30 novembre 2020

Ecce Homo

Ecce Homo – Peinture datée de 1605 par Caravaggio (1571-1610)

L’Homme moderne (Homo sapiens Linnaeus, 1758) est un animal appartenant à la famille des Hominidés. Linnaeus l’avait nommé en 1746, Homo homines et lui a donné une dimension plus savante en 1758. Il se caractérise par sa bipédie, son intelligence développée, le langage articulé et pour les plus récents son organisation en sociétés avec partage des activités (professions). Si la sous-espèce fossile Homo sapiens idaltu White & al., 2003 Ŧ, le type actuel et préhistorique (cf. Homme de Cro Magnon) reste encore controversé. Homo neanderthalensis [Ŧ] autrefois considérée comme une sous-espèce est désormais traitée comme une bonne espèce.

L’Homme moderne n’est qu’une seule espèce qui peut présenter des phénotypes variés liés à des variations génétiques très faibles. Les flux populationnels favorisent un génome tout à fait homogène sur l’ensemble de la planète. Celui-ci a été tout particulièrement étudié ces dernières années.

Plaque envoyée avec la sonde spatiale intersidérale Pioneer

Il est susceptible d’occuper l’ensemble de la planète qu’il « domestique » selon ses besoins propres allant jusqu’à nier les équilibres biologiques qui sont garants de sa survie à moyen terme (espèce paradoxalement menacée). Il est en très forte expansion dans la Biosphère. Il compose des sociétés variées concentrées autour de la Ville et l’organisation politique de l’espace géographique en pays. Il légifère volontiers sur tous les sujets et organise la vie de ses sociétés. Certaines populations sont nomades, mais tendent à se sédentariser. Il a un sens de la propriété très aigu et dispose de manière inéquitable d’argent, objet symbolique qui lui permet de valoriser ses activités, de s’approprier un objet, un lieu, voire une idée. Il est vraisemblablement le seul être vivant à produire des créations artistiques conscientes. Il est susceptible d’accumuler et de transmettre un très grand nombre de connaissances, de les exploiter et de créer sans cesse de nouveaux savoirs. C’est le seul être vivant à avoir atteint de son plein gré un corps extraterrestre : la Lune et il poursuit son observation et son exploration de l’univers à l’aide de robots. Les sondes Voyager ont quitté le Système solaire depuis plusieurs années et portent des messages codés destinés à une vie extraterrestre intelligente. L’espèce est fragilisée, voire particulièrement menacée, par le développement de maladies incurables, par son comportement guerrier et sa tendance croissante à tenter de s’extraire du vivant.

Il s’agit de la seule espèces survivante au quaternaire des quelques 25 autres espèces de la Lignée humaine (Hominina).

L’Homme est une espèce envahissante globale et très adaptative. Ses populations ont doublé entre 1960 et 2000, passant d’environ 3 milliards à 6 milliards d’humains. Les besoins et les normes de consommation ont dans le même temps explosé. Dans le même temps la production de nourriture a doublé de même que la consommation de l’eau. De manière anecdotique la croissance n’est pas linéaire pour certains domaines : ainsi la production de pâte à papier a triplé entre 1960 et 2000 (Deliry 2009a).

Le Dodo de Maurice est exemple bien connu d’espèces animales qui sont désormais éteintes du fait des activités de prélèvement par l’Homme

