3 mars 2021

Il y a pas (qu’)un Chat ! Quoique…

Image mise en avant – ©© bysa – A.Houšková – Wikimedia commons

Que ce soit le Chat domestique, le Chat forestier ou le Chat gantĂ©, chacun appartient Ă  l’ensemble Felis silvestris, nĂ©anmoins selon les auteurs, il s’agit soit d’espèces diffĂ©rentes, soit de sous-espèces du dit silvestris, un FĂ©lidĂ©. On a respectivement Felis [silvestris] catus, Felis [silvestris] silvestris et Felis [silvestris] libyca. De manière plus nuancĂ©e le catus ayant Ă©tĂ© dĂ©crit par Linnaeus dès 1758, la prioritĂ© devrait lui ĂŞtre donnĂ©e sur le silvestris dĂ©crit par Schreber en 1777. Si on s’en tenait Ă  cette règle taxonomiques nous devrions avoir en fait Felis [catus] catus, Felis [catus] silvestris et Felis [catus] libycus.

Jusqu’alors bien connu dans le nord-est et centre est de la France, ainsi que dans les PyrĂ©nĂ©es et en Corse, le Chat forestier vient d’ĂŞtre dĂ©couvert en 2020 dans l’HĂ©rault.

Le Chat forestier – Felis silvestris Schreber, 1777

Le Chat forestier ou Chat sauvage est un petit fĂ©lidĂ© discret et mĂ©connu. C’est, aujourd’hui, le seul FĂ©lin sauvage avec le Lynx prĂ©sent en Europe occidentale. Les confusions avec le Chat domestique ou le Chat haret (Felis catus) ne facilitent pas les connaissances de cette espèce. Ce dernier est supposĂ© originaire du Proche Orient (Drisoll & al. 2007). Aussi dans bien des cas, la rĂ©partition ancienne, voire rĂ©cente est soumise Ă  discussion (Stahl & Artois 1994). Des hybridations (ou mĂ©tissages) existent entre les deux taxons, ce qui pose des questions de conservation de l’espèce (Stahl & Artois 1994, Randi 2002, Daniels & Corbett 2003, Hermann 2005). Il est dĂ©montrĂ© que localement le taux d’hybridation peut ĂŞtre particulièrement Ă©levĂ©. Des critères de pelage sont classiquement utilisĂ©s pour dĂ©signer des chats de type « forestier » [1] (CondĂ© 1974), complĂ©tĂ©s par le critère de la capacitĂ© crânienne des individus adultes, lorsqu’il est possible de le faire (Schauenberg 1969). Par l’Ă©tude gĂ©nĂ©tique molĂ©culaire, Discroll & al. ont montrĂ© que chaque sous-espèce du Chat sauvage et que le Chat domestique appartiennent Ă  un « clade » gĂ©nĂ©tiquement distinct (voir aussi Essop & al. 1997). En dĂ©finitive aucun critère morpho-anatomique fiable Ă  100% n’existe et la seule solution pour identifier cette espèce avec rigueur consiste Ă  passer par des analyses gĂ©nĂ©tiques, longues et relativement coĂ»teuses et il semble probable qu’une part notable des populations françaises soit hybridĂ©e.

On distingue les formes ou sous-espèces suivantes : Felis silvestris silvestris, le Chat forestier d’Europe, F. s. caucasica ou Chat noir du Caucase, F. s. grampia, le Chat forestier Ă©cossais, F. s. libyca essentiellement prĂ©sente en Afrique (voir plus bas), F. s. ornata en Asie essentiellement et connue sous le nom de Chat ornĂ©… Les Chats domestique et haret sont assez souvent regardĂ©s comme une sous-espèce, Felis silvestris catus, voire une simple forme, Felis silvestris f. catus, mais souvent traitĂ©s comme une espèce Ă  part entière sous Felis catus. Nous l’avons vu plus haut, taxonomiquement le Chat sauvage devrait se nommer alors Felis catus silvestris si on traite ces diffĂ©rents taxons au niveau de sous-espèce.

