2 mars 2021

L’Esturgeon d’Europe n’est plus qu’en Gironde

Il avait des noms breton (CrĂ©ac’h) ou basque (Gaizkata), mais ce Poisson autrefois et mĂŞme quelque part, il y a peu, rĂ©pandu jusque dans le Bassin du RhĂ´ne en France, la Mer Noire, la MĂ©diterranĂ©e et sur l’essentiel de l’Atlantique tempĂ©rĂ©, ne se dĂ©veloppe plus qu’autour de l’estuaire de la Gironde. Sa rĂ©partition est devenue très relictuelle.

Son nom est d’origine francique (Sturjo). Il est appelĂ© en latin Acipenser sturio et a Ă©tĂ© dĂ©crit scientifiquement par LinnĂ© en 1758. C’est un AcipensĂ©ridĂ©. Adulte, il est très grand et mesure entre 1 et 2 mètres de longueur, avec des records jusqu’Ă  6 mètres et un poids de 400 kg.

C’est une espèce marine amphihaline qui vivait au niveau de fonds meubles, en particulier dans les estuaires ; en mer il occupe les secteurs entre 5 et 60 m de profondeur surtout près du littoral. Les frayères sont dans les parties basses de la Garonne et de la Dordogne dans des zones assez profondes (entre 5 et 10 m) parcourues par un courant rapide. Le substrat est alors constituĂ© de graviers et de blocs. Anadrome fluvial printanier et estival.

Autrefois Atlantique tempĂ©rĂ© et MĂ©diterranĂ©e, Mer Noire. Spillmann (1961) connaĂ®t encore l’espèce dans l’Adour, mais essentiellement dans la Gironde et ses affluents. Elle s’observerait alors encore, mais exceptionnellement dans la Loire ou le RhĂ´ne. Elle est dĂ©sormais très relictuelle Ă  la Gironde et fleuves affĂ©rents ainsi que peut-ĂŞtre selon une population très disjointe au niveau du Caucase (Georgie et Mer Noire au niveau du fleuve Rioni). Fonds meubles, en particulier dans les estuaires ; en mer vit entre 20 et 50 m de profondeur. Anadrome fluvial printanier et estival.

L’Esturgeon d’Europe est encore probablement prĂ©sent depuis peut-ĂŞtre le cercle arctique au sud du Golfe de Gascogne, mais ne se reproduit plus rĂ©gulièrement que dans les bassins affĂ©rents Ă  la Gironde au niveau de la basse Garonne et de la basse Dordogne. Il descendait jadis jusqu’au niveau du Maroc et doit de nos jour guère s’Ă©loigner de la Gironde. Il se reproduit dans une zone situĂ©e Ă  160-270 km de l’embouchure. Les barrages de Golfesch sur la Garonne et de Bergerac sur la Dordogne limitent sa remontĂ© anadrome.

Autochtone. En France, l’espèce a disparu du littoral mĂ©diterranĂ©en, des bassins du RhĂ´ne et de la SaĂ´ne, des Gaves du Pau et du BĂ©arn, des fleuves cĂ´tiers de Bretagne, des bassins de la Seine, de la Meuse et de la Moselle, ainsi que probablement du bassin de la Loire. Elle n’est plus prĂ©sente dans le pays – et dans le Monde pour sa reproduction – qu’au niveau de la Gironde. Il convient de ne pas confondre cette espèce au bord de l’extinction avec les deux autres Esturgeons, alors introduits dans le pays et signalĂ©s Ă©pisodiquement : Acipenser baerii et Acipenser ruthenus. L’espèce bĂ©nĂ©ficie d’un suivi et d’un effort de prĂ©servation en France depuis le milieu des annĂ©es 1990.

