20 janvier 2021

Le Jaguar, roi des animaux d’AmĂ©rique

En exergue – Planche de Buffon (1799)

Le Jaguar (Panthera onca (Linnaeus, 1758)) est le troisième plus grand fĂ©lin du monde après le Lion (Panthera leo) qui est essentiellement africain et le Tigre (Panthera tigris) qui habite en Asie. Il mesure entre 110 Ă  185 cm – hors la queue – et pèse de 36 Ă  158 kg. Les femelles sont plus petites et moins lourdes que les mâles. Les plus petits individus proviennent du Honduras. Il appartient au mĂŞme genre Panthera. Onca n’est rien d’autre que le nom de l’animal en portugais. Son nom, Jaguar, est d’origine amĂ©rindienne, Yaguara et signifie : bĂŞte sauvage qui tue sa proie d’un bond. Il a Ă©tĂ© vĂ©nĂ©rĂ© par les Mayas et les Olmèques. Les premiers colons espagnols l’appelaient El Tigre. Ces dernières dĂ©cennies, l’aire de distribution des Jaguars a diminuĂ© de 50% en raison de la destruction de son habitat, de la chasse illĂ©gale, de la rĂ©duction des sources de nourriture et du conflit entre l’Homme et du Jaguar. DĂ©sormais le statut de l’espèce semble stabilisĂ©. Jusqu’en 1973 on en tuait jusqu’Ă  18.000 par an ! Du point de vue phylogĂ©nĂ©tique, avec quelques nuances d’ordre, les Jaguars sont proches du LĂ©opard (Panthera pardus) et du Lion (Panthera leo).


  • Panthera onca onca (Linnaeus, 1758)
  • Panthera onca angusta [A prĂ©ciser] Ŧ – AmĂ©rique du Nord avant le formation du Jaguar actuel. Individus de grande taille (15 Ă  20% de plus que les plus grands Jaguars actuels).
  • Panthera onca arizonensis (Goldman, 1932)
  • Panthera onca centralis (Mearns, 1901)
  • Panthera onca goldmani (Mearns, 1901
  • Panthera onca hernandezi (Gray, 1857)
  • Panthera onca palustris (Ameghino, 1888)
  • Panthera onca paraguensis (Hollister, 1914) (= palustris [?])
  • Panthera onca peruviana (de Blainville, 1843)
  • Panthera onca veracruscis (Nelson & Goldman, 1933)

La validité de ces sous-espèce semble tout à fait remise en question.


©© by – Pascal Blachier – Futura Planète

Se trouve depuis le Mexique, surtout depuis le Yucatan, au Nord de l’Argentine. On compte en 2019 près de 64.000 individus dont 55.000 se trouvent au BrĂ©sil. Autrefois l’espèce se trouvait sur la totalitĂ© de l’Amazonie et vivait dans le sud des Etats Unis (notamment Arizona, Nouveau Mexique, Texas) d’oĂą elle a disparu [1]. Elle descendait par ailleurs sur les deux-tiers de l’Argentine alors qu’elle est maintenant limitĂ©e au nord de ce pays. Elle a aussi disparu de l’Uruguay, l’espèce ayant Ă©tĂ© exterminĂ©e dans ce pays au XIXe siècle. Des individus isolĂ©s ont Ă©tĂ© vus encore aux Etats Unis jusqu’en 2009.

On considère qu’il est issu d’une espèce de Panthera provenant d’Asie et venue par le dĂ©troit de BĂ©ring. On connaĂ®t vers 1,6 et 0,1 Ma un fossile de grande taille Panthera onca angusta Ĺ¦ qui lui ressemble et habitait les Etats Unis.

Le Jaguar vit en France… plus exactement en Guyane. Il se trouve Ă  peu près partout sur l’ensemble du territoire guyanais, mais en faible densitĂ©.

En rose sa répartition ancienne, et, en rouge ses territoires actuels

Son aire de répartition a régressé au cours des temps modernes d’environ de moitié en raison de la destruction de son habitat, de persécutions liées à sa chasse, désormais de braconnage, de la réduction du nombre de ses proies et de conflits entre l’Homme et l’animal. Jusqu’en 1973 on tuait jusqu’à 18.000 Jaguars par an. Aujourd’hui on estime sa population totale à 64.000 individus dont 55.000 se trouvent au Brésil. Si la pression de chasse avait continué comme au début des années 1970, il ne faudrait – calcul certes théorique – pas plus de 5 ans pour rayer l’espèce de la surface de la planète.

