5 mars 2021

La Grande Salamandre noire est aux portes de la Savoie !

« S’il est un Dahu pour les batrachologues français dans les Alpes, c’est bien la Salamandre noire » : c’est Ă  peu près en ces termes que je lançais un appel sur les ondes de radio France Isère le 27 aoĂ»t 1989 Ă  Montouvrard sur Allevard, lors de la tournĂ©e Isère en FĂŞte oĂą j’Ă©tais alors animateur du car-exposition-Nature. Aux portes de donnĂ©es mythiques sur la Salamandre noire, j’avais tentĂ© un appel sur les ondes auprès des promeneurs pour qui ce genre de bĂŞte s’ils l’avaient rencontrĂ© ne les aurait pas laissĂ©s indiffĂ©rents.

Salamandra lanzai Nascetti, Andreone, Capula & Bullini, 1988 est aussi nommée la Salamandre de Lanza. Appartenant à la famille des Salamandridés, elle est tout particulièrement présente dans les vallons qui mènent au Mont Viso. Son aire côté Italien est nettement plus étendue.

Elle est prĂ©sente dans les Alpes cottiennes, tant cĂ´tĂ© France, que cĂ´tĂ© Italie. En France cette Salamandre n’est connue que dans les Hautes-Alpes (Haute VallĂ©e du Guil ; uniquement sur la commune de Ristolas). Le nombre de mention française est en augmentation avec les progrès de l’herpĂ©tologie, mais celui-ci dĂ©passe Ă  peine les 200 observations. Des indications rĂ©centes semblent en dehors de la commune de Ristolas (St VĂ©rand, Ceillac ?)… notre enquĂŞte continue. Nous avons des « bruits » ou des informations mal prĂ©cisĂ©es sur sa prĂ©sence possible dans les Alpes-de-Haute-Provence par ailleurs. Une donnĂ©e est cartographiĂ©e en Ubaye dans l’Atlas des VertĂ©brĂ©s du Haut DauphinĂ© (1995) et un de nos informateurs, berger Ă  l’occasion, nous dit l’avoir assez rĂ©gulièrement observĂ©e sur ce dernier dĂ©partement (E.Bouillon, com.or.). Nous ne disposons toutefois de vĂ©rification indubitable pour bon nombre de citations.

MalgrĂ© ce contexte particulièrement critique, l’espèce n’a Ă©tĂ© classĂ©e que Quasi menacĂ©e (NT) sur la liste rouge nationale de 2015 et il en est de mĂŞme sur la version 2016 de la liste rouge rĂ©gionale (PACA). Elle est toutefois considĂ©rĂ©e comme VulnĂ©rable (VU) au niveau Mondial (2009) ou europĂ©en (2009). Si le statut mondial mĂ©rite d’ĂŞtre rĂ©visĂ© Ă  l’amĂ©lioration, celui plus local doit ĂŞtre considĂ©rĂ©. Il convient notamment de prendre en compte des facteurs exogènes comme le risque de contamination par des champignons (mycoses) « tueurs d’Amphibiens et en particulier de Salamandres ». L’Ă©tat de conservation de l’espèce est considĂ©rĂ© comme « dĂ©favorable inadĂ©quat » dans la rĂ©gion alpine en France dans le cadre des Ă©valuations de la Directive Habitats.

On constate une très forte progression des connaissances au cours des annĂ©es 2010 – Les mentions italiennes approchent la Savoie !
Elle pourrait toutefois ne pas franchir au nord, le torrent de Chisone en Italie.

Dès la rĂ©daction de la Liste Rouge rhĂ´nalpine (de Thiersant & Deliry 2008) nous avions prĂ©conisĂ©, avec des fondements moindres, la recherche de cette espèce Ă  proximitĂ© de ses stations haut-alpines, cĂ´tĂ© Isère ou Savoie. Des Salamandres dites « noires » ont Ă©tĂ© proposĂ©es, sans confirmation, sur ces deux dĂ©partements. Nous nous basions en outre sur un bon continuum des habitats de l’espèce. Il s’agit notamment de considĂ©rer les mentions gĂ©ographiquement prĂ©cises de Thabuis (1872) pour la Savoie propre : col de la Vanoise près du Lac Ă  2000 m d’altitude et au Motet en Tarentaise Ă  1830 m. La mention de Falsan (1838) près des lacs Roberts vers 2000 m en Isère sur la commune de Chamrousse nous aura paru plus Ă©nigmatique. Gobin (1898) sans plus de prĂ©cisions dĂ©crit les caractères de la Salamandre noire en Savoie. Enfin pour les indications les plus anciennes, la première mention française de Grande Salamandre noire paraĂ®t ĂŞtre celle de Phisalix (1927) Ă  La Manta (1700 m d’altitude) dans les Hautes-Alpes, localitĂ© que nous pensons ĂŞtre sur – justement – la commune de Ristolas.

