25 janvier 2021

Dragonflies et Libellules… mĂŞme combat symbolique

De la lumière Ă  la dĂ©chĂ©ance, du diable au dragon, des cavaliers Ă  la balance et de la balance aux Libellules…

« Le Dragon, lui aussi, combattait avec ses anges, mais il ne fut pas le plus fort ; pour eux dĂ©sormais, nulle place dans le ciel. Oui, il fut rejetĂ©, le grand Dragon, le Serpent des origines, celui qu’on nomme Diable et Satan, le sĂ©ducteur du monde entier. Il fut jetĂ© sur la terre, et ses anges furent jetĂ©s avec lui. » (Nouveau Testament – Apocalypse 12)

Lucifer, est celui qui porte la lumière. Il est un ange parmi les chĂ©rubins que Dieu avait crĂ©Ă©. Cet ange couvert de pierres prĂ©cieuses et magnifique, s’enfla d’orgueil et voulu prendre le trĂ´ne de Dieu. Dieu provoqua sa dĂ©chĂ©ance et pour ce compte et accompagnĂ© d’une armĂ©e d’anges dĂ©chus, devenant les dĂ©mons, il fut relĂ©guĂ© en enfer. Lucifer devient Satan, chef des anges dĂ©chus et ennemi de dieu, agent du mal ou du malin. On le connaĂ®t volontiers sous la forme du Diable. La racine indo-europĂ©enne derk est Ă  l’origine de racines dĂ©rives drac, que l’on retrouve chez draco, Dragon et signifie lumière Ă  l’image de Lucifer. Drac en roumain est Ă  la fois le diable et le draco ou dragon. Les cavaliers de l’apocalypse sont au nombre de quatre et sont des Ă©manations du diable. Le troisième cavalier monte un cheval noir et porte une balance qui sait en quelque sorte peser les âmes. Les âmes impures sont les plus lourdes et sont portĂ©s en enfer, demeure de Satan. Il est dit que Libellules jauges en tournant autour des gens, le poids des âmes Ă  la manière de la balance du chevalier de l’apocalypse. LinnĂ©, savant suĂ©dois, qui mobilise le nom Libella, une balance utilisĂ©e Ă  l’Ă©poque par les charpentiers, et terme dĂ©jĂ  utilisĂ© par auteurs anciens pour ces animaux, forge dans les annĂ©es 1730, le mot Libellula qui en est la dimension diminutive. Notons qu’on connaĂ®t en suĂ©dois le nom Skams besman qui signifie « balance romaine d’escroc ». L’escroc est de toute Ă©vidence l’Ă©missaire du diable, le cavalier de l’apocalypse au cheval noir qui pèse le poids des âmes, ainsi que celui des ressources propres Ă  porter la famine. On trouve aussi en anglais le nom de Balance Fly pour dĂ©signer les Libellules et Ă©videmment Dragonfly, les mouche dragon, la balance du cavalier de l’apocalypse… la mĂ©tamorphose de l’animal. Selon le folklore roumain, le diable a change le cheval de St Georges en un insecte volant gĂ©ant (Cheval de St Georges ou Cheval du diable ; Calcul Dracului en roumain, Teurfelsferd en allemand, autant de noms donnĂ©s Ă  nos Insectes), sorte de « Libellule ». A contrario ici St Georges va terrasser le dragon, symbolisme du Diable.

Troisième cavalier de l’apocalypse portant une balance (illustration du X-XIe siècle).
L’agneau l’a rĂ©vĂ©lĂ© en acceptant de prendre « le livre aux sept sceaux » :
« Et quand l’Agneau eut ouvert le troisième sceau, j’entendis le troisième animal, qui disait : Viens et vois. Et je regardai, et il parut un cheval noir, et celui qui Ă©tait montĂ© dessus avait une balance Ă  la main. » (Nouveau Testament – Apocalypse 6.5)
Quatre Libellules portent le cadre de l’image de cet ange tenant une baguette avec en fond les 12 apĂ´tres
On les veut dĂ©coratives. Cette reprĂ©sentation est dans le manuscrit nommĂ© Apocalypse de1313, date de sa rĂ©daction ou Apocalypse d’Isabelle de France

On trouve en consĂ©quences des associations dans diverses langues entre cheval, le diable et les Libellules sous des formes rĂ©organisĂ©es, en espagnol avec Caballito des Diablo, ou notamment en anglais comme Horse Stinger (dard de cheval), Horse snake (serpent)… Devil’s darning needle (aiguille du diable). Les Libellules sont sources d’inquiĂ©tude et on pense qu’elles peuvent, par leur forme, crever les yeux comme des aiguilles diaboliques. On trouve ainsi Eye stinger (en anglais : crève-Ĺ“il) qui n’est guère diffĂ©rent de Scana oetche (mĂŞme sens) issu d’un mot dauphinois qui dĂ©signe les Libellules.

Les dragons sont considĂ©rĂ©s comme le rĂ©sultat de la mĂ©tamorphose des serpents, autre symbole du diable qui a dĂ©jĂ  son origine dans la Genèse avec le serpent – des origines – tentateur qui convainc Eve de croquer la pomme. Ce n’est donc pas Ă©tonnant de trouver des mots (toujours anglais) comme Adderbolt (serpent venimeux, flèche), Adderfly (serpent venimeux, mouche), Snake doctor (serpent, soigneur). On trouve en gallois Gwas y neidr, les Libellules Ă©tant ici les servantes des serpents. Les peuples celtes croyaient que les Libellules protĂ©geaient la vie des serpents venimeux blessĂ©s en cousant leurs blessures. L’association avec le cheval tel Horse snake est un nom connu supplĂ©mentaire pour nos Insectes qui montre la complexitĂ© du mĂ©lange des idĂ©es associĂ©s Ă  ceux-ci. PrĂ©cisons que l’odonatologie moderne utilise des rĂ©fĂ©rences aux serpents dans plusieurs noms scientifiques : Ophiogomphus (Snaketails en AmĂ©rique du Nord), Erpetogomphus,… par exemple.

Diable, dragon, serpent, cavaliers, cheval, balance… mĂŞme combat selon une association complexe et parfois dĂ©licate Ă  reconstruire, sont autant de sens, symboles ou idĂ©es qui amènent Ă  la notion de Libellules. Tous ces mots ont un mĂŞme sens, et fait remarquable de nombreuses langues explorent ce monde de mots ou d’associations de mots.

Voir tout particulièrement : Noms de Libellules

Les Libellules du genre Progomphus sont appelée Sanddragons en Amérique du Nord (= Dragons des sables)
– Progomphus obscurus ou Common Sanddragon – ©© bysa – Aaron Carlson – Wikimedia commons