5 mars 2021

Ecce Homo

Ecce Homo – Peinture datĂ©e de 1605 par Caravaggio (1571-1610)

L’Homme moderne (Homo sapiens Linnaeus, 1758) est un animal appartenant Ă  la famille des HominidĂ©s. Linnaeus l’avait nommĂ© en 1746, Homo homines et lui a donnĂ© une dimension plus savante en 1758. Il se caractĂ©rise par sa bipĂ©die, son intelligence dĂ©veloppĂ©e, le langage articulĂ© et pour les plus rĂ©cents son organisation en sociĂ©tĂ©s avec partage des activitĂ©s (professions). Si la sous-espèce fossile Homo sapiens idaltu White & al., 2003 Ŧ, le type actuel et prĂ©historique (cf. Homme de Cro Magnon) reste encore controversĂ©. Homo neanderthalensis [Ŧ] autrefois considĂ©rĂ©e comme une sous-espèce est dĂ©sormais traitĂ©e comme une bonne espèce.

L’Homme moderne n’est qu’une seule espèce qui peut présenter des phénotypes variés liés à des variations génétiques très faibles. Les flux populationnels favorisent un génome tout à fait homogène sur l’ensemble de la planète. Celui-ci a été tout particulièrement étudié ces dernières années.

Plaque envoyée avec la sonde spatiale intersidérale Pioneer

Il est susceptible d’occuper l’ensemble de la planète qu’il « domestique Â» selon ses besoins propres allant jusqu’à nier les Ă©quilibres biologiques qui sont garants de sa survie Ă  moyen terme (espèce paradoxalement menacĂ©e). Il est en très forte expansion dans la Biosphère. Il compose des sociĂ©tĂ©s variĂ©es concentrĂ©es autour de la Ville et l’organisation politique de l’espace gĂ©ographique en pays. Il lĂ©gifère volontiers sur tous les sujets et organise la vie de ses sociĂ©tĂ©s. Certaines populations sont nomades, mais tendent Ă  se sĂ©dentariser. Il a un sens de la propriĂ©tĂ© très aigu et dispose de manière inĂ©quitable d’argent, objet symbolique qui lui permet de valoriser ses activitĂ©s, de s’approprier un objet, un lieu, voire une idĂ©e. Il est vraisemblablement le seul ĂŞtre vivant Ă  produire des crĂ©ations artistiques conscientes. Il est susceptible d’accumuler et de transmettre un très grand nombre de connaissances, de les exploiter et de crĂ©er sans cesse de nouveaux savoirs. C’est le seul ĂŞtre vivant Ă  avoir atteint de son plein grĂ© un corps extraterrestre : la Lune et il poursuit son observation et son exploration de l’univers Ă  l’aide de robots. Les sondes Voyager ont quittĂ© le Système solaire depuis plusieurs annĂ©es et portent des messages codĂ©s destinĂ©s Ă  une vie extraterrestre intelligente. L’espèce est fragilisĂ©e, voire particulièrement menacĂ©e, par le dĂ©veloppement de maladies incurables, par son comportement guerrier et sa tendance croissante Ă  tenter de s’extraire du vivant.

Il s’agit de la seule espèces survivante au quaternaire des quelques 25 autres espèces de la Lignée humaine (Hominina).

L’Homme est une espèce envahissante globale et très adaptative. Ses populations ont doublĂ© entre 1960 et 2000, passant d’environ 3 milliards Ă  6 milliards d’humains. Les besoins et les normes de consommation ont dans le mĂŞme temps explosĂ©. Dans le mĂŞme temps la production de nourriture a doublĂ© de mĂŞme que la consommation de l’eau. De manière anecdotique la croissance n’est pas linĂ©aire pour certains domaines : ainsi la production de pâte Ă  papier a triplĂ© entre 1960 et 2000 (Deliry 2009a).