L’Homme, être conscient par excellence, a cette perception de la nécessité d’être bien sur Terre pour lui-même, mais de façon souvent individualiste malgré un tissu social très développé. Les disparités et déséquilibres de sa démographie, l’hétérogénéité de son économie, des gouvernances des états et régions, liés au développement et la nécessaire appropriation normale des technologies et des nouveautés scientifiques, ainsi qu’à la diversité des cultures et des choix ou normes de consommation sont autant de freins qu’il s’agit de raisonner de manière à limiter l’Érosion de la Biodiversité. L’équilibre entre l’Homme, son économie et l’environnement est recherchée désormais dans le cadre de la notion de Développement durable. Il est fort à parier que si de telles notions arrivaient à réussir, la Biosphère deviendrait probablement un vaste jardin planétaire, géré et organisé par l’humanité. Actuellement l’Empreinte écologique humaine est évaluée selon les terres cultivées (production primaire), les terres pâturées (production secondaire), les forêts exploitées, les zones de pêche, l’énergie utilisée (fossile, biomasse, centrales nucléaires…) et l’urbanisation. Ces éléments relativement simples permettent de mesurer la place et les besoins de l’humanité dans la Biosphère et d’évaluer la faisabilité d’un Développement Durable. Au plus, une seule planète doit suffire à tous les Hommes si chacun vivait en moyenne à la manière d’une économie durable. Certains pays vivant désormais au-dessus de leurs moyens importent et achètent même les terres de pays qui moins gourmands ont encore des réserves à vivre sur leur territoire. Les relations entre l’Homme et la Biodiversité se mesurent selon une occupation des sols galopante, l’introduction ou la soustraction d’espèces le tout bouleversant les écosystèmes, le développement des technologies aidant, l’augmentation de l’exploitation des ressources de la planète. Il est désormais compris après de trop nombreuses années d’hésitations que le climat de la planète change : certains parlent de réchauffement climatique, en tout cas des régions du monde sont d’ores et déjà touchées par des dérèglements météorologiques conduisant à des phénomènes catastrophiques… on sait qu’ailleurs le climat pourrait se refroidir en particulier en hiver et se contraster par l’apparition de d’étés caniculaires. Devant de tels changements de grandes migrations de populations sont à prévoir et si possible à organiser de manière raisonnée sous peine de voir survenir émeutes et guerres entre les nations. Aujourd’hui de petits pays insulaires doivent trouver rapidement d’autres territoires pour assurer l’avenir de leurs ressortissants : pertes d’identité nationale et migration diffuse sur la planète, conquêtes de territoires vivables sont parmi les solutions (Deliry 2009a).

La période occupée par l’Homme sur la planète se nomme parfois l’Anthropocène. Elle se caractérise par une vaste expansion de l’espèce humaine, une transformation exceptionnelle des paysages, une exploitation profonde des habitats et des espèces et par une modification du climat de la planète.

Anciennement en Afrique ou Moyen-Orient dès -200000 ans, passe en Europe vers – 40000 seulement. En Amérique du Nord la crise tardi-pléistocène est reconnue pour une disparition significative de gros Mammifères liée à l’arrivée des humains sur ce continent et aux changements climatiques naturels opérant depuis le début de l’Holocène (dès 12000 BP). Les peintures rupestres sont parmi les premiers artéfacts humains. Celles de la grotte Chauvet en Ardèche (30000 BP) sont regardées parmi les plus anciennes.

Le début de la domestication des espèces et de la mise en place de cultures végétales désigne les bases du Néolithique (10000-8000 BP). On enregistre en Europe occidentale plusieurs périodes liées en particulier aux différentes maîtrises de la métallurgie par l’Homme (Or, Argent, Cuivre, Bronze, Fer) ceci correspond à l’apparition de la civilisation des Mégalithes (dès 6500 BP). Les premières écritures intelligibles marquent le passage de la Préhistoire à l’Histoire (Sumer vers 3250 avant JC). Alors que le Sahara se désertifie, la première dynastie égyptienne s’installe (3000 avant JC). L’Âge du Fer est la période la plus récente des métallurgies humaines : 1700 avant JC dans le Caucase, en Grèce vers 1000 av.JC, Hallstardt en 800 av. JC et en Gaule vers 600 av. JC. Les premières bases de la Science moderne sont fondées par Aristote (385-322 avant JC) qui est un grand scientifique dont l’influence quasi exclusive et essentielle a agit jusqu’aux alentours des XVIe et XVIIe siècles, et agit pour partie encore. Pline l’Ancien (23-79) dans son Histoire Naturelle (livre X) précise au sein des passages quelques peu moralistes, que le seul des bipèdes qui soit vivipare (Mammifères) est l’Homme ; il souligne le fait que les animaux ne font l’amour qu’à des périodes déterminées de l’année, alors que l’Homme, à toutes les heures du jour et de la nuit. Dans l’espèce humaine, les hommes ont des moyens de tromper la passion (qui tous outragent la nature) ; et les femmes se font avorter (Maîtrise des naissances). Linnaeus (1746) présente l’Homme moderne comme présent dans toute la Suède. Il y est rassemblé le plus Souvent en communautés urbaines. 1753-1758 marquent la mise en place de la description raisonnée et continue du vivant en appliquant de manière systématique le système binominal linnéen. La première machine à vapeur fonctionne en 1803 et ouvre l’avènement de la mise en place des premiers systèmes automobiles dont l’industrie se développera nettement seulement dès la fin du XIXe siècle. En 1969 l’Homme marche sur la Lune.

