30 novembre 2020

En 1912 on tuait le dernier Castor français en dehors de la Basse Vallée du Rhône

Le Castor est le plus gros Rongeur d’Europe, d’une longueur d’environ 100 cm dont 30 pour la queue, c’est un excellent nageur. S’il n’avait pas été protégé très précocément, le Castor aurait vraisemblablement disparu du pays au cours du XXe siècle. Cette espèce était en effet quasi disparue au début du XXe siècle, il ne restait en France que quelques individus au niveau de la Camargue et un peu en amont à cette époque. Depuis la fin du XXe siècle la tendance est inversée, suite à de très multiples programmes de réintroduction et selon une expansion naturelle de l’espèce : elle a recolonisé le Bassin du Rhône en aval de Lyon. Elle a été réintroduite dans le Bassin de la Loire et se montre de la même manière désormais dans quelques bassins supplémentaires jusqu’au Nord du pays, et, jusqu’en Poitou-Charentes notamment.

Fief du Castor, la Camargue a été désertée en 2005, du moins en son cœur. Ce n’est qu’en septembre 2020 que de nouveaux indices ont été récoltés notamment au domaine des Grandes Cabanes. Le Castor est de retour dans le delta !

Le dernier Castor français en dehors de la Basse Vallée du Rhône a été tué en 1912 vers Dreux (Eure-et-Loir).

©© bysa – Cyrille Deliry – Histoires Naturelles – Gros tronc couché, Ile Tournier (Ain, Savoie) le 3 janvier 2004

Il s’agit d’une histoire d’une longue et systématique entreprise humaine d’extermination. Le Castor d’Eurasie (Castor fiber Linnaeus, 1758), connu en anglais sous le nom d’Eurasian Beaver est un Castoridé qui occupait initialement l’essentiel du continent européen. Il est avec le Castor du Canada (Castor canadensis Kuhl, 1820) le seul autre représentant du genre. Il n’y a déjà plus de Castors en Grèce dès la Préhistoire (Âge du Bronze), il a été éradiqué du Danemark dès le VIe siècle avant JC., au bord de l’extinction en Angleterre avant le XIIe siècle, il disparaît d’Ecosse au XVe siècle. Il n’est plus non plus en Italie en dehors du Bassin du Po avant le XIIe siècle. S’il n’y a toujours « plus de Castor » dans les îles Britanniques, on a envisagé sa réintroduction très récemment [2019].

©© bysa – Jacel Zięba – Wikimedia Commons
Situation du Castor au début du XXe siècle

Il est en Europe depuis environ 5 millions d’années, on pense que c’est une petite population de Castor d’Eurasie se déplaçant en Amérique qui serait à l’origine de son homologue américain. Il a contribué au façonnement du paysage aquatique depuis fort longtemps. On trouve le Castor d’Eurasie dans de très nombreux gisements sur l’essentiel de la France au cours du quaternaire, tant ancien que récent. Sa présence en Bretagne et en Corse ainsi que dans le cœur du Massif Central ne semble pas confirmée dans les gisements fossiles, y compris au Moyen-Âge. A contrario les Bassins de la Seine et de la Charente, de la Sèvre Niortaise sont bien colonisés, de même que celui de la Dordogne, mais peu celui de la Garonne. Il n’est déjà plus que dans l’Est du pays principalement dès le XVIe siècle, relégué au Bassin du Rhône entre la Camargue et Pont St Esprit principalement ainsi que localement en Alsace au XVIIIe siècle. Le dernier Castor français en dehors de la Basse Vallée du Rhône est tué en 1912, nous l’avons vu. Dans le Bassin du Rhône, la première indication du Castor remonte à 70.000 ans. Le Castor d’Eurasie occupait autrefois l’ensemble des bassins fluviaux d’Europe. Les modifications importantes de son habitat, sa destruction systématisée à certaines époques, l’utilisation de sa fourrure, la consommation de sa viande considérée comme du « Poisson » et cuisinée les jours de maigre… ont été les objets de son déclin et de sa disparition de nombreuses régions. Au début du XXe siècle, il n’en restait plus en France, que dans la Basse Vallée du Rhône en France et aujourd’hui tous les Castors des Bassins rhôdaniens et ligériens sont issus de cette souche alors relictuelle. Protégé dans les départements du sud de la France en 1904, il regagne du terrain et Robert Hainard estime sa population rhôdanienne en 1940 à environ 300 individus répartis depuis la Camargue à l’embouchure de l’Ardèche. Il y en avait toutefois jusqu’à St Fons dans le Rhône en 1934 puisque 2 individus y sont abattus. Peut-être est-il resté à cet endroit sans disparaître et on comptait alors 2-3 familles entre Givors et le sud de Lyon. Aussi en Rhône-Alpes, bien que réputé relictuel vers la Camargue au début du XXe siècle, a-t-on quelques doutes sur la possibilité de populations très locales ensuite. Il est réintroduit en Suisse genevoise à Versoix en 1956, et, l’espèce s’installe en France voisine. Il est dans les années 1960 sur la Saône, à Lyon en 1970. Il arrive à la Table Ronde en 1979, dans la Bresse en 1988. On doit envisager ces étapes comme des éléments de recolonisation naturelle. Côté Loire, il n’y a pas de mentions naturalistes anciennes, mais la présence du Castor est attestée par quelques toponymes… L’espèce a été réintroduite à Blois en 1974. Elle est dans le département de la Loire en 1998, remontant progressivement le fleuve. D’autres animaux ont été réintroduits dès 1994 à l’Ecopole du Forez. Par ailleurs il est probable que quelques individus aient passé les lignes de crête depuis le Bassin rhodanien à une époque assez récente ; ce sont les seuls éléments de recolonisation naturelle du département, ailleurs tous sont issus de réintroductions.