Le Dodo de Maurice est exemple bien connu d’espèces animales qui sont dĂ©sormais Ă©teintes du fait des activitĂ©s de prĂ©lèvement par l’Homme

L’Homme, ĂŞtre conscient par excellence, a cette perception de la nĂ©cessitĂ© d’être bien sur Terre pour lui-mĂŞme, mais de façon souvent individualiste malgrĂ© un tissu social très dĂ©veloppĂ©. Les disparitĂ©s et dĂ©sĂ©quilibres de sa dĂ©mographie, l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© de son Ă©conomie, des gouvernances des Ă©tats et rĂ©gions, liĂ©s au dĂ©veloppement et la nĂ©cessaire appropriation normale des technologies et des nouveautĂ©s scientifiques, ainsi qu’à la diversitĂ© des cultures et des choix ou normes de consommation sont autant de freins qu’il s’agit de raisonner de manière Ă  limiter l’Érosion de la BiodiversitĂ©. L’équilibre entre l’Homme, son Ă©conomie et l’environnement est recherchĂ©e dĂ©sormais dans le cadre de la notion de DĂ©veloppement durable. Il est fort Ă  parier que si de telles notions arrivaient Ă  rĂ©ussir, la Biosphère deviendrait probablement un vaste jardin planĂ©taire, gĂ©rĂ© et organisĂ© par l’humanitĂ©. Actuellement l’Empreinte Ă©cologique humaine est Ă©valuĂ©e selon les terres cultivĂ©es (production primaire), les terres pâturĂ©es (production secondaire), les forĂŞts exploitĂ©es, les zones de pĂŞche, l’énergie utilisĂ©e (fossile, biomasse, centrales nuclĂ©aires…) et l’urbanisation. Ces Ă©lĂ©ments relativement simples permettent de mesurer la place et les besoins de l’humanitĂ© dans la Biosphère et d’évaluer la faisabilitĂ© d’un DĂ©veloppement Durable. Au plus, une seule planète doit suffire Ă  tous les Hommes si chacun vivait en moyenne Ă  la manière d’une Ă©conomie durable. Certains pays vivant dĂ©sormais au-dessus de leurs moyens importent et achètent mĂŞme les terres de pays qui moins gourmands ont encore des rĂ©serves Ă  vivre sur leur territoire. Les relations entre l’Homme et la BiodiversitĂ© se mesurent selon une occupation des sols galopante, l’introduction ou la soustraction d’espèces le tout bouleversant les Ă©cosystèmes, le dĂ©veloppement des technologies aidant, l’augmentation de l’exploitation des ressources de la planète. Il est dĂ©sormais compris après de trop nombreuses annĂ©es d’hĂ©sitations que le climat de la planète change : certains parlent de rĂ©chauffement climatique, en tout cas des rĂ©gions du monde sont d’ores et dĂ©jĂ  touchĂ©es par des dĂ©règlements mĂ©tĂ©orologiques conduisant Ă  des phĂ©nomènes catastrophiques… on sait qu’ailleurs le climat pourrait se refroidir en particulier en hiver et se contraster par l’apparition de d’étĂ©s caniculaires. Devant de tels changements de grandes migrations de populations sont Ă  prĂ©voir et si possible Ă  organiser de manière raisonnĂ©e sous peine de voir survenir Ă©meutes et guerres entre les nations. Aujourd’hui de petits pays insulaires doivent trouver rapidement d’autres territoires pour assurer l’avenir de leurs ressortissants : pertes d’identitĂ© nationale et migration diffuse sur la planète, conquĂŞtes de territoires vivables sont parmi les solutions (Deliry 2009a).

La pĂ©riode occupĂ©e par l’Homme sur la planète se nomme parfois l’Anthropocène. Elle se caractĂ©rise par une vaste expansion de l’espèce humaine, une transformation exceptionnelle des paysages, une exploitation profonde des habitats et des espèces et par une modification du climat de la planète.

Anciennement en Afrique ou Moyen-Orient dès -200000 ans, passe en Europe vers – 40000 seulement. En Amérique du Nord la crise tardi-pléistocène est reconnue pour une disparition significative de gros Mammifères liée à l’arrivée des humains sur ce continent et aux changements climatiques naturels opérant depuis le début de l’Holocène (dès 12000 BP). Les peintures rupestres sont parmi les premiers artéfacts humains. Celles de la grotte Chauvet en Ardèche (30000 BP) sont regardées parmi les plus anciennes.

