4 décembre 2020

Le Phragmite aquatique a-t-il niché régulièrement en France au XIXe siècle ?

Cet oiseaux est Vulnérable (2004) en Europe et apparaît comme un nicheur précisé en fort déclin dans les évaluations des années 1990. On trouve des populations éparses depuis l’Allemagne à la Pologne ainsi qu’en Dalmatie et Russie centrale jusqu’en Asie. Elle est migratrice et va hiverner en Afrique occidentale. Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, elle est en constante régression. En France c’est un oiseau migrateur rare et Vulnérable (Liste Rouge de 2011). Son statut dans le pays était clairement plus favorable au XIXe siècle et l’espèce paraissait parfois plus commune que le Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus) dans certains secteurs du pays. Elle est en déclin net depuis et nous verrons plus loin ce qu’on peut dire de sa nidification dans le pays.

Répartition probable en Rhône-Alpes & Dauphiné au XIXe siècle
©© byncsa – Cyrille Deliry – Histoires Naturelles

Nous soulignions dans la Liste Rouge rhônalpine (de Thiersant & Deliry 2008) que le Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola) était indiquée de manière relativement régulière comme nicheuse au XIXe siècle en plusieurs endroits de France. La région était elle-même concernée par de telles indications. Néanmoins les auteurs modernes ne confirmant pas ce fait, nous avions alors renoncé à classer cette espèce comme nicheuse disparue de Rhône-Alpes. Les cas de migration régulière au XIXe siècle n’étant pas réfutés, nous placions ce Phragmite comme disparu en période de migration, l’espèce n’étant plus qu’occasionnelle dans la dite région au moment de l’évaluation. Nous complétions cette réflexion dans notre Catalogue (Deliry 2017). Ainsi Bouteille (1843) signale que l’espèce était indiquée dans la Drôme et vers Lyon, mais peu communément, alors qu’au cours du même siècle Olphe-Galliard (1855) précise que ce Phragmite n’était pas rare dans la région lyonnaise, rectifiant plus tard (Olphe-Galliard 1891) qu’elle était [toutefois] moins commune que le Phragmite des joncs. C’est une paraissant assez commune en Savoie (Bailly 1853-54), assez commune en Dauphiné, nicheuse et migratrice (Lavauden 1910). Ces données régionales sont renforcées par exemple par l’avis de Crespon (1844) qui dit l’espèce « sédentaire » (entendre nicheuse), mais pas abondante dans le Midi.

A l’instar de divers auteurs modernes la nidification ancienne du Phragmite aquatique en France est remise en cause par Vansteenwegen (1998). Cet auteur précise toutefois quelques mentions comme la nidification au bord du Rhin jusqu’à la fin du XIXe siècle, la reproduction en assez grand nombre en Brenne au XIXe siècle, ainsi qu’en Camargue. Les derniers cas précisés concernent au Marais de St Gond en 1961 et un couple est indiqué dans les Ardennes en 1977. De la même manière, l’espèce est dite nicheuse en Île de France au XIXe siècle ainsi que dans quelques autres régions comme la Bourgogne.

A ce niveau de la présentation, on est en droit de s’interroger sur l’idée que pourquoi tant d’auteurs anciens auraient-ils donnés l’espèce nicheuse dans le pays, si elle ne nichait pas en réalité ? Nous avions émis l’hypothèse (Deliry 2017), que cette difficulté provenait d’une analyse trop légère des auteurs anciens faite par Yeatman (1971) dans son Histoire des Oiseaux d’Europe. Yeatman (op.cit.) indique simplement sa disparition de Lettonie et considère qu’il s’agit d’un possible indice de réduction du domaine de répartition de l’oiseau. En conséquence les auteurs suivants n’auraient pas correctement repris les informations des ornithologues du XIXe siècle, se fiant à l’avis de Yeatman (op.cit.). Nous avons proposé le statut de nicheur disparu dès 2016 au moins dans nos écrits pour la région Rhône-Alpes (Deliry 2017) et nous avions même anticipé cette question dès 2008 ou 2011 (Deliry 2013a, 2013b).

Références citées

  • Bailly J.B. 1853-54 Ornithologie de Savoie. – Paris, Chambéry, 5 volumes.
  • Bouteille L.H. 1843 Ornithologie du Dauphiné. – Grenoble, 2 volumes.
  • Crespon J. 1844 Faune méridionale. – Nîmes, Montpellier, 2 volumes.
  • Deliry C. (réd.) 2008 Liste Rouge des Vertébrés Terrestres de la région Rhône-Alpes. – CORA Faune Sauvage, Lyon.
  • Deliry C. 2013a Nos chères disparues… rhônalpines. – Histoires Naturelles n°20 (Première édition en 2011).
  • Deliry C. 2013b Flore et Faune très rare des Zones Humides dans la région Rhône-Alpes. – Histoires Naturelles n°31 (Première édition en 2008).
  • Deliry C. 2017 – Catalogue des oiseaux de la région Rhône-Alpes. – Histoires Naturelles n°6 (Première édition en 2009).
  • Lavauden L. 1910 – Catalogue des oiseaux du Dauphiné. – Bull. Soc. Et. Biol., 2 : 173-223.
  • Olphe-Galliard L. 1855 Catalogue des Oiseaux des environs de Lyon. – Lyon.
  • Olphe-Galliard L. 1891 Catalogue des Oiseaux des environs de Lyon. – Lyon, réédition.
  • Vansteenwegen C. 1998 Histoire des oiseaux de France, Suisse et Belgique. – Del. & Niestl., Château-Gontier : 335 pp.
  • Yeatman L. 1971Histoire des Oiseaux d’Europe. – Bordas, Paris, Montréal : 367 pp.