5 mars 2021

Odonates et ripisylves, forêts galeries ou forêts inondées…

Les Odonates sont sous les tropiques régulièrement des espèces forestières, si bien qu’on trouve des Libellules inféodées aux forêts galeries, c’est à dire lorsque la canopée forme une voûte au-dessus des cours d’eau ou de ripisylves, lorsque les arbres bordent la rivière. Il s’agit de corridors biologiques formant un microclimat particulier et contrastant avec les milieux ouverts qui entourent de tels habitats. En climat méditerranéen ou tempéré, les ripisylves abritent plusieurs espèces de Libellules patrimoniales. Les micro-habitats satellites aquatiques favorisent le développement larvaire de certaines espèces : mares forestières, suintements, sources périphériques au fil de la nappe phréatique, confluences et dépôts alluvionaires locaux, zones marécageuses.

Divers taxons ont été utilisés pour évaluer la santé des ripisylves : Oiseaux, Macroinvertébrés, Poissons, Plantes vasculaires et dans le cas de Golfieri & al. (2016), les Odonates.

La state hélophyte est particulièrement recherchée à l’ombre des arbres par nos Insectes.

Les abris racinaires sont des lieux de développement des larves utiles tant aux Odonates, qu’à d’autres groupes comme les Poissons ou des Ecrevisses qui peuvent aussi y trouver refuge. Les racines émergées sont autant de perchoirs permettant chasse ou territorialité chez les Libellules. Celles-ci intéressent aussi des Hérons ou des Martins-pêcheurs.

Grand & Boudot (2006) mettent en évidence que les grands travaux d’équipement des fleuves, les plantations de peupleraies de production et l’enrochement des digues ont diminué considérablement le patrimoine odonatologique des ripisylves naturelles. Notons que ce sont des habitats particulièrement menacés dans les secteurs méditerrannéen car ils y ont été régulièrement dégradés ou détruits, ce qui n’est pas conséquence sur la circulation des eaux lors des crues, ainsi que nous l’avons vu sur la faune ou la flore aquatiques.

Quelques espèces concernées…

  • Oxygastra curtisii recherche tout particulièrement les chevelus racinaires des ripisylves, notamment parmi les aulnes ou les saules dans les secteurs aux eaux courant modérément. Cotrel & al. (2007) confirme l’importance primordiale de tels habitats en Poitou Charentes (France), de même en Auvergne (Soissons & al. 2012).
  • Gomphus vulgatissimus est une espèce qui affectionne les fonds sablo-limoneux tels qu’ils se maintiennent au niveau des confluences ou en arrières d’embâcles.
  • Somatochlora metallica, une espèce bien connue pour vivre en montagne, se développe en plaine sur des zones de ripisylves fournies au niveau de cours d’eau faiblement courants et en l’occurrence toujours bordés de végétation rivulaire aborée. Il est connu que les recalibrages et les arrachages de ripisylves paraissent comme une des principale menace pour cette espèce par exemple en Poitou Charente, France (Cotrel & al. 2007).
  • Macromia splendens recherche des ripisylves développées en climat méditerranéen ou subméditerranéen, bordant des cours d’eau profonds ou des retenues artificielles. Une ombre importante concerne de tels cours d’eau. L’ombre importante de la ripisylve limite la pénétration des rayons lumineux ce qui est favorable aux gîtes larvaires de cette Libellule (Soissons & al. 2012).
  • Gomphus simillimus ou Gomphus graslinii sont sensibles à la suppression des ripisylves qui offrent à leur larves le couvert ombragé nécessaire à leur développement.
  • Chalcolestes viridis utilise les ripisylves plus fraîches en Afrique du Nord et notamment en Algérie, comme gîte d’estivation. Ils s’y réfugient pendant trois à quatre mois pendant une diapause pré-reproductive, avant de retourner sur les sites de reproduction eux-mêmes bordés d’arbres à écorce tendre, tant lentiques que lotiques (Samraoui 2009).
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Bûcheronnage raisonné des ripisylves

