5 décembre 2020

La Tarente de Maurétanie est-elle présente à Niort ?

La Tarente de Maurétanie (Tarentola mauritanica) est une espèce de Gecko appartenant à la famille des Phyllodactylidés. Elle atteint au plus 15 cm de longueur et sa queue est relativement longue. Les jeunes mesurent lors de l’éclosion de 3 à 4 cm. Elle est affiliée à la Tarente des Canaries (Tarentola angustimentalis). Si côté européen, le taxon forme une seule espèce, il paraît probable que ceux présents en Afrique du Nord soient de bonnes espèces bien que confondues pour l’instant comme sous-espèces. Ainsi on trouve en Lybie, T.m.fascicularis, dans le nord du Sahara occidental, T.m.juliae et dans le centre du Sahara occidental, T.m.pallida. En effet Harris & al. (2004) rendent compte d’un complexe phylogénétique avec plusieurs lignées qui apparaissent clairement indépendantes.

©© bysa – Daniel Villafruela – Wikimedia commons

Aussi doit-on dire, les Tarentes de Maurétanie vivent sur le pourtour méditerranéen, parfois à l’intérieur des terres, mais généralement proches du littoral. On les observe depuis le Sahara occidental à l’Egypte, la Péninsule ibérique au sud de la France et de l’Italie, dans les îles Tyrrhéniennes, celles des Baléares et sur Malte. Plus à l’est la Palestine et le Sinaï sont rejoints par la Dalmatie et la Grèce. Elles se trouvent en outre à Madère et en Crète. On a introduit ces Tarentes aux Etats-Unis, en Californie ainsi qu’en Uruguay.

En France, elle reste une espèce très méridionale, présente dans le Midi et en Corse principalement, mais elle remonte par localités isolées dans la Vallée du Rhône jusqu’au niveau de Valence dans la Drôme, ainsi que récemment à Condrieu et même Lyon. Elle passe par le Lauraguais et est présente jusqu’à Bordeaux. Par les terres elle atteint en outre les Alpes-de-Haute-Provence.

Des mentions accidentelles ailleurs doivent être l’objet de transports occasionnels par des véhicules ou dans des marchandises. Elle est ainsi accidentelle en Bourgogne.

Ses densités les plus fortes se trouvent près du littoral de Corse ou de Provence. Elle est dans quelques grandes villes du Languedoc-Roussillon.

Elle fréquente au cœur de son aire des habitats naturels ou artificiels formés de rochers. Elle a des tendances anthropophiles et accompagne ainsi l’Homme dans ses principales citées méridionales. Elle vit généralement sous 200 m d’altitude.

C’est une espèce essentiellement nocturne qui se montre néanmoins au soleil lors des intersaisons ou par les plus belles journées en hiver. Nous avons ainsi eu l’occasion de l’observer en janvier à l’Estaque près de Marseille. L’accouplement a lieu au printemps et il sera suivi par deux pontes, l’une à la fin du printemps, l’autre en été, composées chacune de deux œufs. L’incubation dure de deux à quatre mois.

Une observation d’un individu égaré à Niort (Deux-Sèvres)

Nous avons eu vent d’une observations d’un individu sur la commune de Niort. Que faisait cette Tarente à Niort ? Dans la mesure où aucune population n’a encore été découverte sur la ville, il s’agit probablement d’un individu égaré.

Une espèce ou un complexe d’espèces dans le Nord de l’Afrique ?

L’arbre phylogénétique ci-contre est issu de l’article de Harris & al. (2004). Il montre bien l’aspect paraphylétique des populations de Tarentes de Maurétanie dans le Nord de l’Afrique. Il démontre même probablement qu’il y a plusieurs espèces dans ce secteur du Monde, celles-ci indiquées pour partie au niveau de sous-espèces pour l’instant. La Tarente des Canaries (T. angustimentalis) se distingue et est d’ores et déjà considérée comme une véritable espèce.

Références

  • Geniez P. & al.1999 – A new form of the genus Tarentola from north-western Africa (Squamata : Sauria : Geckkonidae). – Herpetozoa, 12 (3/4) : 187-194. – PDF LINK
  • Harris D.J. & al. 2004 – Complex estimates of evolutionary relationships in Tarentola mauritanica (Reptilia: Gekkonidae) derived from mitochondrial DNA sequences. – Molec. Phylogen. and Evol., 30 : 855-859. – PDF LINK
  • Rato C. & al. 2016 – The taxonomy of the Tarentola mauritanica species complex (Gekkota: Phyllodactylidae): Bayesian species delimitation supports six candidate species. – Molec. Phylogen. and Evol., 94 : 271-278. – PDF LINK

Photo d’entête – Une Tarente dont la queue est en train de repousser – ©© bysa – François Mignard – Wikimedia commons