Etudiant en Biologie Ă  l’UniversitĂ© de Grenoble, je trouve dans le fond d’un placard du laboratoire de Zoologie, un flacon contenant deux individus de Salamandres noires rĂ©coltĂ©es par M.Maquet le 27 juillet 1973 dans le secteur des Sources du Guil et du lac de Lestiv (recte Lestio), vers le Mont Viso (2450 m). Bien que dĂ»ment signalĂ©e Ă  la SociĂ©tĂ© française d’herpĂ©tologie dans le cadre de l’Atlas national en prĂ©paration, cette information n’avait pas Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e.

On la trouve dans des paysages boisĂ©s ou ouverts en altitude. En France elle n’est connue que dans des alpages ou en frange de milieux forestiers. Elle atteint les 2200 m d’altitude dans les Hautes-Alpes, elle s’observe dès 1200 m. Elle vit dans le microkarst ou entre les rochers, occupant gĂ©nĂ©ralement une cavitĂ© qu’elle retrouve après chaque sortie. C’est au milieu de l’Ă©tĂ© qu’elle est la plus active. Sa pĂ©riode pleinement active ne dure que 10 Ă  20 jours par an. L’hibernation complète a lieu entre octobre et mai au fond de cavitĂ©s profondes, voire dans d’anciens terriers de Marmottes. Elle prĂ©fère des moments de forte humiditĂ©, en particulier le matin, ou des jours pluvieux pour sortir. Sa maturitĂ© sexuelle est atteinte entre 3 et 8 ans selon l’altitude qu’elle habite. Sa longĂ©vitĂ© passe les 20 ans et atteint 24 ans. Elle ne pond pas d’Ĺ“ufs car elle est ovovivipare. Le dĂ©veloppement intra-utĂ©rin des jeunes peut durer jusqu’Ă  4 ans.

© AndrĂ© Sala – Ristolas (Hautes-Alpes) le 18 juillet 2007 – Gard Nature

Nous Ă©crivions (Deliry 1999) la phrase suivante : « La prĂ©sence de la Salamandre noire dans les Alpes françaises a des aspects de lĂ©gende, de petit dragon dont on parle, que certains ont vu, mais sans jamais l’affirmer faute de ne savoir ce qu’est ce dragon. Toute lĂ©gende a un fond de vĂ©ritĂ© et j’encourage quiconque est motivĂ© Ă  rechercher la rĂ©alitĂ© de l’existence de la Grande et de la Petite Salamandre noire dans notre pays. » MalgrĂ© des progrès significatifs dans la connaissance des deux Salamandres noires de France (Salamandra (Alpendra) atra et Salamandra (Mimandra) lanzai)), elle nous semble toujours d’actualitĂ©.

Cyrille Deliry – Niort le 20 janvier 2021

Des recherches approfondies montre qu’elle est vraiment aux portes du Mont Cenis comme le montre la donnĂ©e suivante lisible sur iNaturalist.

©© bync – Daniele Seglie – Italie, PiĂ©mont, Novalaise le 27 aoĂ»t 2019 – iNaturalist
Localisation de la mention prĂ©cĂ©dent, la plus proche de la Savoie Ă  notre connaissance – Distance moins de 2 km
  • Deliry C. 1993Contribution Ă  la connaissance des Amphibiens et Reptiles de la rĂ©gion RhĂ´ne-Alpes. – Document.
  • Deliry C. 1996 – DonnĂ©e ancienne de Grande Salamandre noire (Salamandra lanzai Nascetti et al., 1988) dans les Haute-Alpes. – Le Bièvre, 14 : 87-89.
  • Deliry C. 1999 – Salamandres noires dans les Alpes françaises. Mythe ou rĂ©alitĂ©. – Document : 4 pp.
  • Falsan A. 1893Les Alpes française. – Paris, J.B.Baillière & fils ; 2 vol. : 288 + 356pp. (Bilblioth. Scientif. Contempor.) : Vol. 2 : Reptiles et Batraciens : 244-248.
  • Gobin L. 1898 – Essai sur la gĂ©ographie de I’Auvergne (Puy-de-DĂ´me, Cantal, Brioud) – MĂ©m. Acad. Sc., Belles-Lettres, Arts, Clermond-Ferrand, sĂ©r.2 (9), Vlll + 414 p.
  • Nascetti G. & al. 1988 – A new Salamandra species from south western Alps. – Boll. Mus. reg. Sci.nat., Torino, 6 (2) : 617-638.
  • Phisalix M. 1927 Bull. Mus. nation. hist. nat., 32 (6).
  • RibĂ©ron A. & al. 2001 – Phylogeographie of the Alpine Salamandra atra (Salamandridae) and the influence of the PlĂ©istocene climatic oscillations on the population divergence. – Mol. Ecol., 10 (10) : 2555-2560.
  • Thabuis J. 1872 – Catalogue des Reptiles des environs d’Annecy. – Revue Savoisienne, tome 13 (n°10 & 11), 12ème annĂ©e : 80-81+87-89.

Notons que la présence de Salamandres noires a été longtemps discutée. La présence irréfutable de Salamandra atra est attestée finalement en Haute-Savoie par Ribéron & al. (2001).

Image mise en avant – ©© byncsa – Françoise Serre Collet – INPN