30 novembre 2020

L’Esturgeon d’Europe n’est plus qu’en Gironde

Il avait des noms breton (Créac’h) ou basque (Gaizkata), mais ce Poisson autrefois et même quelque part, il y a peu, répandu jusque dans le Bassin du Rhône en France, la Mer Noire, la Méditerranée et sur l’essentiel de l’Atlantique tempéré, ne se développe plus qu’autour de l’estuaire de la Gironde. Sa répartition est devenue très relictuelle.

Son nom est d’origine francique (Sturjo). Il est appelé en latin Acipenser sturio et a été décrit scientifiquement par Linné en 1758. C’est un Acipenséridé. Adulte, il est très grand et mesure entre 1 et 2 mètres de longueur, avec des records jusqu’à 6 mètres et un poids de 400 kg.

C’est une espèce marine amphihaline, elle vivait au niveau de fonds meubles, en particulier dans les estuaires ; en mer il occupe les secteurs entre 5 et 60 m de profondeur surtout près du littoral. Les frayères sont dans les parties basses de la Garonne et de la Dordogne dans des zones assez profondes (entre 5 et 10 m) parcourues par un courant rapide. Le substrat est alors constitué de graviers et de blocs. Anadrome fluvial printanier et estival. Cet animal peut vivre une centaine d’années. Les œufs sont consommés sous forme de caviar, celui-ci est désormais pris chez d’autres espèces d’Esturgeon notamment asiatiques. L’Esturgeon d’Europe est encore probablement présent depuis peut-être le cercle arctique au sud du Golfe de Gascogne, mais ne se reproduit plus régulièrement que dans les bassins afférents à la Gironde au niveau de la basse Garonne et de la basse Dordogne. Il descendait jadis jusqu’au niveau du Maroc et doit de nos jour guère s’éloigner de la Gironde. Il se reproduit dans une zone située à 160-270 km de l’embouchure. Les barrages de Golfesch sur la Garonne et de Bergerac sur la Dordogne limitent sa remonté anadrome. On envisage qu’il existerait un isolat en Georgie qui vivrait en mer Noire et se reproduirait dans le fleuve Rioni. Autochtone. En France, l’espèce a disparu du littoral méditerranéen, des bassins du Rhône et de la Saône, des Gaves du Pau et du Béarn, des fleuves côtiers de Bretagne, des bassins de la Seine, de la Meuse et de la Moselle, ainsi que probablement du bassin de la Loire. Elle n’est plus présente dans le pays (et dans le Monde comme nous l’avons vu plus haut) qu’au niveau de la Gironde. Il convient de ne pas confondre cette espèce au bord de l’extinction avec les deux autres Esturgeons, alors introduits dans le pays et signalés épisodiquement : Acipenser baerii et Acipenser ruthenus.

Dès la préhistoire et l’Antiquité, l’espèce est pêchée pour sa chair. La restructuration des bassins fluviaux, la pêche excessive notamment pour le caviar a conduit dès le XIXe siècle à un déclin exceptionnel de ce Poisson. Vers le milieu de XIXe siècle, il remontait encore le Rhône et la Saône, ainsi que la rivière du Doubs. Certains doutent de l’espèce exacte qui vivait sur ce bassin. Les dernières mentions semblent se situer dans les années 1930. Au début du XXe siècle l’espèce était sur la plupart des grands fleuves européens tels le Guadalquivir, le Rhin, l’Elbe, la Meuse ou la Moselle. Elle remontait la Seine jusqu’à Auxerre. Sa dernière capture dans ce bassin remonte à 1917. Elle n’est plus dans le bassin de la Loire depuis les années 1940.

©© byncsa – Cyrille Deliry
Histoires Naturelles

Côté bassin du Rhône, elle remontait jusqu’à la Saône et le Doubs au début du XIXe siècle. Dès 1850, il ne dépassait déjà plus Montélimar, mais l’espèce y est encore encore citée selon Perrin (2010) vers 1950. Disparue de la basse vallée du Rhône dans les années 1970. Des analyses génétiques faites sur un riche gisement archéologique à Arles (VI-IIe s. av. JC) , confirme que les Estugeons du Rhône sont bien de cette espèce (Cons. Gén., 10 (1) : 217-224), cependant Rondelet (1558) distinguait deux sortes d’Esturgeons dans le Rhône et il n’est pas interdit d’envisager qu’Acipenser naccarii actuellement localisé à l’Adriatique ait habité alors le fleuve (Perrin 2010). Un projet de réintroduction à l’étude – depuis trop longtemps – sur le Bassin du Rhône (ENS de Lyon).

Pont St Esprit en 1932

La maturité sexuelle de ce Poisson est atteinte vers l’âge de 10-12 ans pour les mâles et de 13-16 ans pour les femelles. Les géniteurs sont anadromes printaniers. Ils frayent dans les parties basses de la Garonne et de la Dordogne entre avril et juin. La reproduction est encore mal connue. Les femelles semblent polyandres et émettraient jusqu’à 2 millions d’œufs en pleine eau. Les œufs sont alors planctoniques et se adhèrent sur le premier support qu’ils rencontrent. Les parents retournent alors rapidement en mer, les mâles se reproduisant chaque années, alors que les femelle doivent attendre plusieurs années avant de recommencer. L’incubation ne dure probablement que quelques jours, mais elle est mal connue in natura. Dès l’hiver les jeunes dévalent vers l’estuaire de la Gironde pour y passer leur première année, puis passent en mer. Avant leur maturité ils peuvent réaliser des remontés en eau douce pour se nourrir, notamment en été, mais de manière irrégulière.

L’espèce bénéficie d’un suivi et d’un effort de préservation en France depuis le milieu des années 1990.

Image d’annonce – Planche de Krüger (1795-97)