4 décembre 2020

Le Puffin des Canaries, une nouvelle sous-espèce

Puffin des Canaries – Source : Internet

La taxonomie des Procellariiformes, en particulier des Pétrels et des Puffins, n’est pas encore résolue. Le Puffin des Anglais (Puffinus puffinus (Brünnich, 1764)) est l’un des oiseaux de mer les mieux étudiés au monde. La plupart des informations connues sur cet oiseau de mer se concentrent sur les populations septentrionales des îles britanniques où l’espèce est abondante et concerne près de 90% des effectifs mondiaux de cette Oiseau. Cependant, l’espèce présente un nombre important de populations périphériques, qui sont extrêmement petites et difficiles à étudier. En utilisant une approche intégrative, les auteurs de l’article désigné plus haut ont fourni des preuves significatives de la différenciation phénologique, morphologique, acoustique, de la couleur du plumage et de la différenciation génétique des Puffins des Canaries qui correspond à la population nicheuse la plus méridionale. Les oiseaux des îles Canaries se reproduisent environ 2 à 3 mois plus tôt, sont plus petits et plus clairs, et présentent un plumage plus sombre en dessous des ailes que ceux des populations du nord. De plus, les caractéristiques des cris des Puffins des Canaries sont différentes de celles des populations nordiques. Enfin, les analyses génétiques indiquent un début de différenciation génétique. La population des Canaries compte un petit nombre de colonies de reproduction et elle est en déclin, de sorte qu’une reconnaissance taxonomique précise a une incidence critique sur les efforts de conservation.

Une nouvelle sous-espèce est désignée : Puffinus puffinus canariensis Rodríguez & al., 2020.

Puffin des anglais

Le Puffin des anglais (Puffinus puffinus) ou Manx Shearwater en anglais est une espèce parfois associée dans une sorte de complexe avec d’autres espèces très voisines et parfois considérées comme de simple sous-espèces comme Puffinus yelkouan ou Puffinus mauretanicus. Au type s’ajoute comme nous venons de le voir la sous-espèce que nous nommons le Puffin des Canaries [1]. Cette dernière semble pouvoir se distinguer par une tendance plus sombre en particulier au niveau des sous-caudales et sous les ailes. Le Puffin des anglais proprement dit sera blanc pour ainsi dire immaculé sur ces endroits.

Les îles Britanniques accueillent près de 90% des populations mondiales [2] qui au total concernent entre 680.000 et 790.000 individus. Pendant la période internuptiale entamée dès juillet, l’espèce est en haute mer, depuis les eaux arctiques du Groenland et de l’Islande à l’Amérique du Sud dans l’Atlantique. L’espèce évite le Golfe du Mexique et les Antilles alors. Presque régulière sur la côte pacifique des Etats Unis, notamment au sud de la Californie et semble-t-il aussi au niveau d’Hawaii et de l’ouest de l’Amérique du Sud. Rare ou accidentelle jusqu’en Australie ou Nouvelle Zélande. L’hivernage tend à se concentrer au large de l’Argentine et du Brésil. On le voit dans le Golfe de Gascogne et dans la Manche lors de la migration prénuptiale, les retours se faisant dès le mois de février ou début mars.

©© bysa – Donkey Shot – Spots de nidification – Wikimedia commons
©© bysa – Donkey Shot – Wikimedia commons

Niche en grands colonies sur les îles ou quelques promontoires côtiers (ainsi que sur quelques sommets jusqu’à 1000 m d’altitude [?]). Ils occupent des terriers. Pélagique le reste de l’année. L’incubation dure entre 1,5 et 2,0 mois. Les jeunes laissés à leur sort, s’envolent alors, mais à peine trois semaines plus tard on peut les trouver dans le Sud de l’Atlantique. Ils reviennent sur les colonies deux ans plus tards, mais ne se reproduisent pas avant l’âge de 5-7 ans. Sa longévité est de 50 ans. Ils se nourrissent de petits poissons dont ils traquent les bancs migrateurs.

©© byncsa – Ignacio Ferre Pérez – Açores le 29 juillet 2013 – Flickr

[1] – Les oiseaux des îles Canaries se reproduisent environ 2 à 3 mois plus tôt que les autres Puffins des Anglais, ils sont plus petits et plus clairs, et présentent un plumage plus sombre en dessous des ailes que ceux des populations du nord. De plus, les caractéristiques des cris canariens sont différentes de celles des populations nordiques. Enfin des éléments de différenciation génétique ont été démontrés.

[2] – L’espèce niche aussi localement en Islande, au Canada à Terre Neuve et en Nouvelle Ecosse, aux Etats Unis (Massachusetts), aux Canaries et aux Açores, ainsi que France, Bretagne où elle occupe quelques archipels (Houat, Molène, Sept-Iles, voire Ouessant notamment). Aux Sept-Iles les oiseaux sont présents entre avril et fin septembre alors que s’envolent les derniers jeunes attardés. On ne compte pas plus de 200 couples en France (EN 2016). Sa nidification à Molène était connue au XIXe siècle, alors qu’aux Sept-Iles l’espèce s’est installée en 1978, mais la nidification y était déjà suspectée depuis quelques temps. Les effectifs sont en faible augmentation depuis les années 1980.

Rodríguez A. & al. 2020 – Cryptic differentiation in the Manx Shearwater hinders the identification of a new endemic subspecies. – J. of Avian Biology, 15 septembre 2020.

Première édition concernant le Puffin des Canaries seulement le 17 septembre 2020 – Seconde édition avec présentation supplémentaire du Puffin des anglais le 20 octobre 2020