4 décembre 2020

Dispersion hivernale de l’Accenteur alpin dans les plaines : régulière ou occasionnelle ?

La remobilisation de photographies d’Accenteur alpin ou Fauvette des Alpes (Prunella collaris), tant au bord du Léman qu’à Marseille, viennent motiver cette présentation. Cet Oiseau est connu depuis longue date pour descendre en plaine depuis les plus hauts sommets de nos montagnes. Mais qu’en est-il exactement ?

St Gingolf (Haute-Savoie), rives du Lac Léman – © Daniel Eonin
Marseille (Bouches-du-Rhône) le 7 janvier 2015 – © Philippe Boinon

Ainsi Jaubert & Barthélémy-Lapommeraye dans leur ouvrage en 1859 disent que c’est un oiseau commun et sédentaire dans les Alpes et dès que l’hiver devient rigoureux et que la neige recouvre les régions élevées où vit l’oiseau, on le voit descendre, par petites troupes, dans le voisinage des habitations, dans les creux des vallées et près des ruisseaux. Quelques-uns émigrent alors dans les rochers escarpés qui circonscrivent le bassin de Marseille, sur les îles de Pommègue ou de Ratonneau et jusqu’à Porquerolles sur les escarpements qui font face à la haute mer. Peu avant, Bouteille (1843) connaissait cet Accenteur dans les montagnes escarpées des Alpes du Dauphiné.

Paris (1921) dit que l’Accenteur alpin qu’il connaît aussi sous le nom de Pégot, vit dans les montagnes du sud de l’Europe, dans les roches, les rocailles et les pelouses, jusqu’à la limite des neiges éternelles, dans les Alpes et les Pyrénées, descendant en hiver jusqu’en plaine. Il propose la sous-espèce P.c.tschusii pour les hautes montagnes de Corse caractérisé par des teintes plus grises et un plumage plus taché que le type. Cet oiseau est accidentel jusqu’en Belgique ou en Angleterre selon le même auteur. Il est ainsi selon Olioso (1996) présent dans le Vaucluse à basse altitude entre le 15 octobre et le 8 mai, essentiellement entre début novembre et fin mars. En Camargue selon Isenmann (1993), l’espèce a rarement été observée : avril 1938, 13 fois de 1958 à 1960 depuis les mois d’octobre à mai et avec jusqu’à 6 individus ensemble.

Nous disions (Deliry 2017) pour la région Rhône-Alpes qu’il s’agit d’un nicher rare à assez commun en montagne. Que cet oiseau présente des flux migratoires discrets et qu’il est partiellement transhumant. Il est sédentaire y compris en altitude. Des oiseaux, néanmoins, se montrent à basse altitude, ainsi que dans le Massif Central, secteurs où il ne se reproduit pas. On notera dans ce cadre l’effectif record de 20 individus à Monteynard (Isère) rapporté par J.F.Desmet le 10 novembre 1974.

Accenteur alpin en altitude en hiver, le 7 mars 2019 (Les Arcs – Savoie) – ©© bysa – Pseudonyme – Wikimedia commons

Finalement l’Accenteur alpin apparaît en France, comme un oiseau sédentaire, pouvant effectuer une certaine transhumance, mais celle-ci est facultative car des individus restent à très haute altitude y compris en hiver. L’essentiel des oiseaux qui se déplacent se restreignent à descendre en altitude, d’autres vont vers les piémonts voisins et les massifs proches des sites de nidification. Les oiseaux alpins se dispersent probablement aussi jusque dans le Massif Central, ainsi que jusqu’en Provence où ils peuvent atteindre les bords de la mer Méditerranée, avec l’exemple des îles marseillaises qui est connu de façon stable depuis presque deux siècles. Par ailleurs, les Alpilles et les massifs proches de la cité phocéenne sont fréquentés par de petits groupes. Des oiseaux effectuent des déplacements tout à fait significatifs depuis la Suisse jusqu’à la Provence par exemple. Il n’est pas exclu que des oiseaux issus des Alpes atteignent alors les Pyrénées, voire les Plateaux espagnols. Les Accenteurs nichant dans les Pyrénées doivent faire une transhumance similaire, au niveau d’altitudes plus basses ou atteignant les massifs les plus proches alors qu’une part de ceux-ci, ainsi que ceux des chaînes septentrionales de la Péninsule Ibérique doivent passer sur les Plateaux espagnols et les secteurs voisins. En Corse on doit penser que les populations se contente de se déplacer éventuellement en altitude et fréquenter les massifs voisins des sites de nidification. Les venues connues en période internuptiale en Sardaigne ou en Sicile où l’oiseau ne niche pas témoignent d’une capacité à atteindre ces îles et concernent peut-être respectivement des Accenteurs issus de Corse ou des Apennins. Des phénomènes d’over-déplacements (cf. overmigrations) se produisent pour un très faible nombre d’individus qui atteignent alors la Bretagne, la Belgique ou l’Angleterre. Ceci se produit principalement en automne. Les oiseaux en quelque sorte égarés peuvent alors stationner en période internuptiale. Au XIXe siècle les déplacements jusqu’en Loire-Atlantique, ou l’ouest de la France étaient plus réguliers. On a constaté le même phénomène pour le secteur de la Champagne. Ceux-ci semble avoir cessé ensuite ou ne surviennent qu’occasionnellement à l’échelle séculaire. Ainsi on a noté lors de l’hiver 2011-2012 des venues significatives de quelques individus jusque dans le département de la Vienne par exemple vers Poitiers (Bussière & Tillet 2014).

