17 avril 2021

Un Champignon tueur de Chiroptères

Le Géomyce du nez blanc [2019] (Pseudogymnoascus destructans (Blehert & Gargas) Minnis & Lindner) est un Champignon du groupe des Ascomycètes, auquel il semble qu’on ait pas encore attribué de famille. Il provoque une maladie chez les Chiroptères nommé Syndrome du nez blanc. Les Chauves-souris sont infectées par ce Champignon au cours de leur hibernation.  Ceci se traduit par une suractivité hivernale des individus touchés qui brûlent leurs réserves d’hibernation et qui peuvent même sortir voler de jour en hiver ! Épuisés les individus atteints meurent. Les ailes des Chauves-souris sont aussi endommagées. On ne connaît pas de remède précis et efficace, mais de nombreuses études sont en cours et quelques exemples de guérison ont su être appliqués. Notons que les Chiroptères en hibernation peuvent avoir un autre Champignon blanc, non associé au Syndrome du nez blanc. La photo en entête montre Myotis lucifugus, une Chauve-souris américaine, atteinte du syndrome du nez blanc (Etats Unis, Vermont le 26 mars 2009 – Wikimedia Commons – photo recadrée – ¢ USFWS).

Si le syndrome du nez blanc des Chiroptères était déjà connu, ce n’est qu’en 2009 que Blehert & Gargas en identifièrent l’agent : un Champignon du groupe des Ascomycètes. La preuve de la relation de ce Champignon avec le syndrome a été confirmée en 2013 seulement. Si celui-ci est dévastateur pour les Chiroptères Néarctiques, il est toléré par les populations Paléarctiques. En conséquence une importante dynamique existe en Amérique du Nord et en particulier aux États-Unis pour endiguer cette progression fatale du Champignon ; de nombreuses recherches et articles sont publiés à son sujet.

On pense que ce Champignon est originaire d’Europe (ou d’Asie) : essentiellement dans le centre de l’Europe depuis la France à l’Ukraine et en Grande-Bretagne. Manque en Scandinavie et rare dans le sud comme en Espagne. Il aurait été introduit aux États-Unis dans l’état de New-York en 2006 [1] et ne cesse de progresser depuis, ayant conquis près de 40 états ainsi qu’au moins 7 provinces du Canada, tolérant donc à priori sur ce continent une répartition plus septentrionale du point de vue climatique. Ce sont au moins onze espèces de Chauves-souris qui sont touchées en Amérique du Nord. On trouve encore ce Champignon de manière naturelle probablement, en Chine et il a été indiqué localement en Sibérie centrale.

Source – © Invasive Species Compendium – Principaux éléments de répartition – Image recadrée

Le Géomyce du nez blanc est un champignon psychrophile donc capable de croître en dessous de 10°C, se développant – très lentement – entre 4° et 20°C ce qui correspond à la température des situations d’hibernation des Chiroptères en hiver. Il se développe sur diverses espèces de Chauves-souris [2]. Les facteurs importants de la virulence de Pseudogymnoascus destructans comprennent comme de nombreux autres Champignons pathogènes, l’Uréase, la Protéinase (Aspartylline) et la superoxyde Dismutase. Plusieurs composés (antifongiques, fongicides ou biocides) sont efficaces pour inhiber la croissance de Géomyce du nez blanc. Une bactérie, Rhodococcus rhodochrous peut agir de même. Enfin l’usage des UV peut se révéler efficace.


Gargas A. & al. 2009 – Geomyces destructans sp. nov. associated with bat white-nose syndrome. – Mycotaxon, 1808 : 147-154. – ONLINE



[1] – En tout cas la première mention aux États-Unis se situe près d’Albany dans l’état du New-York. Les modalités d’introduction sont inconnues.

[2] – 25 espèces sont principalement concernées : Barbastella barbastellus, Eptesicus fuscus, Eptesicus nilssonii, Miniopterus schreibersii, Myotis austroriparius, Myotis bechsteinii, Myotis brandtii, Myotis dasycneme, Myotis daubentonii, Myotis emarginatus, Myotis grisescens, Myotis leibii, Myotis lucifugus, Myotis myotis, Myotis nattereri, Myotis petax, Myotis septentrionalis, Myotis sodalis, Myotis velifer, Myotis volans, Myotis yumanensis, Perimyotis subflavus, Plecotus auritus, Rhinolophus euryale, Rhinolophus hipposideros – Voir aussi. Aux États-Unis ce sont des millions d’individus qui sont morts, ce qui a entraîné un déclin dramatique des populations de Chiroptères, et, ce qui n’est pas sans conséquences sur l’économie humaine et sur la dégradation des écosystèmes. Sur certains sites, ce sont 90 à 100% des individus qui meurent. Au cours de l’hiver 2018-19, le Champignon a été détecté sur de nouveaux secteurs significatifs pour la progression de l’espèce : Texas, Californie, Manitoba… Voir cartographie donnée ici.