©jĂ  Saxicola rubicola pour dĂ©signer notre Traquet pâtre. Il en est de mĂŞme pour Paris (1921) qui classait ce taxon sous Pratincola rubicola. On distingue deux sous-espèces chez le Traquet pâtre : le type (S.r.rubicola) prĂ©sente depuis l’Afrique du Nord Ă  l’Europe centrale et mĂ©ridionale, atteignant vers l’est le nord de la Turquie, le Caucase et l’Ukraine et S.r.hibernans qui est observĂ© depuis le nord du Portugal, le nord-ouest de l’Espagne, l’ouest de la France jusqu’en Grande-Bretagne, l’Irlande et selon la façade maritime jusqu’aux Pays-Bas. En consĂ©quence nous trouvons en France les deux sous-espèces de Traquet pâtre.

Il s’agit d’une espèce en forte diminution en Europe (Yeatman 1971), confirmĂ©e en dĂ©clin (Tucker & Heath 1994), ce, de manière critique [2014]. On note des tendances fluctuantes Ă  l’Ă©chelle dĂ©cennale. Yeatman (op.cit.) prĂ©cise que l’espèce ne se voit plus que les les cĂ´tes en Angleterre, qu’elle est en diminution sensible en Allemagne occidentale selon les annĂ©es 1960. Elle est pour le mĂŞme auteur, en diminution dans les dunes de Hollande, Ă  Jersey, en Provence et dans l’ouest de la France, ne se voyant plus guère près d’Arles, ni en Camargue.

Evolution en France entre
les années 1980 et les années 2000

Le Traquet pâtre est largement distribuĂ© en France (96% du territoire) et il hiverne essentiellement dans l’ouest et le sud-ouest du pays. Ailleurs l’hivernage paraĂ®t en augmentation. Nos oiseaux migrateurs (c’est plutĂ´t un migrateur dans une large part de la France), hivernent depuis le Midi au Maghreb. Si des Ă©lĂ©ments d’augmentation sont enregistrĂ©s en France dans les annĂ©es 1990, un dĂ©clin successif ramène l’espèce au statut initial dès les annĂ©es 2000. Ceci conforte la notion de fluctuations inter-dĂ©cennales indiquĂ©e plus haut.

C’est un oiseau de plaine et de l’Ă©tage collinĂ©en. Elle a nĂ©anmoins rĂ©cemment colonisĂ© des altitudes plus Ă©levĂ©es (records vers 1350 m en RhĂ´ne-Alpes) et elle cohabite alors avec des populations de Traquet tarier (Saxicola rubetra) avec lesquelles une certaine concurrence pourrait opĂ©rer. On trouve le Traquet pâtre dans les landes, les friches, les garrigues, les jeunes stades forestiers, le bocage, les secteurs de haies ou de bosquets et parfois dans les parcs ou en bordure des voies ferrĂ©es : ses habitats sont donc variĂ©s. Il frĂ©quente tant les milieux les plus secs que les zones humides comme quelques marĂ©cages.

Nous notions (Deliry 1997) que dans la rĂ©gion RhĂ´ne-Alpes, il s’agit d’un oiseau essentiellement migrateur, plutĂ´t commun dans ses habitats optimaux. On l’observe ainsi le plus gĂ©nĂ©ralement de fin fĂ©vrier Ă  novembre sur l’ensemble des dĂ©partements de la rĂ©gion. Un net dĂ©clin (> 30%) nous amenait Ă  revoir le statut rĂ©gional au niveau VulnĂ©rable en 2015. Lebreton (1977) connaissait quelques cas d’hivernants, ne rĂ©ussissant pas Ă  boucler des hivernages complets. En fait les oiseaux stationnant en pĂ©riode internuptiale quittent leurs sites en fĂ©vrier, peut-ĂŞtre pour des secteurs plus septentrionaux. Dès lors, le phĂ©nomène d’hivernage est en augmentation sensible et plus significatif dans le sud rhĂ´nalpin. Historiquement, le Traquet pâtre a amĂ©liorĂ© sa rĂ©partition au niveau de la rĂ©gion entre les annĂ©es 1960 et 1990 en particulier dans les massifs d’altitude moyenne du secteur prĂ©alpin, mais a ensuite partiellement reculĂ© jusqu’aux annĂ©es 2000. Une progression sĂ©culaire a vraisemblablement opĂ©rĂ© car Olphe-Galliard (1891) donnait cette espèce comme plus rare que le Traquet tarier dans les environs de Lyon, Ă  moins que ce ne soit ce dernier qui se soit effondrĂ©. Nous avons dĂ©jĂ  notĂ© le risque de compĂ©tition entre ces deux espèces de traquets.

Historique de la répartition en Rhône-Alpes & Dauphiné : années 1960-70 (à droite), années 1980-90 (au centre) et années 2000 (à gauche)
Les densités sont de moins en moins importante depuis le rouge au jaune. Disparition (provisoire) en gris

Références

  • Olphe-Galliard L. 1891 – Catalogue des Oiseaux des environs de Lyon. – Lyon, impr. Pitrat, AinĂ©.
  • Paris P. 1921 – Faune de France. 2. Oiseaux. – Paris, Libr. de la Fac. des Sciences.
  • Tucker G.M. & Heath M.F. 1994 – Birds in Europe : Their conservation status. – Birdlife-International conservation serie n°3, Birdlife international cambridge : 600 pp.
  • Urquhart E. 2002 – Stonechats. A guide to the Genus Saxicola. – Helm Edition, London : 320 pp.