14 avril 2021

Le Torcol et sa sédentarité toute relative dans le domaine méditerranéen

Le Torcol fourmilier est un Oiseau de la famille des Picidés qui a été décrit sous le nom de Jynx torquilla par Linnaeus en 1758. Son nom scientifique n’a pas changé depuis. Son nom indique sa capacité à se tordre le cou à déraison (Torcol) et il se nourrit essentiellement de fourmis (fourmilier) – mais aussi d’Escargots ou de Pucerons. Son nom scientifique rappelle sa capacité de rotation quasi complète du cou : Jynx torquilla. Le genre signifie Torcol, Bergeronnette ou Oiseau sacré. Jynx est une figure divine de la mythologie capable d’agir par la magie sur un amant qui vous délaisse. L’amant rappelé doit regarder en arrière tel le Torcol qui symbolise cette action par son nom même. Le Torcol fourmilier une espèce de Pic migratrice au plumage cryptique, présentant pour un Picidé, un bec particulièrement court.

L’hivernage est considéré comme régulier en Corse. On trouve des hivernants sporadiquement en outre dans les départements du littoral méditerranéenne, notamment dans les Bouches-du-Rhône. L’habitat alors privilégié sur le continent sont des zones humides littorales. C’est un phénomène repéré dès 1906 et qui est en constante augmentation, particulièrement significative depuis le début des années 1980. Plusieurs centaines d’oiseaux occupent désormais en hiver, le Midi de la France qui notons le est déserté en période de nidification. Des cas ponctuels d’oiseaux ont été vus en hiver sur l’essentiel du territoire par ailleurs. Ainsi dans les îles méditerranéennes, la Corse, le sud de l’Espagne et de l’Italie ainsi que dans une partie de l’Afrique du Nord on voit des oiseaux toute l’année, pour l’essentiel sédentaires. Dans le Midi de la France, une part des oiseaux se déplace dans les zones de plaine, notamment du Languedoc, là où ils ne nichent pas, pour passer l’hiver.

©© bysa – Imran Shah – Pakistan le 1er septembre 2018 – Wikimedia Commons

Cet Oiseau niche depuis l’Afrique du Nord et l’Europe et la Scandinavie jusqu’au Japon par le centre de l’Asie. Une petite population, nicheuse, isolée se trouve dans le nord-ouest de l’Inde. Les populations européennes vont hiverner en Afrique tropicale alors des celles d’Asie vont en Inde, dans le Sud-Est de l’Asie et au sud du Japon, elles restent sur le continent asiatique mais ne vont pas sur les îles. Occasionnelle aux Etats Unis, Islande, Irlande, Féroé… Notons que sur les îles méditerranéennes, Corse incluse, dans le sud de l’Espagne et de l’Italie et dans une partie de l’Afrique du Nord, l’espèce est observée toute l’année (voir plus haut).

©© bysa – Pseudonyme – Wikimedia Commons

On distingue la sous-espèce type depuis l’Europe au Japon et qui hiverne en Afrique et au Sud de l’Asie, J.t.mauretanica du Nord-Ouest de l’Afrique à tendances sédentaires, J.t.tschusii pour partie sédentaire, nicheur en Corse, Sardaigne, Italie et en Dalmatie qui va passer l’hiver en Afrique, J.t.sarudny de l’Ouest de la Sibérie qui hiverne au Sud de l’Asie, J.t.himalayana du Nord-Ouest de l’Himalaya hivernant au Sud de l’Inde, J.t.chinensis de l’Est de la Sibérie, au Nord-Est et au Centre de la Chine et qui hiverne dans le Sud et le Sud-Est de l’Asie.

Cette espèce niche dans les forêts ouvertes, les clairières, les vergers avec de vieux arbres creux ou des arbres creusés par des Pics (espèce cavernicole qui occupe parfois des cavités dans des bâtiments), sur des territoires couplés avec des zones herbacées où le Torcol se nourrit. Evite les secteurs humides et les hautes montagnes où on a toutefois noté l’espèce jusqu’à 3300 m d’altitude en Asie ; le record dans les Pyrénées est de 1000 m environ et en Haute-Savoie de 1420 m. Des habitats souvent plus ouverts, parfois sans arbres sont occupés en période internuptiale, mais l’oiseau utilise alors aussi les habitats forestiers ou les maquis. Arrive en mars-avril pour la nidification (parfois très tôt dès janvier), l’espèce se faisant alors rapidement entendre. Si les chants déclinent au printemps, ils peuvent se poursuivre en été dans le cadre de l’accompagnement d’une seconde ponte. Les pontes commencent à la mi mai. Les départs se font entre août et octobre, parfois début novembre. L’espèce se reproduit dès la première année après sa naissance et a une longévité de six ans environ. Cet oiseau se nourrit essentiellement de Fourmis mais aussi parfois d’Escargots ou de Pucerons.

Elle est nicheuse et migratrice peu commune en France. Elle occupe l’ensemble du territoire, Corse comprise. Elle est néanmoins moins densément représentée en Bretagne, Normandie, Bassin Parisien, Limousin et Nord du pays ; ne niche globalement pas dans ces secteurs qui sont parfois visités. Evite par ailleurs la Vallée du Rhône et les plaines méditerranéennes en période de nidification. L’espèce est en déclin dans le pays, probablement de près de 50% depuis les années 1970. L’espèce est devenue par exemple occasionnelle dans le Pas-de-Calais, voire en Picardie, en déclin ailleurs, y compris dans le sud comme dans le Vaucluse. Elle fut commune au XIXe siècle dans le Finistère ou en Île de France, voir dans le Nord du pays, autant de secteurs qui sont aujourd’hui désertés. Ceci dénote un important déclin de l’espèce depuis le XIXe siècle. Mayaud (1936) disait encore l’espèce nicheuse sur toute la France ; elle a clairement décliné par la suite, notamment en Poitou-Charentes, Normandie, Picardie, Champagne-Ardenne, plaines de l’Alsace, Jura, Île de France, Rhône-Alpes (notamment Vallée du Rhône), Vaucluse…
Cette espèce est en déclin, bien que non menacée globalement. Depuis les années 1950 le déclin des vergers et l’artificialisation des prairies, l’enrésinement des forêts ainsi que l’augmentation de l’utilisation des pesticides sont des facteurs défavorables pour le Torcol.

  • Marsal L. 1963 – Le Torcol fourmillier hiverne-t-il en Roussillon ? – L’ORFO, 33 : 290.
  • Orsini P. 1997 – L’hivernage du Torcol fourmillier Jynx torquilla en France continentale. – Ornithos, 4 (1) : 21-27.