Le dĂ©but de la domestication des espèces et de la mise en place de cultures vĂ©gĂ©tales dĂ©signe les bases du NĂ©olithique (10000-8000 BP). On enregistre en Europe occidentale plusieurs pĂ©riodes liĂ©es en particulier aux diffĂ©rentes maĂ®trises de la mĂ©tallurgie par l’Homme (Or, Argent, Cuivre, Bronze, Fer) ceci correspond Ă  l’apparition de la civilisation des MĂ©galithes (dès 6500 BP). Les premières Ă©critures intelligibles marquent le passage de la PrĂ©histoire Ă  l’Histoire (Sumer vers 3250 avant JC). Alors que le Sahara se dĂ©sertifie, la première dynastie Ă©gyptienne s’installe (3000 avant JC). L’Âge du Fer est la pĂ©riode la plus rĂ©cente des mĂ©tallurgies humaines : 1700 avant JC dans le Caucase, en Grèce vers 1000 av.JC, Hallstardt en 800 av. JC et en Gaule vers 600 av. JC. Les premières bases de la Science moderne sont fondĂ©es par Aristote (385-322 avant JC) qui est un grand scientifique dont l’influence quasi exclusive et essentielle a agit jusqu’aux alentours des XVIe et XVIIe siècles, et agit pour partie encore. Pline l’Ancien (23-79) dans son Histoire Naturelle (livre X) prĂ©cise au sein des passages quelques peu moralistes, que le seul des bipèdes qui soit vivipare (Mammifères) est l’Homme ; il souligne le fait que les animaux ne font l’amour qu’à des pĂ©riodes dĂ©terminĂ©es de l’annĂ©e, alors que l’Homme, Ă  toutes les heures du jour et de la nuit. Dans l’espèce humaine, les hommes ont des moyens de tromper la passion (qui tous outragent la nature) ; et les femmes se font avorter (MaĂ®trise des naissances). Linnaeus (1746) prĂ©sente l’Homme moderne comme prĂ©sent dans toute la Suède. Il y est rassemblĂ© le plus Souvent en communautĂ©s urbaines. 1753-1758 marquent la mise en place de la description raisonnĂ©e et continue du vivant en appliquant de manière systĂ©matique le système binominal linnĂ©en. La première machine Ă  vapeur fonctionne en 1803 et ouvre l’avènement de la mise en place des premiers systèmes automobiles dont l’industrie se dĂ©veloppera nettement seulement dès la fin du XIXe siècle. En 1969 l’Homme marche sur la Lune.

Cosmopolite. Ses populations se comptent en milliards d’individus (6,7 milliards en 2007). Si au niveau de la plupart des nations les individus de l’espèce humaine sont protégés, aucun texte international ne protège pour l’instant cette espèce par un dispositif qui lui serait expressément rattaché. Quelques documents d’éthique médicale notamment se rapprochent toutefois doucement de cette notion. L’action de Guerre reste de manière étrange, légale selon les accords internationaux.

En France c’est une espèce protĂ©gĂ©e (« Nul de peut porter atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© de l’espèce humaine Â» – art. 16-4, alin. 1 du Code Civil). Toutefois dans le pays par exemple ce 256 de ces animaux qui ont Ă©tĂ© tuĂ©s entre 1997 et 2005 par des faits de chasse. Le braconnage est en baisse et aucun cas ne concerne les DOM-TOM contre un record de 30 cas en RhĂ´ne-Alpes (N.Olin, Min. Ecol. et D.Durable). En 2004-05 ce sont selon l’ONCFS, 26 individus qui ont Ă©tĂ© prĂ©levĂ©s illĂ©galement, alors que 167 victimes blessĂ©es n’ont pas Ă©tĂ© abattues et ont Ă©tĂ© rapatriĂ©es dans des centres de soin nommĂ©s hĂ´pitaux (selon JO du SĂ©nat du 14 dĂ©cembre 2006).

