3 mars 2021

La Truite originelle est-elle détruite ?

La Truite commune (Salmo trutta Linnaeus, 1758) est un SalmonidĂ© et certainement l’espèce dont la dĂ©marche d’empoissonnement, introductions massives au sein de populations originelles aux teintes gĂ©nĂ©tiques propres Ă  chaque bassin hydrographique et relictuelle, est la plus poussĂ©e chez les Poissons de la planète.

¢ – Duane Raver – US Fish and Wildlife Service

Trois formes ont Ă©tĂ© longtemps distinguĂ©es : la Truite de mer (Salmo trutta f. trutta Linnaeus, 1758), la Truite de lac (Salmo trutta f. lemanus Cuvier, 1828) et la Truite de rivière ou fario (Salmo trutta f. fario Linnaeus, 1758). On ne les considère plus ainsi dĂ©sormais et la systĂ©matique des lignĂ©es de Truites est actuellement Ă  l’Ă©tude et en cours de dĂ©finition.
Keith & al. (2020) ne considèrent l’ensemble des variantes que comme une seule espèce. Nous proposons de retenir, outre Salmo trutta, la Truite du RhĂ´ne ou Salmo rhodanensis et celle de Corse appartenant Ă  l’espèce Salmo cettii.

Chaque grands bassins Ă  l’instar de ce qui est connu chez les Vairons comprend des lignĂ©es particulières de Truite, sans qu’il soit question de nouvelles espèces. Les Bassins branchĂ©s sur la Manche et la Mer du Nord, depuis pour la France, le Rhin Ă  la Seine et l’Orne comprend une première lignĂ©e (dite nord-atlantique, moderne), ceux allant du Cotentin Ă  la Charente dont le Bassin de la Loire, une seconde lignĂ©e, celui de la Gironde, Dordogne-Garonne, une troisième et celui de l’Adour, une quatrième. Les seconde et troisième lignĂ©es semblent correspondre Ă  ce qu’on appelle par ailleurs les lignĂ©es sud-atlantiques ancestrales dont la mise en place s’est fait avant la pĂ©riode glaciaire WĂĽrmienne. Enfin le pĂ´le mĂ©diterranĂ©en avec les fleuves cĂ´tiers du Languedoc-Roussillon et le Bassin RhĂ´ne-Durance-SaĂ´ne permettent de dĂ©couvrir une cinquième lignĂ©e dite d’affinitĂ©s mĂ©diterranĂ©enne, alors que la Corse comprend une lignĂ©e propre d’affinitĂ©s adriatique. Au sein des deux premières lignĂ©es dites d’affinitĂ© atlantique, on trouve des populations migratrices (cf. Truites de mer) et d’autres sĂ©dentaires (cf. Truites de rivière). Il en est de mĂŞme pour la lignĂ©e du Bassin de l’Adour, aussi d’affinitĂ© atlantique. La lignĂ©e d’affinitĂ© mĂ©diterranĂ©enne paraĂ®t plus sĂ©dentaire, mais on y trouve des populations faiblement migratrices au niveau du LĂ©man (cf. Truites de lac). Enfin la lignĂ©e Corse est infĂ©odĂ©e aux hauts bassins de l’Ă®le de BeautĂ©, alors que les populations situĂ©es plus bas appartiennent Ă  une lignĂ©e mĂ©diterranĂ©enne similaire Ă  celle connue sur le continent. Il pourrait bien s’agir d’une bonne espèce, mais les noms qu’on lui a donnĂ©, Salmo cettii ou Salmo trutta macrostigma ne conviendraient pas car ils s’appliqueraient respectivement Ă  des taxons de Sicile et d’Afrique du Nord. Toutefois le nom de Salmo cettii est bel et bien acceptable tant pour les populations de Sicile que celles de Corse. A ceci, il convient de considĂ©rer que sur l’ensemble du territoire des Truites dites domestiques sont relâchĂ©es (cf. Truite fario), que ce soit sur le continent ou bien en Corse. Des populations sont mĂŞme installĂ©e sur les tĂŞtes de bassin du Beaujolais ou du cĹ“ur des Alpes en absence de toute autre lignĂ©e. La lignĂ©e domestique est issue de populations originaires des bassins associĂ©s Ă  la Mer du Nord, soit de la lignĂ©e moderne nord-atlantique qui s’est formĂ©e probablement Ă  la fin du WĂĽrm et dĂ©but de l’Holocène. La lignĂ©e Corse « authentique » est très anciennement installĂ©e puisqu’on pense qu’elle date de la fin de l’ère Tertiaire. Elle pourrait constituer Ă  l’instar de Salmo rhodanensis une espèce particulière en voie de syn-fusion avec les autres Salmo trutta apportĂ©es artificiellement sur l’Ă®le. S’il convient d’Ă©tudier ces diffĂ©rentes lignĂ©es gĂ©nĂ©tiques, les mĂ©thodes d’introduction propres aux phĂ©nomène de syn-fusion des pools hĂ©rĂ©ditaires devraient Ă  plus ou moins long terme se traduire par une homogĂ©nĂ©isation de l’espèce et une disparition progressive des lignĂ©es locales qui n’apparaĂ®tront alors que comme quelques teintes gĂ©nĂ©tiques au sein des diffĂ©rents bassins hydrologiques (C.Deliry, com. 2020).

©© bysa – Cyrille Deliry – Histoires Naturelle

Cette espèce est prĂ©sente sur l’ensemble de l’Europe et est largement rĂ©ensemencĂ©e par des individus d’origine « domestique » (cf. Fario). Ensemble de la France, Corse comprise… la dĂ©marche de rĂ©empoissonnement massif a commencĂ© dans le pays en particulier dès les annĂ©es 1930.

  • Keith P. & al. (coord.) 2020 – Les Poissons d’eau douce de France. Deuxième Ă©dition. – MNHN, Biotope : 704 pp.

Image en entĂŞte – ¢ Knepp Timothy (US Fish and Wildlife Service)