Autrefois l’espèce occupait l’ensemble de l’Europe, sauf l’Irlande.
Son aire de rĂ©partition est dĂ©sormais disjointe : Ecosse, Portugal, Nord de l’Espagne et PyrĂ©nĂ©es, quart Nord-Est de la France et Ardennes, Europe centre orientale, dispersĂ© dans la pĂ©ninsule Italique, BalĂ©ares, Sardaigne, Sicile, Grèce, Crète, Anatolie au Caucase. Les populations insulaires ouest-mĂ©diterranĂ©ennes sont souvent rapportĂ©es au Chat gantĂ© (Felis silvestris libyca).

Introduit Ă  Chypre vers 7300-7200 av JC, Chats « domestiques » primitifs (Felis silvestris ornata) ou selon une domestication en Egypte dès 3000 av. JC (Felis silvestris libyca), le Chat domestique n’est en France qu’assez tardif et plutĂ´t rare dès l’Age du Fer jusqu’Ă  l’AntiquitĂ©, il ne devient frĂ©quent que vers les IVe et Ve siècles ap. JC : prĂ©sence de Chats harets en Corse, vraisemblablement depuis l’AntiquitĂ©. Sa domestication claire est tardive en Europe et ne date que du au Moyen Age (XII-XIIIème siècles).

© – Carte de rĂ©partition selon Stahl & LĂ©ger (1992) – AnnotĂ©

On trouve aussi le Chat forestier en Afrique du Nord, au Proche Orient, dans la Péninsule arabique sous des formes (ou des sous-espèces assez diverses).

Carte selon Fayard (1984) – AnnotĂ©e

LĂ©ger & al. (2008) prĂ©sentent une rĂ©cente synthèse de la situation de l’espèce en France. Une part notable de ce texte s’en inspire [2014]. Cette synthèse avait Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ©e par une autre compilation des informations dans les annĂ©es 1990 (Stahl & LĂ©ger 1992).
La France abrite une des plus belles populations en Europe. Souvent insoupçonnĂ© dans certain secteurs, l’espèce colonise de nouveaux espaces dans les zones les plus mĂ©ridionales. Autochtone, l’espèce est bien reprĂ©sentĂ©e dans le pays au dĂ©but de l’Holocène, son aire est mal connue pour le Moyen Ă‚ge et son Ă©volution jusqu’au XIXe siècle restent très floue. On envisage qu’Ă  l’instar des autres Carnivores, l’espèce a fortement dĂ©clinĂ© au cours de ces siècles. Depuis le milieu du XXe siècle la tendance s’est inversĂ©e, et, l’espère reconquiert ses terrains. Les premiers travaux sur le Chat forestier en France sont ceux de B.CondĂ© (CondĂ© 1974) et de P.Schauenberg (Schauenberg 1969) et dĂ©butent dans les annĂ©es 1960. L’espèce est protĂ©gĂ©e depuis 1979 seulement. Il faut attendre l’Atlas national (Fayard 1984) pour que la première cartographie soit publiĂ©e. Elle fait le point sur l’espèce pour une pĂ©riode de 1950 Ă  1983. Le manque d’observateurs lui confère des lacunes indĂ©niables, de plus des donnĂ©es isolĂ©es dans les Alpes et le pourtour mĂ©diterranĂ©en sont douteuses et auraient mĂ©ritĂ©es une meilleure vĂ©rification.