Cosmopolite. Ses populations se comptent en milliards d’individus (6,7 milliards en 2007). Si au niveau de la plupart des nations les individus de l’espèce humaine sont protégés, aucun texte international ne protège pour l’instant cette espèce par un dispositif qui lui serait expressément rattaché. Quelques documents d’éthique médicale notamment se rapprochent toutefois doucement de cette notion. L’action de Guerre reste de manière étrange, légale selon les accords internationaux.

En France c’est une espèce protégée (« Nul de peut porter atteinte à l’intégrité de l’espèce humaine » – art. 16-4, alin. 1 du Code Civil). Toutefois dans le pays par exemple ce 256 de ces animaux qui ont été tués entre 1997 et 2005 par des faits de chasse. Le braconnage est en baisse et aucun cas ne concerne les DOM-TOM contre un record de 30 cas en Rhône-Alpes (N.Olin, Min. Ecol. et D.Durable). En 2004-05 ce sont selon l’ONCFS, 26 individus qui ont été prélevés illégalement, alors que 167 victimes blessées n’ont pas été abattues et ont été rapatriées dans des centres de soin nommés hôpitaux (selon JO du Sénat du 14 décembre 2006).

D’importants déplacements saisonniers ont lieu dans le pays, notamment en hiver, venue de populations allochtones dans les montagnes en quête de neige et en été, départ des populations autochtones pour les zones maritimes ou étrangères. On note par ailleurs d’importants mouvements nycthéméraux avec vas-et-viens soir et matin entre les campagnes et les grandes villes parfois sur des distances remarquables. L’automobile est un vecteur important de ces déplacements.

Son habitat principal est la maison qu’il regroupe en villes, villages, hameaux ou qui se trouve parfois isolé dans les campagnes. Il peut distinguer ses bâtiments en fonction de ses activités : lieux de travail, lieux d’activités sportives, etc. Certaines populations nomades occupent des tentes ou des yourtes, des cabanes de bois ou formées de feuillage. Il est des individus, y compris dans les pays modernes qui n’ont pas d’habitation et qui se réfugient sous les ponts, dans les porches, les entrées d’immeubles, voire vivent dans la rue.

Vue de la ville de Lyon, France

L’espèce est susceptible de se reproduire toute l’année. La gestation, nommée grossesse, dure 9 mois. La maîtrise des naissances lui permet de s’accoupler sans procréer, ou de décider à son gré de la date de l’ovulation, et ainsi, fixer au mieux la date souhaitée des naissances.

Il s’agit d’une espèce omnivore qui, depuis la révolution néolithique, a domestiqué bonne part des animaux et des plantes qu’elle consomme et apprête de manière complexe (cuisine, produits agro-industriels). L’essentiel des individus est charognard et se nourrit de viande morte conservée dans des réfrigérateurs ou des congélateurs évitant ainsi la putréfaction, se distinguant ainsi des véritables charognards pour leur goût peu prononcé pour la viande transformée. Quelques individus sont encore prédateurs, mais se munissent d’armes pour chasser leurs proies : principalement Sanglier, Chevreuil, Lièvre d’Europe, Lapin de garenne, mais aussi des Oiseaux comme le Faisan de chasse, Perdrix grise ou par exemple encore la Bécasse des bois. Il s’en prend même à des espèces menacées de disparition comme le Courlis cendré en France. Un comportement est unique dans le monde les prédateurs : dans divers cas les proies (Faisan de chasse par ex.) sont lâchées et laissées en liberté quelques jours avant d’être poursuivies et chassées ; ce comportement remarquable s’apparente à celui du sport ou du loisir, deux notions particulières à Homo sapiens. Le comportement de capture-relâché de proies a été néanmoins observé chez certains individus chez les Orques épaulard qui après avoir « joué » avec des Otaries les ramènent sur la plage. Bien que l’Homme soit une espèce auto-protégée, par exemple en France, nous avons vu plus haut que dans ce pays certains individus étaient accidentellement tués par d’autres individus prédateurs, mais non consommateurs, en tout cas dans les sociétés actuelles (autrefois : anthropophagie connue).


  • Deliry C. 2009a – Biodiversité ou Biodiversités. – Histoires Naturelles n°8.
  • Deliry C. 2009b – Liste des Mammifères du Paléarctique Ouest. – Histoires Naturelles n°9.
  • Deliry C. 2011 – Contribution à l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (Inpn). – Histoires Naturelles n°22.

Mes remerciements à Camille Le Merrer qui a proposé une correction spontanée de ce texte et ainsi contribué à son amélioration.