S’il fréquente des habitats variés, il aime les secteurs des rivières, des lacs ou des prairies inondables. Outre un excellent nageur, c’est un excellent pêcheur. On le trouve même sur les côtes dans les mangroves. Il vit généralement sous 1000 m d’altitude, mais au Costa Rica on l’a noté jusqu’à 3800 m. La montagne ne l’inquiète donc pas.

©© byncnd – Tortano & al. (2017)

Les jeunes qui sont entre un et quatre par portée, accompagnent leur mère pendant 2 ans en général. Ils atteignent leur maturité sexuelle vers 3 ou 4 ans. Néanmoins 50% des Jaguars meurent très jeunes et avant l’âge de 2 ans. Dans la nature la longévité maximale du Jaguar est de 11 à 12 ans.

Comme nous l’avons dĂ©jĂ  vu, c’est un excellent pĂŞcheur. Sinon, il chasse la nuit et se nourrit de grands animaux de la forĂŞt : Tapirs, PĂ©caris, quelques gros rongeurs, mais aussi Tortues, CaĂŻmans et Ă©videmment Poissons.

Il y a très longtemps les espèces du genre Panthera Ă  l’origine du Jaguar se trouvaient en Asie. Quelques individus ont fait comme l’Homme, mais bien avant lui – probablement il y a 1 million d’annĂ©es -, ils ont pris le chemin du dĂ©troit de BĂ©ring et sont passĂ©s en AmĂ©rique. Les premiers Jaguars connus Ă©taient très grands, 15 Ă  20 % plus grands que les animaux actuels. Il y en avait certainement depuis l’Etat de Washington, la Californie Ă  la Floride, par une bonne moitiĂ© sud des Etats Unis. C’était encore le cas il y a 100.000 ans. Ces grands Jaguars sont rapidement passĂ©s en AmĂ©rique du Sud. A l’arrivĂ©e des colons les Jaguars sont le rĂ©sultat de populations restantes. Les individus sont devenus plus petits. Ils vivaient comme nous l’avons vu plus haut depuis le sud des Etats Unis au cĹ“ur de l’Argentine. Leur aire ayant rĂ©gressĂ©e de moitiĂ© on ne les trouve plus que depuis le Mexique au nord de l’Argentine.

shared – © Douglas Trent – Archives Bichos do Pantanal
  • Deliry C. 2009 – FĂ©lidĂ©s du Monde. – Histoires Naturelles du GPS.
  • Hoogesteijn R. & Mondolfi E. 1992 – Le jaguar. – Ed. Armitano, Caracas.
  • McCain E.B. & Childs J.L. 2008 – Evidence of resident jaguars (Panthera onca) in the southwestern United States and the implications for conservations. – Journal of Mammalogy, 89 : 1-10.
  • Rabinowitz A.A. 1986 – Jaguar. – Arbor House, New York.
  • Richard C.H. & Harrington A.R. 2015 – Panthera onca [Fossils of Florida]. – Florida Museum™. – ONLINE.
  • Tortano F.R. & al. 2017 – The numbers of the beast: Valuation of jaguar (Panthera onca) tourism and cattle depredation in the Brazilian Pantanal. – Global Ecology & Conservation, 11 : 106-114.


[1] – Des contacts rĂ©alisĂ©s par pièges photographiques semblent indiquer qu’il reste quelques très rares individus aux Etats Unis, notamment en Arizona. Ce ne sont pas des erratiques ou individus Ă©garĂ©s en raison de la rĂ©pĂ©tition des contacts. Ainsi un Jaguar photographiĂ© en 1996 a Ă©tĂ© revu Ă  64 occasions entre 2004 et 2007 (Mc Cain & Childs 2008). Finalement l’espèce n’a pas Ă©tĂ© recontactĂ©e aux Etats Unis depuis 2009. On connaĂ®t des fossiles de Jaguar identifiĂ©s en Floride. Ils sont rĂ©partis sur l’essentiel de la PĂ©ninsule. Il y avait de mĂŞme au PlĂ©istocène des Jaguars au Nebraska, Washington et au Maryland. Les plus fortes concentrations de fossiles concernent l’est du Tennessee et la Floride. Panthera onca angusta Ĺ¦ a Ă©tĂ© indiquĂ© de Californie et sont datĂ©s du milieu du PlĂ©istocène. Ils sont peu après signalĂ©s jusqu’en AmĂ©rique du Sud. Ainsi les Jaguars actuels sont le rĂ©sultat de populations restantes d’une aire de rĂ©partition largement supĂ©rieure autrefois.