L’élagage de branches ou l’abattage d’arbres, notamment ceux pouvant gêner le bon écoulement d’un cours d’eau, sont souvent utilisés pour l’entretien des ripisylves. La diversité des essences doit être conservée autant que possible tout en préservant une interaction entre les arbres et le milieu aquatique. Les chevelus racinaires servent par exemple de microhabitats à certaines larves d’Odonates, comme l’espèce patrimoniale, la Cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii) qui apprécie particulièrement les entrelacs racinaires des aulnes voire de saules, et à de nombreux autres invertébrés aquatiques. S’ils ne gênent pas l’écoulement de l’eau, les branches et troncs issus des travaux et tombés dans l’eau participent à la création de microhabitats, notamment en diversifiant les faciès d’écoulements. Ces microhabitats pourront être colonisés par différentes espèces d’Odonates, en fonction de leurs préférences écologiques. Ces habitats appartiennent à l’ensemble patrimonial que nous appelons Saproxylum. Des techniques de dessouchage raisonné profitent à des espèces turficoles comme l’Agrion délicat (Ceriagrion tenellum) et la Cordulie à taches jaunes (Somatochlora flavomaculata) comme cela a été démontrée en Picardie (France) (Merlet & Itrac-Bruneau 2016).

Une priorité pour les Odonates

En Auvergne la déclinaison régionale du Plan National Odonate (Soissons & al. 2012) met dans ses axes prioritaires la nécessité de sensibiliser les acteurs de la gestion des rivières pour la préservation des ripisylves et le nettoyage raisonné des rivières, soulignant leur importance pour deux espèces à forte valeur patrimoniale (Oxygastra curtisii et Macromia splendens).
« Parmi les quatre odonates patrimoniales concernés » par l’étude menée par l’étude de Coste & al. (2013) « en Midi Pyrénées, France, trois font partie d’un même cortège odonatologique affectionnant les grands cours d’eau bordés par une ripisylve abondante. Il s’agit de Macromia splendens, Gomphus graslinii et Oxygastra curtisii. Les trois espèces profitent des troncs inclinés des arbres à racines plongeantes comme support d’émergence. En effet, la recherche d’exuvie est le moyen le plus fiable pour s’assurer de la reproduction de l’espèce sur le site prospecté. « 

shared – Gretia – PNAO, site Natura 2000 Marais breton… (Herbrecht 2016)

Voir aussi – La prise en compte des Libellules dans la gestion de les ripisylves de la Vère et du Cérou

Références spécifiques

  • Golfieri & al. 2016 – Odonates as indicators of the ecological integrity of the river corridor : Development and application of the Odonate River Index (ORI) in northern Italie. – Ecological Indicators, 61 : 234-247.

Autres références

  • Coste A. & al. 2013 – Etat des lieux des connaissances des populations de quatre odonates d’intérêt patrimonial en Midi-Pyrénées : Macromia splendens, Oxygastra curtisii, Gomphus graslinii et Coenagrion caerulescens. – Conférence, 4e Rencontres Naturalistes de Midi-Pyrénées. – ONLINE
  • Cotrel N. & al. 2007 – Liste des Libellules menacées du Poitou-Charente. Statut de conservation des Odonates et priorités d’actions. – Poitou-Charentes Nature. – PDF LINK
  • Grand D. & Boudot J.P. 2006 – Les libellules de France, Belgique et Luxembourg. – Biotope, Mèze, (Collection Parthénope) : 480 pp.
  • Herbrecht F. 2016 – Le site Natura 2000 FR5200653 « Marais breton, baie de Bourgneuf, île de Noirmoutier et forêt de Monts » est-il concerné par de ODONATES du PNAO ? – Diaporama, Gretia – PDF LINK
  • Merlet F. & Itrac-Bruneau R. 2016 – Aborder la gestion conservatoire en faveur des Odonates. Guide technique. – Guide PNAO – OPIE, SfO, DREAL des Hauts de France. – PDF LINK
  • Soissons A. & al. 2012 – Déclinaison régionale du plan national d’action en faveur des Odonates. Auvergne (2012-2016). – CEN Auvergne, Soc. d’Hist. Nat. Alcide d’Orbigny, DREAL Auvergne : 116 pp. – PDF LINK
  • Samraoui B. 2009 – Seasonal ecology of Algerian Lestidae (Odonata). – International Journal of Odonatology, 12 : 383-394.