L’Accenteur alpin est un oiseau relativement corpulent mesurant près de 18 cm de long. Il appartient à la famille des Prunellidés. Il s’agit typiquement d’un passereau de haute montagne nichant largement au-delà de la limite supérieure des forêts dans des endroits formés de rochers présents parmi la pelouse alpine et au-dessus jusqu’aux neiges éternelles. On le trouve ainsi le plus souvent entre 1800 et 4000 m d’altitude, y compris d’ailleurs en plein hiver. Lors de ses déplacements éventuels en période internuptiale, il recherche des habitats ressemblants, avec rochers et pelouses ou prairies, alors jusqu’au bord du Léman par exemple ou au bord de la mer, comme sur les îles marseillaises comme nous l’avons vu plus haut. Il ne dédaigne pas non plus à cette époque les vieux édifices à l’instar du Tichodrome échelette, comme les églises ou les châteaux ainsi que des habitats rocheux artificiels comme les carrières.

En France cet oiseau niche principalement sur les sommets des Alpes et des Pyrénées, mais on en trouve aussi en faible nombre dans le Massif Central et dans les Vosges, ainsi qu’exceptionnellement dans la chaîne du Jura. Dans ces derniers secteurs l’espèce est considérée comme menacée localement (CR 2016 Auvergne, EN 2015 Languedoc-Roussillon ; CR 2016 Alsace). Elle est quasi menacée (NT 2017) en Corse. On estime la population nationale entre 7000 et 17000 couples, mais les effectifs sont mal connus. En Europe on trouve cet oiseau dans les massifs méridionaux d’Espagne jusqu’en Sierra Nevada, de France, d’Italie (Apennins), dans les chaînes rocheuses de Dalmatie, Grèce et Roumanie, les Carpates, mais elle est aussi dans le sud de l’Anatolie, dans l’Atlas en Afrique du Nord, en Corse – nous l’avons vu – ou en Crète. En hiver elle étend son aire en quelques endroits de France notamment en Provence, mais aussi selon les coteaux rhodaniens ou de Bourgogne, sur l’essentiel de la Péninsule Ibérique, en quelques points d’Afrique du Nord et apparaît en Sardaigne et en Sicile où l’espèce ne niche pas. Elle est de plus présente sur les piémonts des chaînes dalmates.

Le Paléarctique Ouest n’est cependant pas son domaine privilégié et son aire est nettement plus étendue en Asie depuis le Caucase au Japon ou à Taïwan, en particulier en passant par l’Himalaya où on rencontre en outre un Accenteur spécifique (Prunella himalayana). Au nord de la Sibérie on voit aussi l’Accenteur alpin en période nuptiale au bord de la mer, mais sa reproduction y semble incertaine.

Une des originalités de sa reproduction est une quelque sorte d’échangisme qui se fait selon des groupes pouvant atteindre jusqu’à cinq mâles avec cinq femelles.

©© bysa – Ron Knight – Wikimedia commons
©© byncsa – R.Clerc – INPN

Sous-espèces dans le Monde

C’est le type (P.c.collaris) qui est présent en Afrique du Nord et en Europe, présent à l’est jusque dans les Carpates. On trouve depuis le Caucase au sud de l’Iran, P.c.montana. Plus au nord on découvre P.c.erythropygia depuis l’Altaï au nord de la Chine, la Corée et le Japon. A l’est de l’Iran, notamment depuis le Tadjikistan à l’ouest de la Chine, il s’agit de P.c.rufilata. L’Accenteur du Tibet, P.c.tibetana est présent dans le nord-ouest de la Chine et au Tibet. A Taïwan, on voit dans les montagnes, P.c.fennelli. Dans l’Himalaya on observe en outre, à l’est, P.c.nipalensis qui atteint le sud-ouest de la Chine et une partie du Tibet et P.c.whymperi connu dans l’ouest de l’Himalaya, notamment au Cachemire. Enfin pour être complet il convient de préciser l’aire de répartition de P.c.subalpina qui est sigtuée dans les montagnes du sud-est de l’Europe, comme en Grèce, ainsi qu’en Crête dans le sud de l’Anatolie.

Accenteur alpin sur un toit le 9 février 2008 – ©© byncsa – Anne – Flickr

Références citées

  • Bussière R. & Tillet J. 2014 – L’Accenteur alpin Prunella collaris : un retour inattendu dans la Vienne après 2 siècles d’absence ! – L’Outarde, 50 : 4-14. – PDF LINK
  • Deliry C. 2017 Catalogue des oiseaux de la région Rhône-Alpes. – Histoires Naturelles n°6 (Première édition en 2009).
  • Dubois P.J. & al. 2008 Nouvel inventaire des Oiseaux de France. – Del. & Niestl., Paris.
  • Isenmann P. 1993 Oiseaux de Camargue. – SEO, Paris.
  • Jaubert J.B. & Barthélémy-Lapommeraye 1859Richesses ornithologiques du Midi de la France. – Barlatier-Feissat & Demonchy, Marseille.
  • Olioso G. 1996 Oiseaux de Vaucluse et de la Drôme provençale. – CROP, CEEP, SEOF, Paris.
  • Paris P. 1921 Faune de France. 2. Oiseaux. – Librairie de la Faculté des Sciences, Paris.