17 avril 2021

Le Jaguar, roi des animaux d’Amérique

En exergue – Planche de Buffon (1799)

Le Jaguar (Panthera onca (Linnaeus, 1758)) est le troisième plus grand félin du monde après le Lion (Panthera leo) qui est essentiellement africain et le Tigre (Panthera tigris) qui habite en Asie. Il mesure entre 110 à 185 cm – hors la queue – et pèse de 36 à 158 kg. Les femelles sont plus petites et moins lourdes que les mâles. Les plus petits individus proviennent du Honduras. Il appartient au même genre Panthera. Onca n’est rien d’autre que le nom de l’animal en portugais. Son nom, Jaguar, est d’origine amérindienne, Yaguara et signifie : bête sauvage qui tue sa proie d’un bond. Il a été vénéré par les Mayas et les Olmèques. Les premiers colons espagnols l’appelaient El Tigre. Ces dernières décennies, l’aire de distribution des Jaguars a diminué de 50% en raison de la destruction de son habitat, de la chasse illégale, de la réduction des sources de nourriture et du conflit entre l’Homme et du Jaguar. Désormais le statut de l’espèce semble stabilisé. Jusqu’en 1973 on en tuait jusqu’à 18.000 par an ! Du point de vue phylogénétique, avec quelques nuances d’ordre, les Jaguars sont proches du Léopard (Panthera pardus) et du Lion (Panthera leo).


  • Panthera onca onca (Linnaeus, 1758)
  • Panthera onca angusta [A préciser] Ŧ – Amérique du Nord avant le formation du Jaguar actuel. Individus de grande taille (15 à 20% de plus que les plus grands Jaguars actuels).
  • Panthera onca arizonensis (Goldman, 1932)
  • Panthera onca centralis (Mearns, 1901)
  • Panthera onca goldmani (Mearns, 1901
  • Panthera onca hernandezi (Gray, 1857)
  • Panthera onca palustris (Ameghino, 1888)
  • Panthera onca paraguensis (Hollister, 1914) (= palustris [?])
  • Panthera onca peruviana (de Blainville, 1843)
  • Panthera onca veracruscis (Nelson & Goldman, 1933)

La validité de ces sous-espèce semble tout à fait remise en question.


©© by – Pascal Blachier – Futura Planète

Se trouve depuis le Mexique, surtout depuis le Yucatan, au Nord de l’Argentine. On compte en 2019 près de 64.000 individus dont 55.000 se trouvent au Brésil. Autrefois l’espèce se trouvait sur la totalité de l’Amazonie et vivait dans le sud des Etats Unis (notamment Arizona, Nouveau Mexique, Texas) d’où elle a disparu [1]. Elle descendait par ailleurs sur les deux-tiers de l’Argentine alors qu’elle est maintenant limitée au nord de ce pays. Elle a aussi disparu de l’Uruguay, l’espèce ayant été exterminée dans ce pays au XIXe siècle. Des individus isolés ont été vus encore aux Etats Unis jusqu’en 2009.

On considère qu’il est issu d’une espèce de Panthera provenant d’Asie et venue par le détroit de Béring. On connaît vers 1,6 et 0,1 Ma un fossile de grande taille Panthera onca angusta Ŧ qui lui ressemble et habitait les Etats Unis.

Le Jaguar vit en France… plus exactement en Guyane. Il se trouve à peu près partout sur l’ensemble du territoire guyanais, mais en faible densité.

En rose sa répartition ancienne, et, en rouge ses territoires actuels

Son aire de répartition a régressé au cours des temps modernes d’environ de moitié en raison de la destruction de son habitat, de persécutions liées à sa chasse, désormais de braconnage, de la réduction du nombre de ses proies et de conflits entre l’Homme et l’animal. Jusqu’en 1973 on tuait jusqu’à 18.000 Jaguars par an. Aujourd’hui on estime sa population totale à 64.000 individus dont 55.000 se trouvent au Brésil. Si la pression de chasse avait continué comme au début des années 1970, il ne faudrait – calcul certes théorique – pas plus de 5 ans pour rayer l’espèce de la surface de la planète.