Des synthèses rĂ©gionales viennent alors complĂ©ter les connaissances (ThĂ©venin 1986 pour le Centre, Lustrat & Vignon 1991 pour les limites d’aire, Fournier 1994 pour l’Avesnois, Bas 1996 pour l’Oise, Ariagno 1999 pour le RhĂ´ne, LĂ©ger 1999 pour la Picardie et Bourand 1999 pour la Bourgogne). L’aire de rĂ©partition nationale ne peut toutefois pas ĂŞtre dessinĂ©e dans son entier.
Une cartographie nationale plus serrĂ©e a commencĂ© Ă  ĂŞtre Ă©tablie dès 1995 par l’ONC et le CNRS de Lyon et a durĂ© jusqu’en 2003, la mĂ©thode se basant sur la donnĂ©e la plus fiable par maille choisie (10×7 km soit 1/8ème de carte 1/50000ème). Aux contacts visuels plus ou moins certains, sont ajoutĂ©es l’examen des spĂ©cimens morts lorsqu’ils Ă©taient dĂ©couverts (N=465 dont moins de 200 authentiques, forte hybridation vraisemblable). Ce sont environ 150.000 km2 qui sont occupĂ©s en France pour la pĂ©riode 1990-2003, dont 408 mailles sur 2004-2006, soit 44 dĂ©partements dont 9 avec prĂ©sence seulement marginales. Deux aires clairement distinctes sont dĂ©gagĂ©es sur le pays, le grand quart Nord-Est depuis le Nord de la rĂ©gion RhĂ´ne-Alpes aux Ardennes, dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lĂ© par Fayard (1984) et les PyrĂ©nĂ©es (espèce connue sur l’ensemble des dĂ©partements en prolongement avec des populations espagnoles ; seulement au niveau des piĂ©monts). Commune dans le Nord-Est du pays dans 17 dĂ©partements (Bourgogne, Champagne-Ardenne, Franche-ComtĂ©, Lorraine et ouest du dĂ©partement de l’Ain associĂ© au Massif jurassien). Ailleurs la prĂ©sence du Chat est en augmentation et en voie de reconquĂŞte (Alsace, Nord de la France, Centre, Bassin Parisien central, nord du Massif Central). L’espèce est globalement absente des Alpes, du Centre et Sud du Massif Central, ainsi que dans l’Ouest de la France. Mentions très rares dans les Alpes, souvent anciennes, Ă  rechercher dans les Alpes-Maritimes. Une mention de la rĂ©gion de Bordeaux en janvier 1999 corresponds Ă  un Chat forestier, mais il est très douteux que l’animal soit parvenu en ce point naturellement. Si on se base sur LĂ©ger & al. (2008), la prĂ©sence de l’espèce indiquĂ©e en Corse (Arrighi & Salotti 1988) et en Provence (Sordello 2012) est incertaine car les premiers auteurs ne le confirment pas. Des arguments sĂ©rieux sont toutefois disponibles pour la Corse et l’EstĂ©rel. L’espèce a Ă©tĂ© dĂ©couverte en 2020 dans le dĂ©partement de l’HĂ©rault.

Il s’agit d’une espèce forestière, prĂ©fère l’alternance de milieux ouverts et de forĂŞts avec clairières, riches en vieux arbres, de la plaine aux moyennes montagnes. Elle chasse les Micromammifères dans les milieux ouverts. Les sites trop enneigĂ©s sont dĂ©sertĂ©s : l’altitude de 1600 m semble ĂŞtre une limite. Cet animal mène une vie gĂ©nĂ©ralement solitaire. Mâles et femelles dĂ©fendent un territoire contre les congĂ©nères du mĂŞme sexe. Celui des femelles est plus petit (environ 2 km<sup>2</sup> en Lorraine, alors que celui des mâles atteint 3 Ă  11 km<sup>2</sup> (Stahl & LĂ©ger 1992). Les territoires sont le plus souvent contigus si bien que chaque chat est en contact avec deux ou trois individus de sexe opposĂ©. Des densitĂ©s maximales de 30 Ă  50 ind. pour 100 km2 sont enregistrĂ©es. Le rĂ©gime alimentaire du Chat sauvage est clairement carnivore (entre 88 et 97% en France). Il se nourrit essentiellement de petits rongeurs, et,localement (Ecosse, Espagne…) de Lapins lorsque cette proie est abondante (Malo & al. 2004). Localement comme aux Canaries, il peut se nourrir d’Insectes (Medina & Garcia 2007). L’espèce est essentiellement nocturne, nĂ©anmoins on peut l’observer de jour, souvent au repos sur un site. La maturitĂ© sexuelle est atteint vers le 10ème mois. Le rut se dĂ©roule de mi janvier Ă  fin fĂ©vrier avec possibilitĂ© d’Ă©talement important de cette pĂ©riode. Si les naissances sont observĂ©es jusqu’Ă  la fin de l’automne, l’essentiel a lieu entre mi mars et fin avril. La femelle rĂ©fugie ses jeunes dans un abris (terrier abandonnĂ©, tas de bois, arbres creux, anfractuositĂ© rocheuses, cabanes forestières, etc.). La moyenne des portĂ©es est de 3,1 pas mise bas (1 Ă  6).