©© bysa – Martin Sell – Wikimedia Commons
Situation récente du Castor en Europe
Planche du Moyen Âge

C’est le Bebros des gaulois, terme aillant donné le nom vernaculaire Bièvre. Quant au nom Castor, il vient du latin emprunté lui-même au grec ancien Κάστωρ (Kástôr). Les sous-espèces du Castor d’Eurasie sont assez mal présentées dans les ouvrages récents. On a pu proposer Castor fiber galliae Geoffroy, 1803 pour une sous-espèce alors initialement endémique du Bassin du Rhône. C’est alors cette sous-espèce qui est désormais présente en France à notre sens.

Le Castor d’Eurasie se trouve essentiellement en Europe, mais déborde par des populations fragmentées jusqu’en Asie centrale et le Lac Baïkal. Quelques populations introduites semblent exister au Canada.

C’est une espèce des cours d’eau depuis la plaine, jusque vers 1000 m d’altitude. Il occupe en outre certains lacs ou étangs tranquilles. En 1800 on avait observé le Castor à 2000 m d’altitude ; ce n’est plus le cas. Le record en Rhône-Alpes est de 1080 m sur le Plateau ardéchois. Ces altitudes sont exceptionnelles car l’UICN ne donne comme maximum que 850 m dans son analyse du statut patrimonial de l’espèce. Il habite des trous existant dans la berge, il peut creuser lui-même son terrier ou quand le terrain ne convient pas construire une hutte formée de bouts de bois rongés. L’accouplement a lieu en hiver, notamment en février et les naissances surviennent en juin. La gestation dure près de 105 jours. Les femelles sont matures vers 2 ou 3 ans alors que les mâles paraissent souvent plus précoces. Sa longévité dans la nature est d’environ 7 à 8 ans. Il construit régulièrement des barrages quand le niveau d’eau le nécessite en particulier. Ceci crée des habitats favorables à de nouvelles espèces : c’est un véritable architecte du territoire et de la Biodiversité. Le Castor vit en familles matriarchales avec une femelle, un mâle et entre un et six jeunes de l’année précédente, ainsi que ceux de l’année en cours. Sa nourriture se compose de Saules ou quelques autres arbres. Il possède une glande sécrétant le fameux castoreum, produit qu’il dépose sur des buttes de terre pour marquer son identité.

©© bysa – Sven Začek – Wikimedia Commons

Nous pensons qu’en Rhône-Alpes, il est possible que le Castor ait subsisté en quelques endroits, alors que la population relictuelle de France était réputée confinée au secteur en amont de la Camargue au début du XXe siècle. Ainsi le département de l’Ardèche est cité à la même époque. Quelques jalons historiques sont donnés plus haut. Dans les années 1970, l’espèce est présente depuis la Camargue au sud de l’Ardèche, dans les Basses Vallées de l’Ardèche et jusqu’au niveau de Printegarde. De multiples opérations de réintroduction* accompagnées d’une bonne dynamique des populations conduit aujourd’hui l’espèce à occuper l’essentiel du réseau hydrographique de la région, y compris dans la Loire où sa réinstallation a été plus tardive. Les meilleures densités sont par exemple sur la Drôme où on trouve une famille tous les deux à quatre kilomètres.

* – Versoix, Canton de Genève en 1956 ; Bout du Lac d’Annecy en 1972, les Usses dès 1972, affluents du Léman dès 1973, Arve et Giffre dès 1975, notamment sous l’action de la DDAF ; Rochefort en Isère dès 1982 par le Muséum de Grenoble, Bois Français [A préciser] ; le Rhône en amont de Lyon dès 1977 par la DDAF et la FRAPNA ; Forez dès 1994 par la FRAPNA.

¢ – Athanasius Soter – Barrage au fil de l’eau – Wikimedia Commons

Quelques références

Illustration d’annonce – Planche de Schinz (1824)