S’il fréquente des habitats variés, il aime les secteurs des rivières, des lacs ou des prairies inondables. Outre un excellent nageur, c’est un excellent pêcheur. On le trouve même sur les côtes dans les mangroves. Il vit généralement sous 1000 m d’altitude, mais au Costa Rica on l’a noté jusqu’à 3800 m. La montagne ne l’inquiète donc pas.

©© byncnd – Tortano & al. (2017)

Les jeunes qui sont entre un et quatre par portée, accompagnent leur mère pendant 2 ans en général. Ils atteignent leur maturité sexuelle vers 3 ou 4 ans. Néanmoins 50% des Jaguars meurent très jeunes et avant l’âge de 2 ans. Dans la nature la longévité maximale du Jaguar est de 11 à 12 ans.

Comme nous l’avons déjà vu, c’est un excellent pêcheur. Sinon, il chasse la nuit et se nourrit de grands animaux de la forêt : Tapirs, Pécaris, quelques gros rongeurs, mais aussi Tortues, Caïmans et évidemment Poissons.

Il y a très longtemps les espèces du genre Panthera à l’origine du Jaguar se trouvaient en Asie. Quelques individus ont fait comme l’Homme, mais bien avant lui – probablement il y a 1 million d’années -, ils ont pris le chemin du détroit de Béring et sont passés en Amérique. Les premiers Jaguars connus étaient très grands, 15 à 20 % plus grands que les animaux actuels. Il y en avait certainement depuis l’Etat de Washington, la Californie à la Floride, par une bonne moitié sud des Etats Unis. C’était encore le cas il y a 100.000 ans. Ces grands Jaguars sont rapidement passés en Amérique du Sud. A l’arrivée des colons les Jaguars sont le résultat de populations restantes. Les individus sont devenus plus petits. Ils vivaient comme nous l’avons vu plus haut depuis le sud des Etats Unis au cœur de l’Argentine. Leur aire ayant régressée de moitié on ne les trouve plus que depuis le Mexique au nord de l’Argentine.

shared – © Douglas Trent – Archives Bichos do Pantanal
  • Deliry C. 2009 – Félidés du Monde. – Histoires Naturelles du GPS.
  • Hoogesteijn R. & Mondolfi E. 1992 – Le jaguar. – Ed. Armitano, Caracas.
  • McCain E.B. & Childs J.L. 2008 – Evidence of resident jaguars (Panthera onca) in the southwestern United States and the implications for conservations. – Journal of Mammalogy, 89 : 1-10.
  • Rabinowitz A.A. 1986 – Jaguar. – Arbor House, New York.
  • Richard C.H. & Harrington A.R. 2015 – Panthera onca [Fossils of Florida]. – Florida Museum™. – ONLINE.
  • Tortano F.R. & al. 2017 – The numbers of the beast: Valuation of jaguar (Panthera onca) tourism and cattle depredation in the Brazilian Pantanal. – Global Ecology & Conservation, 11 : 106-114.


[1] – Des contacts réalisés par pièges photographiques semblent indiquer qu’il reste quelques très rares individus aux Etats Unis, notamment en Arizona. Ce ne sont pas des erratiques ou individus égarés en raison de la répétition des contacts. Ainsi un Jaguar photographié en 1996 a été revu à 64 occasions entre 2004 et 2007 (Mc Cain & Childs 2008). Finalement l’espèce n’a pas été recontactée aux Etats Unis depuis 2009. On connaît des fossiles de Jaguar identifiés en Floride. Ils sont répartis sur l’essentiel de la Péninsule. Il y avait de même au Pléistocène des Jaguars au Nebraska, Washington et au Maryland. Les plus fortes concentrations de fossiles concernent l’est du Tennessee et la Floride. Panthera onca angusta Ŧ a été indiqué de Californie et sont datés du milieu du Pléistocène. Ils sont peu après signalés jusqu’en Amérique du Sud. Ainsi les Jaguars actuels sont le résultat de populations restantes d’une aire de répartition largement supérieure autrefois.