D’importants déplacements saisonniers ont lieu dans le pays, notamment en hiver, venue de populations allochtones dans les montagnes en quête de neige et en été, départ des populations autochtones pour les zones maritimes ou étrangères. On note par ailleurs d’importants mouvements nycthéméraux avec vas-et-viens soir et matin entre les campagnes et les grandes villes parfois sur des distances remarquables. L’automobile est un vecteur important de ces déplacements.

Son habitat principal est la maison qu’il regroupe en villes, villages, hameaux ou qui se trouve parfois isolĂ© dans les campagnes. Il peut distinguer ses bâtiments en fonction de ses activitĂ©s : lieux de travail, lieux d’activitĂ©s sportives, etc. Certaines populations nomades occupent des tentes ou des yourtes, des cabanes de bois ou formĂ©es de feuillage. Il est des individus, y compris dans les pays modernes qui n’ont pas d’habitation et qui se rĂ©fugient sous les ponts, dans les porches, les entrĂ©es d’immeubles, voire vivent dans la rue.

Vue de la ville de Lyon, France

L’espèce est susceptible de se reproduire toute l’année. La gestation, nommée grossesse, dure 9 mois. La maîtrise des naissances lui permet de s’accoupler sans procréer, ou de décider à son gré de la date de l’ovulation, et ainsi, fixer au mieux la date souhaitée des naissances.

Il s’agit d’une espèce omnivore qui, depuis la rĂ©volution nĂ©olithique, a domestiquĂ© bonne part des animaux et des plantes qu’elle consomme et apprĂŞte de manière complexe (cuisine, produits agro-industriels). L’essentiel des individus est charognard et se nourrit de viande morte conservĂ©e dans des rĂ©frigĂ©rateurs ou des congĂ©lateurs Ă©vitant ainsi la putrĂ©faction, se distinguant ainsi des vĂ©ritables charognards pour leur goĂ»t peu prononcĂ© pour la viande transformĂ©e. Quelques individus sont encore prĂ©dateurs, mais se munissent d’armes pour chasser leurs proies : principalement Sanglier, Chevreuil, Lièvre d’Europe, Lapin de garenne, mais aussi des Oiseaux comme le Faisan de chasse, Perdrix grise ou par exemple encore la BĂ©casse des bois. Il s’en prend mĂŞme Ă  des espèces menacĂ©es de disparition comme le Courlis cendrĂ© en France. Un comportement est unique dans le monde les prĂ©dateurs : dans divers cas les proies (Faisan de chasse par ex.) sont lâchĂ©es et laissĂ©es en libertĂ© quelques jours avant d’être poursuivies et chassĂ©es ; ce comportement remarquable s’apparente Ă  celui du sport ou du loisir, deux notions particulières Ă  Homo sapiens. Le comportement de capture-relâchĂ© de proies a Ă©tĂ© nĂ©anmoins observĂ© chez certains individus chez les Orques Ă©paulard qui après avoir « jouĂ© Â» avec des Otaries les ramènent sur la plage. Bien que l’Homme soit une espèce auto-protĂ©gĂ©e, par exemple en France, nous avons vu plus haut que dans ce pays certains individus Ă©taient accidentellement tuĂ©s par d’autres individus prĂ©dateurs, mais non consommateurs, en tout cas dans les sociĂ©tĂ©s actuelles (autrefois : anthropophagie connue).


  • Deliry C. 2009a – BiodiversitĂ© ou BiodiversitĂ©s. – Histoires Naturelles n°8.
  • Deliry C. 2009b – Liste des Mammifères du PalĂ©arctique Ouest. – Histoires Naturelles n°9.
  • Deliry C. 2011 – Contribution Ă  l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (Inpn). – Histoires Naturelles n°22.

Mes remerciements à Camille Le Merrer qui a proposé une correction spontanée de ce texte et ainsi contribué à son amélioration.