©© byncsa – Cyrille Deliry – Histoires Naturelles

Dès la prĂ©histoire et l’AntiquitĂ©, l’espèce est pĂŞchĂ©e pour sa chair. La restructuration des bassins fluviaux, la pĂŞche excessive notamment pour le caviar a conduit dès le XIXe siècle Ă  un dĂ©clin exceptionnel de ce Poisson. Vers le milieu de XIXe siècle, il remontait encore le RhĂ´ne et la SaĂ´ne, ainsi que la rivière du Doubs. Certains doutent de l’espèce exacte qui vivait sur ce bassin. Les dernières mentions semblent se situer dans les annĂ©es 1930. Au dĂ©but du XXe siècle l’espèce Ă©tait sur la plupart des grands fleuves europĂ©ens tels le Guadalquivir, le Rhin, l’Elbe, la Meuse ou la Moselle. Elle remontait la Seine jusqu’Ă  Auxerre. Sa dernière capture dans ce bassin remonte Ă  1917. Elle n’est plus dans le bassin de la Loire depuis les annĂ©es 1940.

©© byncsa – Cyrille Deliry
Histoires Naturelles

CĂ´tĂ© bassin du RhĂ´ne, elle remontait jusqu’Ă  la SaĂ´ne et le Doubs au dĂ©but du XIXe siècle. Dès 1850, il ne dĂ©passait dĂ©jĂ  plus MontĂ©limar, mais l’espèce y est encore encore citĂ©e selon Perrin (2010) vers 1950. Disparue de la basse vallĂ©e du RhĂ´ne dans les annĂ©es 1970. Des analyses gĂ©nĂ©tiques faites sur un riche gisement archĂ©ologique Ă  Arles (VI-IIe s. av. JC) , confirme que les Estugeons du RhĂ´ne sont bien de cette espèce (Cons. GĂ©n., 10 (1) : 217-224), cependant Rondelet (1558) distinguait deux sortes d’Esturgeons dans le RhĂ´ne et il n’est pas interdit d’envisager qu’Acipenser naccarii actuellement localisĂ© Ă  l’Adriatique ait habitĂ© alors le fleuve (Perrin 2010). Un projet de rĂ©introduction Ă  l’Ă©tude – depuis trop longtemps – sur le Bassin du RhĂ´ne (ENS de Lyon).

Pont St Esprit en 1932

La maturitĂ© sexuelle de ce Poisson est atteinte vers l’âge de 10-12 ans pour les mâles et de 13-16 ans pour les femelles. Les gĂ©niteurs sont anadromes printaniers. Cet animal peut vivre une centaine d’annĂ©es. Les Ĺ“ufs sont consommĂ©s sous forme de caviar, celui-ci est dĂ©sormais pris chez d’autres espèces d’Esturgeon notamment asiatiques. Ils frayent dans les parties basses de la Garonne et de la Dordogne entre avril et juin. La reproduction est encore mal connue. Les femelles semblent polyandres et Ă©mettraient jusqu’Ă  2 millions d’Ĺ“ufs en pleine eau. Les Ĺ“ufs sont alors planctoniques et se adhèrent sur le premier support qu’ils rencontrent. Les parents retournent alors rapidement en mer, les mâles se reproduisant chaque annĂ©es, alors que les femelle doivent attendre plusieurs annĂ©es avant de recommencer. L’incubation ne dure probablement que quelques jours, mais elle est mal connue in natura. Dès l’hiver les jeunes dĂ©valent vers l’estuaire de la Gironde pour y passer leur première annĂ©e, puis passent en mer. Avant leur maturitĂ© ils peuvent rĂ©aliser des remontĂ©s en eau douce pour se nourrir, notamment en Ă©tĂ©, mais de manière irrĂ©gulière.

Planche de Jordan (1907)

Références

  • Deliry C. 2017 – Catalogue des Poissons de RhĂ´ne-Alpes. – Histoires Naturelles n°3 (Première Ă©dition 2009). – PDF
  • Spillmann C.J. 1961 – Poissons d’eau douce. – Faune de France, 65.

Image d’annonce – Planche de KrĂĽger (1795-97)