Dans la région Rhône-Alpes l’espèce occupe le Jura jusqu’à la Chartreuse et les massifs du département du Rhône, ainsi que localement les Monts de la Madeleine. Rare en localisée, elle est inféodée au nord de la région dans le Massif jurassien (Ain où l’espèce était déjà connue en 1901 – Ariagno & Erome 2008, Isle Crémieu) et ne descends que très ponctuellement en plaine (Plaine de l’Ain en 1994, 2008, Bas Dauphiné en 2001) ou plus au sud (St Etienne de Crossey, Isère, en 2007). Des populations semblent aussi exister dans la Loire (nord du département, première mention en 1984 – Ariagno & Erome 2008), par contre l’espèce est absente ou tout à fait occasionnelle et non certifiée dans la Drôme et l’Ardèche. L’espèce serait par ailleurs d’acquisition récente pour la Savoie et fort méconnue en Haute-Savoie. En Isère (EN 2007), Fayard (1984) ne connaît le Chat forestier que dans le Nord du département. Grillo (1997) indique l’espèce sur le même secteur, ainsi qu’en Savoie voisine en Chartreuse et dans les Monts du Chat. Une mention de G.Rayé en octobre 1991 correspond à la Chartreuse iséroise au-dessus du Couvent de la Grande Chartreuse. Dans l’Isle Crémieu on rapporte notamment un animal observé en juin 1995 à St Baudille par C.Deliry (& al.) et un autre à Optevoz sur la même périoder par J.J.Thomas-Billot. Les résultats de l’enquête nationale 1990-2003 (Léger & al. 2008) confirment l’aire de répartition iséroise supposée. La présence de l’espèce est attestée dans le nord de la Charteuse et en Valdaine, en 2007 un individu écrasé sur la chaussée a été découvert à St Etienne de Crossey. Des images chatrousanes de 2012 semblent aussi bien correspondre à l’espèce.

Le Chat gantĂ© – Felis [silvestris] libyca Forster, 1780

Souvent orthographiĂ© Ă  notre avis par erreur Felis lybica. Il s’agit rĂ©gulièrement d’une sous-espèce de Felis silvestris, mais aussi d’un taxon « indĂ©pendant ».

Le Chat gantĂ© est Ă  l’origine du Chat domestique dont les cas de domestications est rĂ©putĂ©e originaire du Moyen Orient vers 9000-9500 avant JC. Elle n’est toutefois attestĂ©e que chez les Egyptiens vers 4000 avant JC. Notons toutefois qu’il Ă©tait apprivoisĂ© sinon domestiquĂ©, Ă  Chypre vers 7500 avant J.C. Il vit en Afrique du Nord, au Moyen Orient, en Arabie et Ă  l’ouest de l’Asie jusqu’Ă  la mer d’Aral. Certains Chats de Corse montrent des affinitĂ©s avec le Chat gantĂ© et sont rĂ©putĂ©s comme tels. Ces derniers aurait Ă©tĂ© introduits au NĂ©olithique. Il est rĂ©putĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par Arrighi & Salotti (1988), mais Lavaudan (1929) l’avait dĂ©jĂ  indiquĂ© sur l’Ă®le.

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